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Léo Malet, Le soleil n’est pas pour nous

Quatrième de couverture :

« Ce premier jour où j’ai découvert la cité Jeanne d’Arc, un couple se tabassait en gueulant, au fond d’un de ces antres, ce qui n’a pas réveillé la clocharde vautrée dans l’angle d’un couloir ni impressionné la maigrichonne qui tordait une serpillière à sa fenêtre. Les bagarres devait être fréquentes dans ce secteur et laissaient tout le monde froid. Dans cet enfer, dominant la dispute, un bébé pleurait et quelqu’un triturait un accordéon…

L’action de ce roman est supposée se passer en 1926, époque de la joie de vivre. »

 

Les dix premières lignes :

Cela m’a pris vers six heures.

Une onde de désespoir comme je n’en avais jamais connue qui m’a submergé, cerné le cœur, fouillé les tripes, meurtri la gorge et empli les yeux de larmes. Quelque chose d’atroce, d’avoir été trop longtemps contenue, qui m’a laissé, brisé, sur le lit dur et étroit de ma cellule, déjà la proie des ombres crépusculaires.

Il devait être six heures.

Un silence relatif régnait sur la prison.

 

Commentaire personnel :

Après Jean Fraiger, dans le premier volet de la trilogie noire, La vie est dégueulasse, c’est au tour d’André Arnal de nous raconter sa trajectoire. C’est à son tour de nous raconter aussi que la vie est dégueulasse.

Orphelin, Arnal a décidé de monter à Paris et d’y faire sa vie. Mais pour certains, faire sa vie est impossible. Devenu presque clodo, il est embarqué par les policiers, enfermé pour vagabondage. A sa sortie, il va tenter de vivre normalement mais décidément, certains restent marqués, catalogués, et malgré tous leurs efforts, ils feront éternellement parti des bons à rien que la société laisse en marge. Sur le bas-côté.

 

Rien n’était logique ni juste, dans cette garce de vie. Le flic parlait de doctrine ? La misère et la poisse en avaient une, elles, qui consistait à ne lâcher aucun des malheureux qu’elles tenaient.

 

Il va rencontrer l’âme sœur mais une âme sœur abîmée comme lui.

La dégringolade ne s’arrête pas, le désespoir s’incruste et fait faire bien des choses. Désespérées.

 

« Eh ! là ! Le soleil brille, parfois.

– Pas pour tout le monde, m’sieu. Et c’est ça qui empoisonne, cette crasse qu’on sent trop épaisse pour s’en débarrasser. Alors, on a des idées de meurtre ou de suicide. »

 

Nous sommes dans un roman noir, indiscutablement. Un roman désespéré sur une société désespérante. Sans pitié pour les faibles, les marginalisés. Sans pitié pour ceux dont elle ne veut pas.

C’est un grand roman que nous offre Léo Malet, un roman court et rectiligne. En pente raide.

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