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Hugues Pagan, La mort dans une voiture solitaire

Quatrième de couverture :

« A partir d’un argument conventionnel, la révélation d’une enquête policière sur le meurtre d’un ponte, Hugues Pagan renoue, sur un mode typiquement français et selon une vision bien personnelle, avec certains des grands archétypes du roman noir américain. Par-delà la description exemplaire de la machinerie policière, il raconte l’histoire d’une vengeance et dresse le portrait d’un homme perdu, l’inspecteur principal Schneider, dont la vie est devenue un long suicide. Plus proche de David Goodis que d’Ed Mc Bain, Hugues Pagan lance le lancinant lamento des vies naufragées dont le blues se répercute à l’infini sur les cercles maléfiques « faits de smogs et de volutes de brouillard à contretemps » de la ville… »

J.P. Deloux, Polar

Les dix premières lignes :

Dimanche – vingt-trois heures

L’inspecteur principal Schneider ne dormait pas. C’était un homme maigre, aux yeux gris. Il portait des boots bordeaux, un Levi’s élimé et un chandail noir. Debout devant la longue baie sombre d’un studio bien trop vaste, les bras le long du corps, il avait les doigts souples et le visage indolent.

La ville s’étendait à ses pieds.

Dans son dos, les grosses enceintes posées sur l’épaisse moquette blanche distillaient en sourdine une vieille rengaine de Duke, douce et fantomatique, patinée comme un doublon d’argent.

Commentaire personnel :

Schneider est un flic désabusé. Un flic qui a renoncé à tout. Ou tout perdu, allez savoir.

Un flic qui a trop vécu peut-être et qui est revenu de tout. Ou presque.

Un flic qui se noie dans le blues et n’avance plus. Ou trop difficilement.

Il s’était battu contre certaines formes de barbarie et il avait fini par comprendre peu à peu que la barbarie dehors n’était pas encore la pire. La pire, c’était la gangrène intérieure, la pourriture qui attaquait l’intérieur du château. Il ne fallait jamais baisser la garde. Jamais. Pour lui, il était trop tard : il avait ouvert sa porte à l’homme en noir et ce dernier était entré et il avait pris ses quartiers chez lui, il campait dans le salon, les pieds sur une chaise.

Un homme est tué, Mayer, un homme aux relations, aux activités, multiples. Et l’équipe de Schneider hérite de l’affaire.

Comme toujours chez Pagan, rien n’est simple, rien ne nous est dit clairement. Il faut comprendre les non-dits, accepter les personnages tels qu’ils sont sans qu’à un moment ou un autre, le romancier ne s’arrête dans sa narration pour se lancer dans un grand chapitre d’explication. Il n’y a pas de grand chapitre d’explication dans la vie, de toute façon. On croise des gens dont on ne connaît pas l’histoire, toute l’histoire, on ne la connaîtra jamais. Pagan le sait. Voila un auteur exigeant, que l’on prend plaisir à lire. Que vous prendrez plaisir à lire si vous n’attendez pas de grandes dissertations sur l’existence humaine et ses aléas. Juste une tranche bien noire de notre société.

Schneider, qui ne croit plus en rien, se lance dans l’enquête, prêt à soulever des lièvres, ayant depuis longtemps renoncé à caresser les puissants dans le sens du poil.

Et si notre temps était venu, celui des déviations, le temps des chiens de paille et des longs couteaux ? Et si c’était notre forme moderne de fatalité ?

Schneider avance irrémédiablement. Presque malgré lui. Les yeux éteints, le teint gris, la voix sourde.

Il y avait de la rage et de l’amertume dans sa voix. La rage et l’amertume d’un homme seul lancé dans un combat douteux.

Comme souvent, Pagan nous sert un grand roman.

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