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Philippe Djian, Mise en bouche

Quatrième de couverture :

Un forcené prend en otage une classe entière d’une école maternelle et menace de tout faire sauter si… On connaît l’histoire. On croît la connaître, car, avec Philippe Djian, les chemins du destin conduisent les héros vers un huis clos où la passion, la peur, la jalousie et la mort rôdent, inexorablement.

Les dix premières lignes :

Un matin, en me réveillant, je me suis rendu compte qu’il était sans doute trop tard pour beaucoup de choses. Ingrid dormait à côté de moi, mais j’ai renoncé à la réveiller. Je suis resté assis au milieu des draps et j’ai fumé une cigarette en observant la montée du jour derrière les fenêtres, ses barres de feu qui transperçaient le feuillage d’un if et montaient dans mon dos.

Je me suis levé en silence et je suis allé dans la chambre de ma fille.

Commentaire personnel :

C’est au suspens d’une prise d’otage vue de l’intérieur que nous convie Philippe Djian.

Mais nous sommes chez Djian et le suspens ne peut pas n’être que là. En effet, à la première intrigue, qui consiste à savoir si les otages vont s’en sortir, une autre vient faire contrepoint, celle d’une idylle naissante entre le narrateur, homme seul élevant tant bien que mal sa fille avec l’aide de jeunes filles au pair qu’il choisit toutes plus séduisantes les unes que les autres, entre le narrateur donc, et l’institutrice de sa fille, femme quittée récemment pas son mari. Va-t-il parvenir à ses fins au milieu d’une prise d’otage tout ce qu’il y de plus sérieuse, impliquant qui plus est des enfants ?

Djian aime jouer avec l’âme humaine, avec des sentiments pas toujours glorieux, pas toujours judicieux dans leur contexte… Mais l’âme humaine est ainsi faite que la raison ne l’emporte pas toujours, que rajouter du risque au risque peut parfois attiser, exacerber, les envies. Les pimenter. Et faire perdre une certaine notion du danger, des convenances…

Philippe Djian, comme toujours, ne nous propose pas l’intrigue que nous attendons, l’intrigue basique que beaucoup de ses confrères proposeraient. Il va plus loin, explore, et nous convie à ses observations de la nature humaine. Un écrivain aussi exigeant avec lui-même qu’avec ses lecteurs, car il ne faut pas tomber dans le panneau et le soupçonner de nous servir une intrigue simpliste uniquement pour exercer son style, son écriture. Il s’implique aussi dans l’histoire et nous propose, comme à chaque fois, une vue de l’âme humaine pas toujours reluisante, sans concession, et que l’on ne peut que reconnaître comme proche d’une certaine vérité, si l’on n’a un tant soit peu d’honnêteté.

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