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Robin Cook, La rue obscène

Quatrième de couverture :

Malgré les exhortations de sa mère, Lord Eylau, baron pair du royaume et dernier du nom, ne trouve guère de noblesse à sa famille et chez ceux de sa classe.

Célibataire ruiné, il aborde la quarantaine avec la conviction que son éducation ne l’a pas préparé au travail. Pour survivre, il accepte d’être gérant d’une « maison de fantasmes », sise à Soho, dans « la rue obscène ». Un véritable pair du royaume, cela donne du prix au vice. Surtout s’il fait participer aux « spectacles » sa maîtresse, une femme aveugle, mère de deux enfants, qu’il a ravie à un ecclésiastique de campagne.

Les dix premières lignes :

« N’oublie jamais, Johnny », dit Lady Eylau (Elsa de son prénom et douairière de son état), « que dans notre famille, le sang noble remonte au IXè siècle. Du côté de ton père, tu as un ancêtre qui a combattu aux côtés de Blutcher à Waterloo et qui, bien qu’Autrichien, fut anobli par Wellington pour lui avoir apporté une dépêche capitale. Il a emprunté son titre anglais, par consentement royal, au château familial d’Eylau : ce nom n’a donc aucun rapport avec celui de la célèbre bataille livrée par Napoléon, quoi qu’en disent certaines personnes mal informées.

Commentaire personnel :

Robin Cook poursuit son périple dans l’Angleterre des années 60 et du début des années 70. Il continue sa peinture au vitriol d’une noblesse en pleine décadence, perdant pied dans un monde à l’évolution s’éloignant inexorablement de celui qu’elle a toujours connu.

Le temps, la violence et la pourriture n’avaient jamais rongé l’univers aussi vite qu’aujourd’hui. Si le processus se poursuivait au même rythme (ce qui était inévitable), chaque organisme commencerait à se putréfier avant d’avoir fini de se développer. A présent que l’homme avait appris à frotter l’un contre l’autre les silex de la fission nucléaire, le monde pouvait se consumer de façon radicale et instantanée, et ce siècle, contrairement aux précédents, ne laisserait pas la moindre trace. De plus, maintenant que les hommes allaient sur la lune, il semblait peu probable qu’ils fussent nombreux à s’attarder sur terre encore longtemps.

Cette fois, c’est lord Eylau qui va devoir se confronter à des réalités auxquelles on ne l’a pas préparé. Il va devoir travailler, activité à laquelle il n’était pas destiné. Qui ne correspond pas à son rang mais il faut bien s’y résoudre. Pour continuer à mener une vie dissolue par l’alcool et l’absence d’amis sincères.

Il va faire jouer ses relations. Vieilles connaissances. On assiste alors au retour de lord Mendip et de Viper, les deux témoins, personnages secondaires, de Vices privés, vertus publiques. Viper a réussi à créer l’entreprise dont il rêvait, une entreprise qui s’est spécialisée dans l’exploitation des vices de cette société en pleine évolution. Viper n’a aucun scrupule et il ne le cache pas à lord Eylau quand il lui fait sa proposition.

La vérité, c’est qu’un individu n’a pas une minute à consacrer à un autre individu qui ne lui est pas plus ou moins proche – à moins, par exemple, qu’il ne se serve de lui ou soit utilisé par lui. Et dans les nations où cette chimie sauvage ne peut être maîtrisée par une structure reconnue, elle mène tout droit au chaos.

Lord Eylau, entre temps, a rencontré la femme d’un pasteur dont il doit satisfaire à tout prix les exigences. Des exigences qui le poussent à accepter la proposition de Viper.

On assiste ensuite à une plongée dans un monde au service des instincts humains les moins avouables.

Robin Cook n’épargne rien. Ni ses contemporains, ni la société qu’il a toujours connue et qui se désagrège sous ses yeux, avec ses mœurs de moins en moins respectables et la disparition de tout scrupule au profit de l’argent. C’est un monde crépusculaire qu’il nous décrit, sans espoir, sans éclaircie possible. Il n’y a plus rien à sauver.

Les individus sont dangereux : ils menacent d’autres individus – n’importe quel communiste te dirait cela s’il l’osait. Mais en Grande Bretagne […] où l’individu a plus d’importance que l’Etat – à peu de chose près – on pratique le massacre commercial sélectif, qui extermine les plus faibles.

Robin Cook donne, pour la première fois, l’impression de se répéter. On a déjà lu ça dans Vices privés, vertus publiques, sous une autre forme, il est vrai, mais le point de vue adopté n’est pas fondamentalement différent. Son style est toujours aussi beau, d’une grande justesse mais…

Est-ce parce qu’il s’est senti tourner en rond qu’il a arrêté d’écrire après ce roman ?

Il ne reprendra l’écriture qu’une dizaine d’années plus tard, avec un roman qui est paru dans sa traduction française mais pas encore dans sa version originale, Le soleil qui s’éteint.

Vous avez aimé… vous aimerez peut-être :

Vices privés, vertus publiques, le roman jumeau ou le grand frère de celui-ci.

Et puis d’autres bouquins situés dans l’Angleterre du début des années 70 comme ceux de Ted Lewis, par exemple. Ou pourquoi pas David Peace et son Red Riding Quartet, particulièrement sombre également.

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