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Franz Bartelt, Le Grand Bercail

Quatrième de couverture :

Le musée de la Torture fait la fierté et la fortune des habitants de Reboul. Comme chaque été, la petite ville organise des festivités sur le thème de la torture, pour la plus grande joie de la foule et des touristes. Et pour le plaisir, aussi, des pensionnaires de l’hôpital psychiatrique qui participent comme figurants au défilé historique. L’un de ses pensionnaires, Ursinal Luccombo, soupçonné d’être un tueur psychopathe, voit là l’occasion d’être sorti un moment de la chambre où il est relégué, et de croiser le regard de Marie Belhomme, la fille d’un riche commerçant… Une succession de meurtres va affoler la préparation de la fête et son déroulement. La plupart de ces meurtres sont commis avec une hache exposée au musée et ayant appartenu à Geoffroy le Tordu. L’enquête dévoilera, au fil d’un suspense tendu, les singularités des habitudes et des mœurs rebouloises.

Les dix premières lignes :

Dans la cabane située près de la rivière de Cassis, où depuis plus d’un an ils ont l’habitude de se retrouver une ou deux fois chaque semaine, Pauline Rouque-Jaune, épouse de Baptiste Rouque-Jaune, directeur de l’hôpital psychiatrique, et Jean-Marc Lahisse, maire de la ville de Reboul, ne sont pas loin de se disputer une fois de plus. Pauline est de mauvaise humeur. Comme souvent, depuis qu’elle soupçonne, à tort ou à raison, son amant de s’intéresser à une autre femme.

« Qu’est-ce que tu as ? murmure-t-elle sans réussir à cacher qu’elle commence à s’agacer.

– Pourquoi tu me demandes ça ?

– Je ne voudrais pas que tu ailles imaginer que je suis folle. »

Commentaire personnel :

Franz Bartelt nous invite à Reboul. Une ville pas si imaginaire que cela, une ville qui mise, comme beaucoup d’autres, sur son festival estival pour attirer les touristes. Pour cela, Reboul met en avant son patrimoine et ses traditions, elle met également ses habitants à contribution, tous ses habitants, du notable au pensionnaire de l’hôpital psychiatrique. Il y a un château à Reboul, un château et un musée de la torture. Et c’est de la torture que Reboul tire sa renommée. C’est la torture qui est son fond de commerce.

L’organisation du festival n’est pas une mince affaire, les commerçants s’y investissent pleinement, espérant des retombées, le maire tient à montrer qu’il dirige la ville, mais la belle mécanique connaît quelques ratés, les rivalités, les divergences d’intérêt, ne sont pas faciles à concilier. Surtout quand les meurtres commencent à se succéder et qu’ils semblent se vouloir un prélude au festival. La barbarie n’est jamais loin dans les relations humaines.

Franz Bartelt nous offre le spectacle des relations humaines et des déchaînements qu’elles peuvent engendrer quand l’ambiance tourne au vinaigre. Il nous confirme que la folie n’est pas circonscrite aux seuls établissements censés l’accueillir, l’isoler du reste de la société.

Chaque personnage est savoureux, chaque personnage a ses côtés sombres, ses faces à cacher. Reboul est une ville comme les autres, dans laquelle il pourrait faire bon vivre, dans laquelle nous vivons en fermant les yeux sur les faiblesses des autres, nous avons tellement à faire avec les nôtres. Et Franz Bartelt nous le rappelle.

Il nous le dit avec ce style qui en fait un écrivain dont chaque livre est un plaisir, une jubilation de lecteur. On sourit aux travers de l’âme humaine, on rit jaune. Car, pour continuer dans les couleurs, c’est bien à un roman noir que nous invite l’écrivain ardennais. Un roman qui nous parle de la société dans laquelle nous vivons, qui nous montre, je le répète, que la frontière entre l’asile et les rues que nous empruntons chaque jour n’est pas si évidente que cela, que les gens que nous côtoyons, ou nous-mêmes, ne sommes jamais loin de ce Grand Bercail accueillant ceux qui ont basculé de manière trop évidente dans la folie.

Au final, on ne sait pas de quel côté on se situe, on ne sait pas si il n’est pas plus sain de vivre enfermé dans le Grand Bercail plutôt que libre dans les rues.

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