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Robin Cook, Cauchemar dans la rue

Quatrième de couverture :

Inlassablement, Kléber livrait la même bataille. Il ne savait jamais très bien comment il s’y était engagé. Mais cela ne changeait rien. Sans qu’il pût s’expliquer pourquoi, il se retrouvait toujours seul, à se battre à la fois pour les vivants et pour les morts, pour le visible et l’invisible. A ses yeux les morts étaient aussi réels que les vivants, surtout s’ils étaient morts injustement.

Les dix premières lignes :

Flic en civil à la police judiciaire, Kléber était attaché au commissariat n°50, boulevard de Sébastopol. Il était né à Paris, bien que sa famille fût originaire d’Alsace. Agé d’une quarantaine d’années, il était marié ; si sa femme et lui n’avaient pas d’enfants, Dieu sait pourtant que ce n’était pas faute d’avoir essayé ! Pour autant qu’il pût en juger lui-même, Kléber n’avait rien de particulièrement sympathique, ni de franchement déplaisant. C’était, tout simplement, un policier connaissant bien son métier, un homme rapide, efficace et perspicace.

Commentaire personnel :

Ça commence de manière clinique, froide, la description de ce qui arrive à Kléber. Flic parce qu’épris de justice, ne supportant absolument pas ou plus les compromissions, il est viré de la police, mis à pied avant décision définitive. Et Kléber, comme nous, comprend qu’il faudrait peu de choses pour que ce soit la dégringolade. Il a toujours été sur le fil, n’encadrant plus ses collègues pourris, sa hiérarchie aveugle. Il a toujours été si proche du gouffre… Ce qu’il va subir est au-dessus du peu de choses qui auraient pu le faire basculer. Dès lors, nous assistons à sa chute, sa désagrégation, au long des rues de son quartier.

Cook ne nous propose pas une intrigue à rebondissements, il s’attarde sur la lente errance d’un homme qui sait parfaitement où il va, qui n’a plus qu’une interrogation.

Et une fois de plus, une fois encore, Kléber se surprit à s’interroger sur ce que vaut vraiment une vie humaine, quelle qu’elle soit.

Se demandant ce qui l’a conduit là, au bout du chemin. Un homme qui se souvient, un homme qui ne peut supporter la culpabilité avec laquelle il devrait vivre.

Pourquoi le destin avait-il compliqué les choses au point de faire de lui, Kléber, un homme intelligent, pour lui imposer ensuite une expérience aussi stupide que sa propre vie et sa propre mort ?

Un homme amoureux fou de sa femme aussi, n’acceptant pas l’éloignement, la séparation… Le centre des préoccupations de Kléber, la seule de ses préoccupations est Elenya, qu’il a tirée de la rue quelques années plus tôt, qu’il a épousée et qu’il aime. Qu’il aime par-dessus tout.

Un homme qui sombre entre le réel et l’irréel.

Cook nous offre un superbe roman sur cet homme déboussolé, perdu, marchant vers sa fin, inexorable. Un homme qui ne prend plus de gants, qui ne sait simplement pas quand tout cela va finir.

On retrouve dans cet opus ce qui obsède Cook, la folie, déjà rencontrée notamment dans Quelque chose de pourri au royaume d’Angleterre, une hiérarchie seulement préoccupée d’elle-même, une société délabrée…

Et la lente marche vers la mort, cette vie que seul l’amour peut rendre supportable.

Entre deux opus de la série de l’Usine et avant de plonger dans celui qui sera son roman-phare, J’étais Dora Suarez, roman-phare auquel on ne peut réduire son œuvre, Robin Cook s’échappe et nous offre un grand roman, un roman qui, comme d’autres avant, fait écho à l’une de ses œuvres précédentes. Cette fois, il revient dans les sillons qu’il avait déjà tracés avec Le soleil qui s’éteint, il y revient et nous offre un roman autrement plus fort. Il va plus loin, au bout de ce qu’il n’avait fait qu’ébaucher.

Vous avez aimé… vous aimerez peut-être :

Son jumeau, le roman auquel celui-ci se rattache, à mon avis, indiscutablement, Le soleil qui s’éteint.

Les autres de l’auteur et ceux de celui qui, pour moi, est son équivalent français, Hugues Pagan.

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