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Robin Cook, Quelque chose de pourri au royaume d’Angleterre

Quatrième de couverture :

Richard Watt, journaliste anglais engagé, s’est exilé dans un village d’Italie pour fuir une Angleterre qui a sombré dans la dictature. En effet, le nouveau premier ministre Jobling se refuse à organiser des élections à expiration de son mandat et réprime férocement toute opposition politique.

La présence de Watt à Roccamarittima ayant été signalée aux autorités anglaises par un couple britannique, le journaliste est extradé vers son pays d’origine, où il tombe entre les griffes de ses ennemis.

Les dix premières lignes :

Je me réveille, la tête remplie d’un flot de chiffres que j’ai additionnés et soustraits toute la nuit dans mon sommeil. Depuis un moment, je perçois le zonzonnement intermittent des moustiques. Un papillon de nuit aux ailes noires, large de quatre centimètres, est plaqué en biais sur le mur, derrière la table de chevet, à moitié caché par elle.

Il y a cinq ans et dix-sept jours que nous vivons ici ; nous avons vu cinq fois se dérouler le cycle complet des saisons sur cette terre.

Commentaire personnel :

Dés les premières lignes, nous sommes dans un roman rural, un petit coin d’Italie vue par un anglais venu s’y installer et en adopter le mode de vie.

Sous mes yeux, le vent se lève. Le paysage tout entier se soulève et murmure comme un océan. Sous leurs ombrelles de feuillage, les pieds de vigne et les oliviers gris pâle se tournent pour fuir vers la route qui serpente tout là-haut – ce ruban de poussière blanche qui traverse une forêt d’un vert lugubre que le soleil n’a pas encore atteinte et des champs de chaume où le blé commence à peine à pousser.

Il en a adopté le mode de vie, la culture de la vigne, et le rythme, lent, celui des saisons.

Mais on comprend qu’il a fui, qu’il se préoccupe de ses vignes pour ne pas ressasser de sombres pensées mais elles sont toujours là.

Vue du ciel, l’allée de gravier qui relie notre maison à la route ressemble à une vipère tuée d’un coup de bâton […]

Même dans la contemplation, des images de violence se glissent. Le paysage, une scène anodine, cachent une noirceur insoupçonnée, une noirceur, un désespoir, qui hantent le personnage principal, le narrateur.

Sortant du lit aussi silencieusement que possible, je me lève et contemple Magda qui dort encore. Couchée sur le ventre, le drap barrant l’arrière de ses cuisses, le dos perlé de sueur, elle paraît alanguie, sinon que, sous sa tête, son poing fermé est enfoncé dans sa bouche, comme si elle s’efforçait de ne pas crier. Elle ressemble à un cadavre arraché en hâte d’un véhicule en feu et qu’on aurait recouvert à moitié.

 

Nous côtoyons un couple d’anglais, savourant sa vie en Toscane, mais souffrant d’une blessure profonde, douloureuse. Une blessure qui a à voir avec leur exil. Un exil qu’ils tentent de savourer mais tout les rapproche, les rattache à leur pays, l’Angleterre, dont ils sont partis pour fuir une situation politique pour le moins dangereuse. Richard Watt, le narrateur a eu le malheur de dénoncer les idées troubles, inquiétantes, de celui qui est devenu le premier ministre. La situation a empiré, le pays s’éloigne de la démocratie… Mais loin de son pays, on est parfois perdu. On ne peut pas s’en éloigner éternellement, l’oublier.

Je ne cherchais plus les événements, comme au temps lointain où j’étais journaliste ; c’était eux qui m’avaient trouvé, et les gens qui les provoquaient avaient de la haine pour moi.

Nous ne sommes pas dans un roman rural, mais bien dans un roman noir. Dans un style superbe, le narrateur nous fait part de ses doutes, du lent délitement de ses certitudes.

Les convictions les plus profondément ancrées en soi sont-elles suffisantes pour résister à la tyrannie ?

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Il y a de l’uchronie dans ce roman alors, penchez-vous sur Robert Harris et son Fatherland, mais pour la qualité de l’écriture et de la description de l’inexorable marche du destin, il faudra peut-être chercher du côté des maîtres du roman noir dont Robin Cook est l’un des membres.

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