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Robin Cook, Vices privés, vertus publiques

Quatrième de couverture :

Vices privés, vertus publiques est un livre éblouissant sur le naufrage d’un monde, la face obscure de la joyeuse Angleterre des sixties, royaume pourrissant gangrené par la course au fric, où les rejetons de la gentry n’hésitent pas à se reconvertir dans l’industrie pornographique. C’est un opéra crépusculaire vénéneux, situé dans le décors microcosmique d’un château du XVIIIème siècle sur lequel veille, sourde aux craquements annonçant l’effondrement de son univers, une lady de fer dont l’une des filles milite au PC et recrute à l’office, tandis que l’autre, belle figure pathétique, s’avilit méthodiquement en se prostituant, toute son énergie tendue à toucher les fond de l’abjection…

Sans doute ce que Cook a écrit de plus fort.

Bernard Le Saux, L’événement du Jeudi.

Les dix premières lignes :

« Un client pour les films », se dit machinalement Lord Michael Mendip.

L’homme hésitait sur le pas de la porte d’une façon que Mendip connaissait bien, essayant de puiser en lui-même ce supplément de courage qui lui ferait poser le pied à l’intérieur de la boutique. Dehors, dans la ruelle, tombait une pluie sombre, continuelle et rectiligne. Elle balayait la façade de l’immeuble d’en face, et les fenêtres de la Suédoise qui proposait ses talents aux amateurs de sévices corporels…

Commentaire personnel :

Après Crème Anglaise (The Crust on Its Uppers), Bombe surprise et The Legacy of the Stiff Upper Lip qui reste non traduit à ce jour, Robin Cook poursuit son exploration de l’Angleterre des années 60 et de ses côté les moins reluisants. Il nous ressasse la déchéance de son pays.

C’est un roman étrange qui nous est livré, difficile à définir. S’il est noir, il n’en a pas l’aspect de prime abord. C’est un roman blême que l’on lit. De ce blême des fins de nuit où l’on a refait le monde et où sa triste réalité, son immuable décrépitude, vous claque au visage. De ce blême qui envahit les visages avant que la rage contenue n’éclate.

On suit les protagonistes dans quelques scènes quotidiennes. Des nobles ou « fils de » tombés dans l’exploitation de la perversion humaine. Deux d’entre eux s’apparentent d’ailleurs à des témoins de l’histoire qui se déroule devant nous, Viper et Mendip. Des témoins plus ou moins passifs. Une autre, Lydia, n’exploite plus la perversion, elle est dedans, s’enfonçant inexorablement. La fin inéluctable nous apparaît petit à petit. Personne n’y pourra rien. Ou tout le monde sera fautif. C’est une société qui part en déliquescence. La génération précédente s’accroche à une image, un mode de vie, de plus en plus anachroniques. Ses enfants se fracassent contre une réalité sans pitié.

Robin Cook nous décrit l’Angleterre des années 60, une Angleterre qu’il qualifie d’« anti-démocratique », au travers d’une classe qui se désagrège et va bientôt se confondre, se fondre dans les autres. Cette classe qu’il connaît. Il a choisit un style froid, détaché, des témoins qui cherchent avant tout à se préserver, toujours à distance. Aucune empathie. Et un roman dont la noirceur, qui affleurait au début au point d’être impalpable, se révèle au fil des pages, submergeant tout.

Le salut n’existe pas.

Vous avez aimé… vous aimerez peut-être :

Les autres romans de Robin Cook sur l’Angleterre des années 60 mais aussi d’autres romans sur ce pays et cette époque, comme London Express de Peter Loughran, London blues de Anthony Frewin, pour l’époque mais aussi la plongée dans l’industrie pornographique, ou encore la trilogie de Jake Arnott.

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