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Hugues Pagan, Last Affair

Quatrième de couverture :

Assis sur son pliant, une vieille écharpe autour du cou, l’aveugle grattait sa guitare et fredonnait lentement, comme par à-coups : « Oh baby, tu s’ras ma dernière affaire… » Un vieux joueur de blues rugueux, à la voix râpeuse et abîmée. Un homme glissa un billet de dix dans sa poche de poitrine. Plus tard, les doigts habiles n’eurent pas de mal à détecter le micro-point collé sur le papier neuf.

Le laboratoire de traitement, dans un autre pays, n’eut aucune difficulté à agrandir le document. Nom de code « ATLANTA ».

Maintenant qu’il était parvenu à faire bouger Berg, seul dans sa voiture, Château pensa à un autre homme pour qui se serait aussi la dernière affaire. Tout en roulant vers la Défense, il se demanda : « Combien de fois un homme peut-il trahir avant de renier lui-même ? »

Les dix premières lignes :

Le commissaire divisionnaire Château se trouvait seul dans son bureau vide. Il l’avait voulu ainsi, austère et vide, rien au mur, rien dans les vitrines, excepté quelques inévitables manuels de droit, pas le moindre calendrier, la plus petite plante verte. Un mobilier administratif froid et fonctionnel, rien à voir avec un cabinet de directeur. Un sous-main en cuir noir, une lampe design. Un bureau vide. L’usine était déserte. Quelque part, à l’entrée d’un labyrinthe, le planton de service, ailleurs, un autre à la veille radio.

Un bureau vide dans un immeuble désert, lui-même moderne, froid et fonctionnel.

Commentaire personnel :

Pagan est sans cesse au bord de l’abîme. Au sommet, mais flirtant dangereusement avec les précipices. Il frôle la caricature constamment sans jamais tomber dedans. Un numéro d’équilibriste, de funambule.

Dans le roman noir, il lorgne cette fois du côté du complot organisé, de cette grande machine qu’est l’état et de ses manigances pour tout maîtriser à l’intérieur et à l’extérieur de ses frontières. Roman presque paranoïaque. Presque, car Pagan reste Pagan, désabusé, ses personnages sont usés, jusqu’à la corde. Déjà des fantômes, dans des habits, des vies, trop grands pour eux.

L’ironie, le désespoir, se retrouvent dans le style de Pagan, usant de clichés qui pourraient être risibles mais qui, sous sa plume, prennent la forme d’un baroud, un dernier tour de piste avant de virer à l’aigre, à la caricature. Nous avons là un romancier qui donne le sentiment d’écrire des œuvres ambitieuses sans y croire vraiment lui-même. Sans se prendre au sérieux. Le résultat est unique, un ton que l’on ne croise que rarement.

Vous avez aimé… vous aimerez peut-être :

D’autres Pagan, à commencer par L’eau du bocal pour le thème commun mais au ton à l’opposé, loufoque.

Robin Cook ou David Peace pour la radicalité du propos, de l’œuvre, à prendre ou à laisser, sans concession.