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Jean Amila, Pitié pour les rats

Quatrième de couverture :

Papa est ouvrier sellier, Maman est championne de plongeon et Fifille prépare son bac. Mais la petite famille, agile et pacifique pratique aussi la cambriole comme l’un des beaux-arts, dans une saine horreur de la pègre.

Ce n’est ni la pègre ni la police, qu’ils vont croiser. Et ceux qui viennent vers eux sont des chevaliers au regard clair, des héros du plastic et de la grenade, et pour tout dire d’un seul mot : des soldats.

Alors on comprend pourquoi les blindés viennent prendre la maison sous le feu des canons.

Les dix premières lignes :

Il ne l’avait pas fait exprès, mais c’était bel et bien la nuit du 4 août.

La lune allait se lever à trois heures quatorze, mais pour l’instant la seule clarté des étoiles mettait sur chaque objet une housse de velours noir.

A cheval sur la lucarne ouverte, silencieux comme un chat, muscles souples et rétine en éveil, Lenfant inspecta d’abord les alentours, dans un univers de cheminées et d’antennes de télé qui se silhouettaient sur le ciel étoilé. Vers le nord, où brillait la Grande Casserole, une espèce de coupole à luminescence roussâtre indiquait Paris, sur un quart d’horizon.

Commentaire personnel :

Une famille de petits artisans de la cambriole, amoureux du travail bien fait, se trouve confrontée à l’intrusion d’un homme venant d’un autre monde. Un homme qui les a sauvés lors d’une soirée qui tournait mal et qui va s’intéresser de près à l’heure petites activités. Il va s’y intéresser d’autant plus que, en fuite, il va leur demander de l’héberger… Et c’est un bouleversement qui s’instille. Petit à petit. Un bouleversement dans leur façon de vivre, dans leur petit train-train. La famille, leurs activités, tout va y passer. C’est que l’homme est jeune, il a des conceptions modernes, recherchant plus l’efficacité que la qualité. Le père, la mère et la fille vont se trouver entraînés sur une pente qu’ils ne comptaient pas emprunter. D’autant que ce jeune homme a un passé et des fréquentations plutôt louches, plutôt discutables politiquement, pas loin d’un certain activisme…

Amila nous offre là une vision de la société des années 60 en plein changement. En plein bouleversement. Les méthodes et les conceptions du travail évoluent. Pas forcément en bien. Les gens venus de loin, rapatriés parce que la France perd de son influence, cède aux pays qu’elle colonisait, ces gens venus de loin apportent avec eux des idées et des envies qui vont remettre en cause la France de papa. C’est le monde qui avance, l’industrialisation qui s’insinue partout, n’épargnant aucun corps de métier. Amila en choisit un plutôt en marge mais il lui fait subir le même traitement, le confronte aux mêmes dangers.

Le tableau n’est pas bien reluisant, les gens sans scrupule pullulent. Et il faut se faire une raison, les affronter ou s’y soumettre. Car ils peuvent user de persuasion, de séduction, ils n’ont pas forcément un aspect repoussant…

C’est du pur Amila, témoin de son époque, qui nous soumet une réflexion grave, importante avec une certaine légèreté, une prose qui n’a l’air de rien mais qui vous tient, vous touche.

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D’autres Amila, bien sûr, à commencer par Motus !, un Amila qui se déroule comme celui-ci au bord de la Marne ou d’un canal, pas loin d’une écluse.

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