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A.D.G., Le grand môme

Quatrième de couverture :

Cet automne-là, les feuilles ne furent pas les seules à mourir en Sologne. Le domaine inconnu des vieux souvenirs ne tarda pas à ressembler à une chapelle funéraire et la femme mystérieuse à une pourvoyeuse de morgue.

Mais d’où venait donc ce grand môme qui, impavide, se baladait au milieu des massacres ?

 

Les dix premières lignes :

C’est parce que le moteur de sa vieille Ami 6 avait craqué dans le milieu de la côte qu’il est entré dans notre vie, avec cet air naturel du migrant qui ne s’embarrasse pas du superflu. Superflu de phrases, de bagages et peut-être de souvenirs. C’est sans doute parce que tout cela s’est passé en automne que maintenant, en y songeant, on trouve dans nos mémoires comme une douceur de feuilles mortes, de veillées aux châtaignes et de larges allées herbeuses qui semblent mener vers l’infini.

 

Commentaire personnel :

Un inconnu entre par hasard dans la vie d’un petit groupe. Un homme tombé en panne, et sa fille, un bébé, qui dort dans un couffin. Il s’appelle Augustin et, comme un homonyme célèbre en littérature, il va laisser son empreinte. En passant, sans le chercher vraiment. Un grand môme à la forte personnalité, au charisme involontaire.

Celui qui raconte l’histoire, c’est Machin, un journaliste local au nom imprononçable et que tous préfèrent appeler ainsi. Machin est fasciné par Augustin mais a, dans le même temps, à faire à une bande de voleurs qui sévit dans le coin. Ils ont trouvé une technique efficace, ils font se déshabiller leurs victimes, les clients d’un bar ou d’un restaurant, en général, leur coupant de cette manière toute envie de rébellion. Machin n’apprécie pas d’être deux fois leur victime, ils ne vont pas l’apprécier non plus. Ceux qui entourent Machin vont se trouver également mêlés à l’histoire. Du coup.

 

A.D.G. s’attaque à du gros, l’un des romans les plus connus de la littérature française, Le grand Meaulnes. Il s’y attaque pour deux raisons, sans aucun doute, le roman se situe dans le coin où il a grandi et son auteur, Alain-Fournier, porte le même nom que lui, celui qu’il a dû abandonner pour l’acronyme A.D.G. en raison des confusions inévitables. Un bon nombre d’adolescents a lu ce roman, A.D.G. en fait sûrement parti. Et ô surprise, nous n’assistons pas à un règlement de compte mais bien à un hommage. Particulièrement respectueux.

Une fois n’est pas coutume, A.D.G. ne lâche pas la bride à son style, il ne se laisse pas aller, il avance tout en finesse, tout en douceur. Il nous offre un roman au rythme lent et presque envoutant. On tourne les pages avec plaisir, en savourant. Augustin, lointain descendant du héro d’Alain-Fournier, pourrait tout aussi bien être celui-là même que l’on a suivi dans le roman du début du siècle et qui débarque chez A.D.G. pour poursuivre ses aventures. C’est une petite gourmandise qui n’en pas l’air que nous offre l’auteur de polar. Le meilleur de ses romans que j’ai lus jusqu’ici.

 

Alors, bien sûr, il nous glisse quelques unes de ses pensées, presque des aphorismes.

 

Ce sont les policiers qui nous connaissent le mieux sur cette terre, eux qui savent les petits élastiques mous de nos lâchetés et les tranchants ébréchés de nos courages. Eux seuls. Les autres pantins qui siègent dans les prétoires ne sont là que pour mémoire et représentation.

 

On peut grincer des dents mais aussi savourer le style. Car A.D.G. est un grand styliste, quoiqu’on en dise. Et un véritable auteur de romans noirs.

 

Il fallait que la justice passe et quoiqu’en pense Gisèle, celle qui est expédiée, expéditive, est sans doute moins cruelle que l’autre qui a besoin d’apparat pour la mort d’un homme, de textes pour se justifier (précisément !) et d’un bourreau appointé pour faire croire qu’on ne s’est pas sali les mains.

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