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A.D.G., Cradoque’s Band

Quatrième de couverture :

Bourbon-Tatin, clochard immonde, se rêvait Roy de France. Lucien Château, pervers précoce et poète à la manque, s’imaginait recevant son millionième disque. En or. Grogembre, gardien de prison vicelard, quoique cocu, se croyait le Casanova des achélèmes. Steph et sa bande, juvéniles seigneurs du Bidonville, se prenaient pour Jesse James à moto. Petite Eliane, treize ans, ignorait encore que la sociologie l’avait condamnée à devenir putain. Dans la gadoue des banlieues à la dérive, chacun se faisait son petit cinéma intérieur.

 

Les dix premières lignes :

Les gendarmes sont encore venus ce matin alors que j’allais partir avec mon grand frère François. Ils n’étaient pas contents de patauger dans la boue du terrain. Il y avait avec eux deux policiers en civil et un ressemblait au Croquignol des Pieds-Nikelés avec son long nez pointu qui avait l’air de vouloir mordre. Ça doit être rigolo un nez qui mord. Les gendarmes étaient tout autour du terrain, le sacré « bidonville » comme dit mon frère François, et là, je comprends parce qu’il y a pas beaucoup de bidons, juste des maisons en carton et puis du bois et puis de la tôle, des bâches et du plastique.

 

Commentaire personnel :

Comme souvent, A.D.G. nous offre une galerie de personnages savoureux, frôlant la caricature sans jamais tomber dedans. Des personnages hauts en couleurs, une certaine image de la France des obscures, des sans-grade. Des personnages qui se contentent d’approximation, qui ne vivent que dans l’à-peu-près.

Il y a ceux du « bidonville », les gens du voyage, les manouches, et ceux du achélème d’en face. Tâchant de trouver leur place au milieu de tout ça, il y a aussi les flics. Tout ce petit monde vit, ou tâche, de vivre tant bien que mal, chacun à ses occupations plus ou moins légales. Jusqu’ici, ça se maintient, plus ou moins. Mais rien ne va plus aller comme avant… la débandade est en route.

Un loup va arriver dans la bergerie.

 

A.D.G. s’amuse encore et nous amuse avec une certaine humanité. Voire un certain humanisme. Dans un roman qui se lit rapidement. Distrayant.

Il épingle les travers des français de son époque, qui sont peut-être les français de toutes les époques. Chacun s’accorde quelques libertés par rapport à la loi, à la morale, en pensant qu’il le mérite, mais il ne supporte pas ce comportement chez les autres, chez son propre voisin, pensant qu’il ne peut pas y avoir de passe-droit.

Je le répète, c’est avec plaisir que l’on suit les différentes intrigues qui s’entremêlent jusqu’à se rejoindre et aboutir à un séisme. Le toujours-plus finit par se retourner contre chacun.

Le style d’A.D.G. reste léger, agréable, fleurant bon les romans de certains de ses aînés des années cinquante notamment. Il s’amuse avec la langue sans en faire trop. Pas un style révolutionnaire mais son introduction dans les romans de la « série noire » des années soixante-dix, en plein cœur d’un renouvellement important du genre, fait d’A.D.G. l’un des tenants importants de ce que l’on a appelé le néo-polar.

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