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Robin Cook, Comment vivent les morts

Quatrième de couverture :

Où donc est-elle allée, la belle Marianne qui réjouissait par ses chansons la bonne société de ce patelin de la campagne anglaise ? Et pourquoi reste-t-il invisible, ce chef de la police locale ? Et quel jeu joue-t-il, ce chef d’entreprise de pompes funèbres ? Serait-ce que dans les petites villes, les malfrats valent largement ceux des grandes métropoles ?

Les dix premières lignes :

– La caractéristique la plus extraordinaire des psychopathes, disait le conférencier du Ministère de l’Intérieur, ce sont les efforts laborieux qu’ils font pour copier les gens normaux. (Il nous regarda d’un air heureux.) Ils nous étudient de près, voyez-vous.

(Bruits de pieds.)

« Toutefois le patient a sans cesse conscience du vide en lui, et voit l’existence comme un vide autour de lui. Il a une vision scientifique de l’infini. Et il continue jusqu’au jour où il craque ; la folie ne connaît aucune relâche.

Commentaire personnel :

Faut-il réellement chercher à savoir comment vivent les morts ?

L’enquêteur sans nom de Cook, lieutenant au service A14, celui des affaires non élucidées, est envoyé dans la campagne anglaise, hors du Londres où il exerce habituellement. Il ne se laisse pourtant pas désarçonné par ce changement de décors, l’homme est pareil en ville ou dans les petits patelins. Et lui, policier de son état, doit se plonger dans son travail pour ne pas ressasser sa vie, ses échecs, cette femme qu’il a perdue après qu’elle a tué leur fille.

Il doit enquêter sur une disparition que personne n’a d’abord signalée, la disparition d’une femme, Marianne, pourtant assez populaire dans son village et dont le mari était épris. Profondément. Qui ne l’était pas ? Elle était belle, chantait bien, et offrait tout cela, si radieuse, en présence de l’homme qu’elle aimait. Mais elle a disparu. Morte peut-être, ou partie en voyage dans sa France natale.

L’enquêteur sans nom va comme d’habitude affronter sa hiérarchie, user de moyen plutôt discutables mais il cherche l’efficacité. Il veut savoir. Il veut aider, aux prises malgré tout à ses propres interrogations, celles auxquelles il aimerait trouver des réponses tout en sachant qu’il n’y en a pas, ou qu’on ne les trouve jamais. Cette femme disparue possède peut-être certaines d’entre elles, peut-être les a-t-elle approchées.

Comment rendrons-nous compte aux autres de notre propre perte, de notre propre peine, une fois que nous auront quitté la vie pour rejoindre un père auprès d’un feu mort dans l’obscurité d’un pays qui s’en est allé ?

Désespéré, il s’accroche, pressentant une histoire trop grande pour lui, peut-être, pressentant surtout une sale coalition tirant parti du désespoir. Une sale engeance qui aurait décidé de monnayer le malheur d’autrui. Ce désespoir que l’on ne peut éviter, contourner, ignorer. Ce désespoir qui lui colle tellement aux basques.

Le désespoir ? Mais il n’y a pas d’intelligence sans désespoir. Se retrouver en ce monde avec un cerveau qui fonctionne bien et puis être achevé à l’aveuglette, cela défie toute logique, ça ne vaut pas mieux qu’un orgasme foiré.

C’est presque une croisade qu’il mène au final. Une croisade contre les autres, contre la gangrène qui pourri la société, ces profiteurs qui sévissent jusque dans ses rangs, chez ses collègues. Il veut permettre aux autres de vivre ce qu’il a lui-même vécu, ce qu’il touche du doigt chaque jour, dans son travail, dans sa vie, chez lui ou en regardant ses semblables. Aller jusqu’au bout de cette existence que l’on se doit de vivre malgré tout.

Comme nous sommes seuls ! Le seul risque réel que nous courons, c’est de comprendre notre sort : les autres sont des gens stupides, souriants, cruels ou indifférents, mais tous sont des idiots, brisés et vivant la tragédie confuse d’un troupeau qu’on pousse en avant à travers un pays rude pour être tué, et pour de l’argent.

C’est noir, impitoyable. Il n’y a pas l’espérance de lendemains qui chantent, d’aubes radieuses. Ne cherchez pas. Il faut se coltiner tout ça et tâcher d’avancer en aidant un tant soit peu les autres à en faire de même.

Je ne sais pas si c’est un grand roman de Robin Cook mais il a parfois les accents d’un de ses chefs-d’œuvre, Quelque chose de pourri au royaume d’Angleterre, et il annonce son autre grand roman, celui qui viendra ensuite, juste après, J’étais Dora Suarez.

Il faut lire ce troisième opus de la série de l’Usine, comme il faut lire Robin Cook si l’on est un tant soit peu intéressé par la littérature en générale, la noire en particulier mais pas seulement. Car cet auteur est allé au-delà des genres que l’on veut à tout prix accoler à tout roman.

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Ce livre a obtenu le trophée 813 du meilleur roman en 1986 et il est, comme je l’ai déjà dit, celui qui précède dans la série de l’Usine le roman emblématique de Robin Cook, J’ai tué Dora Suarez. Alors allez lire celui-là ou si ce n’est déjà fait, entamez la série avec son premier opus, Il est mort les yeux ouverts, une grande réussite également.

Robin Cook est un écrivain anglais alors vous pouvez également aller voir du côté de ses semblables, pas forcément étiquetés « roman noir » mais ayant la même acuité que lui, David Lodge, Jonathan Coe ou Ian McEwan, ce dernier étant certainement le plus proche du genre dans lequel on a rangé Robin Cook.

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