Franz Bartelt, Nicolas Tèque et Vertigo Kulbertus à Reugny

Il y a quelques semaines est paru un nouveau roman de l’écrivain ardennais, Hôtel du Grand Cerf, presque deux ans après son précédent livre, Depuis qu’elle est morte elle va beaucoup mieux. Il est édité dans la collection “Cadre Noir” des éditions du Seuil. Une nouvelle maison d’éditions pour un auteur qui naviguait jusqu’ici entre petites maisons et une seule grande, Gallimard. Une infidélité ? L’avenir nous le dira. En quatrième de couverture, une citation de l’auteur qui n’est autre que le passage d’un entretien que Franz Bartelt m’avait accordé, qui est repris en accueil de ce blog et qui lui a donné son nom. Il y avait plus d’une raison de le lire.

Le roman est dédié à la mémoire d’Alain Bertrand, disparu en 2014, éditeur de quelques romans de Bartelt et partenaire d’écriture pour l’un d’entre eux, Massacre en Ardennes. Titre qui pourrait d’ailleurs parfaitement convenir à celui-ci, se déroulant en Belgique à quelques encablures de la frontière française quand l’autre se situait à cheval sur la frontière franco-belge. Une situation géographique qui avait rapproché les deux écrivains et qui a valu un récent documentaire savoureux dont le texte est signé Bartelt, Par là, c’est pas comme ici.

Charles Raviotini raconte à Nicolas Tèque la mort mystérieuse de Rosa Gulingen, actrice en vogue quelques quarante ans plus tôt, à Reugny, dans les Ardennes belges. Elle fut retrouvée dans sa baignoire morte noyée peut-être en raison de son ivresse. Armand Grétry, son partenaire à l’écran et dans la vie, fut un temps soupçonné avant que la police ne conclut à une mort accidentelle. Raviotini a en sa possession les quelques images de la semaine

de tournage pendant lequel l’événement a eu lieu, venant y mettre un terme définitif. Parce qu’il sent qu’il tient là un sujet, même si depuis les deux acteurs sont retombés dans l’anonymat, Charles Raviotini envoie Nicolas Tèque sur place pour mener l’enquête et récolter des témoignages en vue d’un documentaire.

Dans le même temps, à Reugny, les habitants vaquent à leurs occupations dominicales sans savoir qu’un crime est sur le point d’être commis et qu’il va tout bouleverser dans la commune. Anne-Sophie, la fille de l’actuelle propriétaire de l’Hôtel du Grand Cerf où les membres du tournage interrompu par la mort de Rosa Gulingen avaient élu domicile, actuelle propriétaire qui n’est autre que la fille de la propriétaire à l’époque du tournage, Anne-Sophie donc, s’ennuyant, part faire un tour en mobylette. Elle croise en chemin Brice Meyer, l’idiot du village, elle l’apprécie alors que tous se moquent de lui. Elle pousse ensuite jusqu’au Point de vue de La Fourche et y arrive au moment fatidique. Jeff Rousselet passe de vie à trépas de manière assez radicale et violente.

Tous ses collègues étant mobilisés par une série d’attentats à la bombe et de cambriolages, Vertigo Kulbertus est envoyé à Reugny pour mener l’enquête. Il est à quatorze jours de la retraite et compte bien ne pas s’éterniser sur place.

Son arrivée coïncide avec celle de Nicolas Tèque et les deux investigations sont menées de front, les deux enquêteurs étant logés au Grand Cerf et finissant par se trouver des affinités.

Le décor est planté et la mécanique lancée.

Le village nous est décrit à travers ses habitants, les Londroit et leur hôtel, les Lauwerijk, leur ferme et leur fils brillant, Sophie Monsoir, venue d’ailleurs et chauffeure de taxi, le seul du village, et son mari Freddy, routier. L’autre lieu remarquable du village est le centre de Motivation, propriété de Richard Lépine, où il règne en maître, assisté fidèlement par Elisabeth Grandjean. Lépine est également propriétaire de la moitié du village, un personnage puissant, hanté par son passé et ses rêves, et qui gère son image, tout en proposant un service original de sélection sans pitié de cadres d’entreprise.

L’homme s’est laissé corroder par la crise. Le voilà qu’il se projette dans l’avenir, qu’il économise pour les lendemains, qu’il a la prétention de voir loin, qu’il se vante de spéculer à la Bourse. Moi je leur dis, à ces blaireaux, est-ce que vous croyez que le bonheur vous attend quelque part dans l’avenir ? L’avenir, ça n’existe pas. Même quand on a des enfants. C’est les miroirs qui ont raison : ils ne reflètent que le présent. Et encore, quand y a de la lumière.

Pendant que les attentats et les cambriolages continuent en Belgique, qu’une grève bloque Larcheville, la ville la plus proche, située en France et au nom assez transparent, comme celui de bien des autres villages environnants, l’auteur jouant sur la façon de les prononcer dans le coin, l’intrigue progresse, les histoires se révèlent.

Au milieu des secrets de chacun, Nicolas Tèque et Vertigo Kulbertus ont des méthodes bien différentes pour parvenir à leurs fins. Le journaliste-documentariste restant assez discret, classique, tandis que le policier est dans la provocation, la déstabilisation permanente, tout en ingurgitant force bières et repas pantagruéliques pour nourrir son obésité.

… la vérité n’est pas de ce monde. Il n’y a pas d’innocents. La vérité est peut-être de l’autre monde. Mais l’autre monde n’étant ouvert qu’aux innocents, je le vois vide et désert. La vérité est infréquentable. Parole de flic.

Le rapprochement entre les deux est notamment dû à l’amour que le Belge porte à Rosa Gulingen et à ses premiers émois dont elle a été la cause.

C’est une intrigue savoureuse, une fois de plus, que nous offre l’auteur ardennais, une intrigue qui pourrait rappeler celle du Grand Bercail pour sa description d’une communauté et de ses relations, proche de Massacre en Ardennes pour les raisons évoquées plus haut, ainsi que son dézinguage et sa noirceur, et de bien d’autres encore, pour les mêmes raisons. Une intrigue campée dans les Ardennes, arrosée de bière.

Quand le client boit raisonnablement, il rapporte raisonnablement. S’il boit beaucoup, il rapporte beaucoup. Et quand il est saoul, c’est là qu’il rapporte le mieux. Parce qu’il ne fait plus attention à ce qu’il dépense. L’homme saoul, vous le savez peut-être, n’a plus de dettes, plus de factures en retard, plus de femme infidèle, plus de patron tyrannique, plus d’obligations sociales, plus d’ennuis avec l’administration, plus d’impôts à supporter. Il est saoul. Je ne dis pas qu’il est heureux, mais en tout cas il n’est plus malheureux à cause de ce qui le rend malheureux d’habitude.

Chaque personnage est savoureux et la progression de l’histoire, la résolution des mystères, avance à pas comptés, lentement mais sûrement, inéluctablement. Les sentiments sont exacerbés, l’amour et son versant noir, la jalousie, l’envie de pouvoir ou de vengeance, la convoitise, les secrets de familles inavouables, tout y passe, pour notre plus grand plaisir. Car c’est une nouvelle fois un véritable plaisir de lecture. Ce plaisir devant une intrigue prenante, racontée dans un style comme il y en a peu, avec cette truculence, cette fausse bonhommie ou naïveté ponctuée d’aphorismes ou d’une philosophie du quotidien, qui sont la marque de l’écrivain, un écrivain qui mérite décidément qu’on en parle encore et encore.

Comme à chaque fois que l’on referme un livre signé Bartelt, on espère juste que le suivant ne viendra pas dans trop longtemps, l’auteur ayant tendance à se faire de plus en plus désirer.

Paul Colize, Jean Villemont et Franck Jammet

Fin 2015 est paru le onzième ou douzième roman de Paul Colize, selon le point de vue, si l’on considère Quatre valets et une dame et Le valet de cœur comme deux ouvrages distincts ou non. Après Krakoën et La Manufacture de Livres, c’est Fleuve Noir qui s’est chargé de l’édition de celui-ci, Concerto pour quatre mains. Un an après la récréation qu’avait pu constituer L’Avocat, le Nain et la Princesse masquée, Colize revient à une veine plus sérieuse et s’avance de plus en plus clairement du côté du thriller.

Après avoir assisté à la sortie de prison d’un homme attendu par les journalistes et qui annonce en aparté à l’une d’entre eux qu’il compte désormais entrer dans la légende, nous sommes les témoins du casse du siècle. Un des nombreux casses du siècle. Celui-ci a Concerto pour 4 mains (Fleuve Noir, 2015)lieu à l’aéroport de Zaventem et prend à peine quelques minutes. Il n’en faut en effet pas plus à un commando visiblement bien entraîné pour subtiliser plus de cinquante millions d’euros de diamants bruts non taillés…

Jean Villemont, avocat pénaliste, est de son côté contacté par un homme dont le fils vient d’être incarcéré à la suite d’une tentative de hold-up. Nous sommes au lendemain du fameux casse du siècle et les affaires continuent dans la capitale belge. Après quelques hésitations, dues à un emploi du temps particulièrement chargé, Villemont accepte de défendre Akim Bachir, si toutefois son père parvient à le convaincre d’accepter un avocat, lui qui a décidé de se défendre seul. En parallèle, nous suivons l’histoire de Frank Jammet, un braqueur qui s’est rendu célèbre par ses coups plus qu’audacieux et sa volonté d’agir sans violence… point commun avec le fameux et spectaculaire “casse du siècle”…

Les différentes intrigues progressent parallèlement. Jean Villemont, en plein désarroi conjugal, commence à croire que son client n’est pas entré dans le bureau de poste pour un hold-up mais pour échapper à des poursuivants ; sa thèse étant étayée par le départ précipité de sa femme et son fils à la suite d’un appel passé en pleine action. Frank Jammet s’est lancé dans le banditisme par appât du gain mais aussi pour l’adrénaline et en ayant la volonté de réussir des coups sans blesser qui que ce soit. Il finit par couler des jours paisibles dans le sud de la France, avec Julie sa femme et ancienne complice, quand ce fameux casse le rattrape et lui vaut d’être interrogé… son alibi tient la route même si le fait que deux anciens de sa bande aient été retrouvés morts, exécutés, à la suite du vol des diamants, continue de jeter le doute sur sa culpabilité.

Les intrigues progressent en parallèle… des liens se font jour. L’une dans le temps, les années, l’autre au présent.

Paul Colize nous a habitué à cette construction, ces intrigues parallèles, ce retour en arrière de plusieurs années pour l’une tandis qu’on s’ancre dans l’instant pour l’autre. Il nous y a habitué et ses romans les plus réussis possèdent cette marque de fabrique, cette structure narrative, La troisième vague, Back up, ou encore Un long moment de silence. C’est une mécanique particulièrement efficace sous la plume du romancier belge.

Une mécanique efficace alliée à ce qui fait la force des intrigues de l’écrivain, un travail de documentation exemplaire. On sait que ce qui nous est dit, on le sent, est très proche d’une certaine réalité, on sait que l’on va en apprendre un peu, de nouveau… Sur le milieu carcéral ou la machine judiciaire, en l’occurrence.

Tous les gages d’un excellent roman. Mais qui m’a moins emporté que les précédents, les trois que je citais précédemment et ceux tournant autour d’Antoine Lagarde.

Peut-être qu’à force de connaître toutes ces qualités chez Colize, j’en attends toujours plus ? J’ai eu l’impression que l’action primait sur la réflexion, que l’enchaînement des différentes phases de l’histoire primait sur un temps plus calme parfois, le temps de connaître les personnages, de les fouiller davantage… il m’a manqué une prise sur ces personnages, le plus sympathique au final étant celui de Frank Jammet. Il m’a manqué peut-être certaines des excentricités véritablement littéraires présentes dans les livres précédents de l’auteur, excentricités littéraires qui leur donnaient une saveur toute particulière… à l’image de ce “concerto pour quatre mains” du titre, que j’ai trouvé être une superbe idée, malheureusement pas assez exploitée. Une idée qui rappelle le côté mélomane de l’écrivain déjà perçu dans Back up mais qui peut paraître au final un peu déplacée car pas assez approfondie… Et je trouve qu’on passe à côté du personnage de Villemont dont les doutes sont effleurés… et vite évacués pour laisser la mécanique reprendre son cours. Comme est effleurée sa passion pour la montagne, impression renforcée après avoir lu il n’y a pas si longtemps L’homme des hautes solitudes de James Salter

Au final, ce livre est une lecture plaisante mais qui tend peut-être trop vers la description détaillée de chaque casse, au détriment des personnages et de cette humanité qui caractérisait les précédents ouvrages de Paul Colize. La mécanique, l’engrenage des faits, le respect de certains codes, primant sur les interrogations des personnages principaux. Il m’a sûrement manqué les vrais morceaux de Colize que l’on retrouvait jusque là, à travers certains personnages souvent si proches de lui. Toujours est-il que le romancier reste un conteur, un auteur. Un auteur que je continuerai à lire, dont l’évolution est intéressante, passionnante, et qui oscille tellement entre le plaisir du lecteur et celui de l’écrivain, celui de transmettre des émotions… les deux allant de paire, bien sûr, souvent, mais parfois on aimerait quelques défauts dans la cuirasse, une mécanique un peu moins huilée, laissant la place à ces échappées dont Colize a le secret… à cette façon de se livrer, de nous livrer un peu de lui-même…

Mais le roman à venir nous surprendra sans aucun doute…

Paul Colize et Hugues Tonnon, de Bruxelles à Paris via l’Afrique du Sud, le Maroc et l’Algérie

Il y a quelques semaines est paru le dernier roman en date de Paul Colize, L’avocat, le nain et la princesse masquée. Après La troisième vague, Back up et Un long moment de silence, Colize renoue avec une veine qui avait été la sienne avant. Une veine plus légère, un roman jouant avant tout sur le rythme et les rebondissements mais où l’humour du romancier peut également s’épanouir. Cet humour mis en sommeil lors des dernières intrigues qu’il a écrites. Hugues Tonnon pourrait être un cousin du Laurent Baltard de Sun Tower ou d’Antoine Lagarde, croisé dans Le valet de cœur ou Le baiser de l’ombre. Comme nombre de personnages principaux chez Colize, il pourrait même être Colize lui-même.

L'avocat, le nain et la princesse masquée (Manufacture de livre, 2014)Hugues Tonnon est avocat à Bruxelles. Il est spécialisé dans les divorces. Contrairement au Milo Milogradovitvh de Crumley, la légalisation du divorce par consentement mutuel n’a pas tari son gagne-pain, bien au contraire, il en vit plutôt pas mal. Il faut dire qu’il agit pour le bien de ses clients, essayant de gagner ce qui s’apparente à un combat, une lutte économique, pour obtenir le plus d’argent possible, ou en perdre le moins… Il est sans scrupule et, à défaut d’être devenu l’avocat pénaliste qu’il rêvait, il s’est fait une réputation en attisant les différends entre futurs ex-conjoints.

Le secret de ma réussite ne tenait pas à ma bonne connaissance des rouages de la justice belge, mais plutôt à la mise à profit des lacunes du Code civil et des vides juridiques.”

La réputation d’Hugues Tonnon n’étant plus à faire, il attire beaucoup de monde et du beau monde. La dernière en date, en ce lundi 22 août 2011, n’est autre que Nolwenn Blackwell, le top model belge. Sa démarche n’est pas ordinaire, sur le point d’épouser un riche capitaine d’industrie français, elle a vu ce projet singulièrement battre de l’aile quand son fiancé a été surpris, par un paparazzi, en compagnie d’une stripteaseuse au bord de sa piscine. Nolwenn Blackwell veut casser la réputation de son ex-futur mari et obtenir de lui un maximum. De fil en aiguille, l’entretien professionnel entre l’avocat et sa future cliente se poursuit au restaurant et s’achève dans l’appartement de cette dernière de manière assez torride. Malheureusement, le lendemain, Tonnon est réveillé par la police belge, la top model a été assassinée et il est le dernier à l’avoir vu vivante… L’avocat est dans de sales draps, d’autant que l’enquête est menée par un flic du nom de Witmeur dont il a défendu l’épouse lors de leur divorce.

Hugues Tonnon est emporté dans une spirale qui va le conduire à Paris puis en Afrique du Sud, à Casablanca et Alger. Un avocat en perdition. Un avocat qui mène l’enquête, à la première personne, faux-coupable comme d’autres avant lui (chez Hitchcock ou chez Colize).

Notre attachement aux lois n’était qu’un masque au travers duquel nous cherchions à comprendre les motivations de ceux qui les transgressaient. Lorsque nous plaidions, nous nous couvrions de nos atours, robe, cravate, et nous nous dissimulions derrière nos belles phrases et nos manœuvres de séduction. Nous ne faisions pas les lois mais nous étions là pour les interpréter et les faire appliquer. Lorsque la tension et le stress diminuaient, nous aimions retrouver l’être amoral qui sommeillait en nous. A notre tour, nous transgressions les règles pour nous vautrer dans l’inconduite et l’intempérance.

Comme souvent chez Colize, l’intrigue s’enrichit de voyages ici ou là, de rencontres plus ou moins improbables entre des personnages pas toujours bien assortis. Ainsi, l’avocat est accompagné à partir d’un moment par une journaliste française, Christelle Beauchamps, s’amusant de ses manies de vieux garçon et de ce vocabulaire de prétoire, quelque peu ampoulé, qu’il a fait sien.

L’univers de l’écrivain se rappelle à nous au travers de tableaux de Klimt ornant certains murs, de choix musicaux baignant l’atmosphère de l’intrigue débutante. Rejoignant Sun Tower qui était, de mon point de vue, un hommage à un certain cinéma, notamment celui de Sir Alfred Hitchcock, la référence est ici explicite au travers des titres de chapitre qui ne sont plus les derniers mots de celui-ci mais des titres de films célèbres.

Colize évolue et, pour cela, il adopte ce ton léger qui était le sien quelques années auparavant. Un ton léger au service d’une intrigue documentée, comme d’habitude, et soulevant quelques questions qu’il est bon de se rappeler en ces temps de coupe du monde footballistique… Un roman en plein dans l’actualité. Et ancré dans son époque, la relation entre un top model et un capitaine d’industrie plus petit qu’elle en rappelant une autre…

En refermant les pages, on peut se dire qu’il s’agit là d’un roman mineur, un roman mineur dans la bibliographie de Paul Colize. Mais c’est un roman qui atteint son but, nous distraire, nous faire passer quelques bons moments de lecture en nous faisant sourire. Un roman qui n’a pas la force et l’impact de ceux que je citais plus haut mais qui s’inscrit parfaitement dans l’œuvre du romancier et qui, même parmi ses intrigues plus légères, montre une qualité en constante progression.

On ne peut exiger d’un écrivain qu’il se livre constamment, comme Colize l’avait fait dans son livre précédent. Son évolution est aussi ce qui rend un auteur intéressant… avec Paul Colize, on est servis. Et son prochain livre, s’il continue au même rythme, devrait nous parvenir à la fin du printemps ou au début de l’été 2015.

Paul Colize, vengeance et passé

Paul Colize nous revient avec un nouveau roman. Intitulé Un long moment de silence, il est publié, comme le précédent, par La Manufacture des Livres.

Ce roman arrive un an après  Back Up, le dernier ouvrage de l’écrivain, qui a rencontré un succès tant critique que public… On peut imaginer qu’il n’est pas évident d’envisager un roman après celui-là. Mais, pas besoin d’imaginer, il faut lire pour se rassurer, Colize ne s’est pas dissous dans le succès. Il ne s’est pas édulcoré, bien au contraire, cette reconnaissance semble l’avoir encouragé à aller plus loin, à nous offrir un roman encore plus exigeant. Plus dérangeant. Plus personnel.

Après Un long moment de silence (La manufacture des livres, 2013)avoir exploré le trafique de tableaux, les années soixante et leur musique, un fait divers, le romancier avance encore, il se coltine à un sujet plus délicat. Il l’affronte et le mêle à un autre tout aussi difficile.

C’est un roman fort, âpre, que ce long moment de silence. Un roman dérangeant.

Le personnage principal, celui qui est le moteur de l’intrigue, la raison d’être de l’histoire, est un cousin d’Antoine Lagarde. Un double de l’écrivain. Pas un double fidèle, mais un avatar, un personnage qu’il pourrait être si… Stanislas Kervyn est l’auteur d’un livre qui explore un attentat commis en 1954 au Caire. Un attentat connu sous le nom de “la tuerie du Caire”. Un attentat dont son père a été l’une des victimes.

Kervyn subit, dans les premières pages, les questions d’un journaliste lors d’une émission télévisée. Il les subit, encouragé en coulisse par son éditeur, Pierre… Toute ressemblance avec une certaine réalité n’est sans doute pas fortuite. Il subit cette émission qui va relancer sa recherche, la remettre en question. Un appel anonyme déclenche ce nouvel élan d’une enquête dans laquelle Kervyn s’est investi depuis des années. Un bouleversement. Kervyn en était arrivé à la conclusion que cette tuerie avait pour cible l’une des victimes mais l’identité de cette victime lui avait échappé.

Ce personnage principal est un chef d’entreprise, une entreprise de hackeurs qu’il dirige tyranniquement, le seul vrai management selon lui. Kervyn est plutôt antipathique, refusant tout affect, tout sentiment. Odieux la plupart du temps, en butte contre tous… Abîmé.

La perte d’un père, la recherche du pourquoi de sa disparition, nous sommes en terrain connu. Ce thème revient régulièrement dans l’œuvre de Colize et confirme la parenté entre Lagarde et Kervyn. Là où Lagarde exerçait une profession proche de celle de l’auteur, Kervyn pratique l’écriture…

En parallèle de cette quête de Kervyn, de nos jours, une autre histoire s’imbrique. Une construction qui rappelle celle du Baiser de l’ombre ou encore de Back up.

L’autre histoire court sur le vingtième siècle et plus particulièrement sur sa deuxième moitié, celle de l’après-guerre, de l’après solution finale. Période qui tente de se relever de ce crime effroyable. Cette autre histoire explore les conséquences sur les victimes et nous interroge sur la notion de mal. Il l’explore au travers de la trajectoire de Nathan Katz. Un sentiment de malaise règne dans ces pages. Pour répondre au mal organisé, programmé, une autre organisation se met en place. Une organisation radicale qui poursuit les nazis ayant échappés à la justice, ayant réussi à fuir les procès, et qui se cachent. Une organisation qui les pourchasse et exerce sa propre justice. Radicale. Comme dans d’autres livres de Colize, Le valet de cœur notamment, la notion de vengeance est interrogée. Et l’on n’est pas à l’aise dans son fauteuil en lisant ces pages, en accompagnant cette organisation de tueurs, pas à l’aise dans ses certitudes, questionnant une nouvelle fois nos convictions les plus profondes… Et si ça nous était arrivé ?

Comme le dit Jorge Viñuales, cité par l’auteur : “Au-delà de ce qui peut être pardonné par l’homme, s’étendent les plaines du mal radical, mal qui dépasse aussi tout châtiment humain. […] Que faire alors ? Peut-on envisager de punir ou de pardonner la volonté qui incarne le mal radical ? Peut-on véritablement rendre justice ?

Colize ne nous facilite pas la tâche. Il y a une exigence, il faut s’impliquer, s’interroger, il ne faut pas attendre de lui des réponses toutes faites, rassurantes.

Le style de l’écrivain est toujours là, précis. Ironique. La peinture, les voyages, ponctuent toujours l’action.

Les deux histoires imbriquées dans la construction vont bien sûr se révéler liées. Et, au travers de la perte du père, de la recherche du pourquoi de sa disparition, se dessine le portrait d’une mère… Une mère et les événements qui ont forgé son destin.

C’est un roman fort car intime. Un roman qui ménage son suspens mais qui, de mon point de vue, n’est pas le thriller annoncé sur la couverture, il s’agirait plutôt, de nouveau, d’un roman noir. Noir comme l’histoire qui donne sa couleur à notre société.

Paul Colize nous offre une histoire où il s’implique, il se livre, tout en nous forçant à un effort… Un roman exigeant. Troublant et, en définitive, marquant. Un roman qui provoquera des réactions, un roman tout sauf tiède.

XIII, Sente, Jigounov, le Mayflower et… ça repart

Jean Van Hamme et William Vance en ont fini avec leur personnage amnésique. Mais ils n’ont pas fermé la porte à une suite éventuelle, imaginée par d’autres. Yves Sente, qui l’a déjà fait pour Blake et Mortimer, à la suite d’Edgar P. Jacobs, ou encore pour Thorgal, autre série de Van Hamme, se lance en s’associant à Iouri Jigounov. Le premier opus de leur contribution à la série s’appelle Le jour du Mayflower et paraît en 2011.

Comme leurs prédécesseurs, Sente et Jigounov s’inspirent de l’histoire des Etats-Unis pour l’intrigue. Le titre ne nous y trompe pas. Ils se lancent dans l’aventure en reprenant également l’aspect central de la série, l’amnésie du personnage Le jour du Mayflower (Dargaud, 2011)principal et en relançant le complot qui était la toile de fond des volumes précédents.

Débarrassé de tout ce qui l’empêchait de se pencher sur son infirmité, MacLane s’y consacre pleinement. Il consulte. Il consulte et ça n’est pas forcément bien vu puisqu’il continue à faire l’objet d’une surveillance multiple. Le passé ne peut être entièrement effacé. XIII est l’objet de convoitises, de méfiances… Et se trouve bientôt, de nouveau, accusé à tort, obligé de fuir, tout en cherchant, parmi les indices qu’il a réussi à glaner, un déclencheur, un stimulateur de sa mémoire perdue… Ce sera le Mayflower, ce bateau qui a vaincu une mer démontée pour traverser l’Atlantique, accoster au large de Cape Cod et en mémoire duquel Thanksgiving est commémoré. Un lien existerait entre XIII et ce fameux bateau… Un lien dérangeant puisque de nouveau les armes se déchaînent dans son sillage. Il doit s’enfuir et rejoindre deux de ses amis, les Préseau, en France…

Les ingrédients sont là, le ton est respecté. Sente marche dans les pas de Van Hamme tandis que Jigounov emprunte ceux de William Vance. Mais en même temps, la série prend une nouvelle impulsion, connait un certain renouveau.

Elle se poursuit l’année suivante avec L’appât.

En couverture, c’est le colonel Jones… Après les Préseau, d’autres proches de MacLane reprennent le collier, regagnent une place dans la nouvelle série. Outre Jones, Ben Carrington réapparaît.

Cette fois, tandis qu’il profite de l’hospitalité de ses amis en France, XIII doit se décider à aller délivrer Jones, prisonnière des talibans en Afghanistan. Il reprend contact pour l’occasion avec Carrington, coulant une paisible retraite chez sa L'appât (Dargaud, 2012)sœur et élevant son petit-fils. Tous les deux, ils acceptent d’apporter clandestinement la rançon qui permettra de délivrer Jones et les autres prisonniers. En même temps Betty, marquise de Préseau, part aux Etats-Unis pour poursuivre sur place les recherches que menaient XIII et y exploiter certains indices qu’il n’a pas eu le temps d’approfondir lui-même…

Le renouveau se confirme. Outre l’exploration de l’histoire des Etats-Unis, Sente inscrit la série dans l’actualité, dans l’histoire immédiate. Les intrigues menées en parallèle, comme dans certains opus précédents, entre le présent et le passé de XIII, sont rythmées et à rebondissement.

Et puis, le personnage de Betty s’étoffe, devient l’un des moteurs de l’histoire. Ce n’est pas le moindre intérêt de cette nouvelle série pour moi, tant il semblait avoir été sous-exploité précédemment au point que Van Hamme en avait créé un clone en la personne de Jessica Martin…

La série prend un nouvel élan sans renier l’ancienne, notamment au travers de ce nouveau personnage de tueuse qui n’est pas sans rappeler les précédents ennemis de MacLane…

Sente et Jigounov ne nous perdent pas en chemin et ont trouvé un angle pour relancer la série qui n’est pas sans intérêt… Les prochains opus devront confirmer cette impression. Il n’y a plus qu’à attendre.

XIII, Van Hamme, Vance et Giraud à la conclusion

Avant de passer le relais à d’autres auteurs, Van Hamme s’offre un dernier baroud dans l’univers qu’il a créé. Univers dont il est tellement familier qu’il peut s’y ébattre à son aise et s’autoriser une récréation avant de conclure en reprenant ce qu’il a déjà imaginé…

Pour la récréation, qui n’en est pas vraiment une, il quitte le continent américain et revient de ce côté-ci de l’Atlantique. En Irlande, plus précisément. Et pour que le dépaysement soit complet, ce n’est plus Vance qui est aux crayons mais Jean Giraud, excusez du peu ! Il fallait au moins celui-ci pour remplacer celui-là.

La version irlandaise est publiée en 2007. Elle se présente sous la forme d’une discussion, la confession de Kelly Brian à son ami Jason Fly. L’histoire de sa vie… Depuis ses premières prises de conscience lorsqu’il s’appelait Seamus O’Neil La version irlandaise (Dargaud, 2007)jusqu’aux dernières années où il a côtoyé son camarade à l’université de Boulder.

L’histoire part de la fameuse grève de la faim des dix de Belfast pour se liée au destin de Jason Fly/MacLane. Une nouvelle fois, Van Hamme inscrit son histoire dans l’histoire récente. Il suit les pas des républicains irlandais. Et notamment ceux de ce jeune homme dont le père meurt en prison. Seulement, l’engagement dans la lutte qu’il choisit se révèle violent et parfois sans pitié… Le doute s’instille en même temps qu’une romance tourne au drame.

C’est une intrigue qui a plus à voir avec un destin individuel dans la lutte choisie. C’est un album à part dans la série. Non seulement parce qu’il est dessiné par un autre mais aussi parce qu’il s’attache à un personnage en marge de l’histoire de XIII et qu’il nous propose son histoire en un seul opus.

Le dessin de Jean Giraud est moins neutre, moins austère que celui de Vance. Plus chaleureux. Il convient au destin de Seamus O’Neil, emporté dans le courant de l’Histoire tout en cherchant vivre son adolescence puis son entrée dans l’âge adulte comme les autres…

Le changement de dessinateur offre à Giraud la possibilité d’inventer les traits du visage de XIII, celui d’avant son opération, celui que nous n’avions jamais vu jusque là.

Et cette fois, nous savons pourquoi Jason Fly ou Seamus O’Neil est parti à Cuba après avoir, déjà, croisé Jessica Martin.

La même année paraît l’ultime opus imaginé par le duo Vance – Van Hamme. C’est Le dernier round.

Pour ce dernier opus, XIII et ses compagnons vont se trouver devant une obligation. Après une dernière tentative, ils doivent se rendre à l’évidence, ils ne peuvent plus fuir sous peine de semer les morts à leur suite. Nous les retrouvons au Mexique et, après un dernier baroud sanglant, Washington devient le centre de l’intrigue. La couverture nous l’annonçait, Jason MacLane va, cette fois, devoir affronter le Capitole et ses politiques.Le dernier round (Dargaud, 2007)

Tandis qu’en coulisse, certains tentent d’effacer des traces, d’éliminer quelques témoins gênants, un procès se prépare au congrès. Procès qui va devoir faire toute la lumière sur des événements récents dans lesquels MacLane est impliqué.

Daniel Finkelstein, le frère d’un des journalistes ayant rassemblé les documents constituant le dossier sur le mystère XIII, treizième volume de la série, est parvenu à les faire publier. Un autre document s’ajoute à ce dossier, celui qu’il a constitué lui-même à partir du témoignage de Jessica Martin et qui s’intitule The Kelly Brian Story, que les lecteurs connaissent, eux, sous le titre un autre titre, La version irlandaise, opus précédent évoqué plus haut.

Comme pour le treizième volet de la série, Van Hamme et Vance reviennent sur l’ensemble de la saga. Ils reprennent ce que nous savons déjà et l’utilise comme base pour une nouvelle intrigue. Comme pour le treizième volet, ils mettent en avant le pouvoir des médias, ce fameux quatrième pouvoir tant décrié, dénoncé, fustigé, ou encensé, c’est selon.

Ils nous offrent également une autre forme de fiction chère aux auteurs d’outre-Atlantique, le procès. Déjà abordé dans Le jugement mais sous une forme militaire, à la manière du film de Robe Reiner Des hommes d’honneur (A few good men) par exemple, et sous une forme clandestine… Cette fois, nous sommes proche de cette paranoïa qui semble aller de paire avec les Etats-Unis, de retour dans une théorie du complot et des services secrets n’obéissant qu’à eux-mêmes…

En vingt-huit ans, comme le souligne Jean Van Hamme à la fin de cet épisode, et en dix-neuf épisodes, la série aura donc balayé tout un pan de la fiction contemporaine, allant du thriller au la fiction de procès, de la course-poursuite à la politique fiction…

Après cet ultime épisode, Van Hame, comme pour d’autres séries qu’il a scénarisées, laisse la possibilité à d’autres auteurs de prendre le relais, ce que vont s’empresser de faire Iouri Jigounov et Yves Sente, férus du genre.

XIII à la relance…

Comme je l’ai dit précédemment, on pouvait penser, après la parution du douzième opus de la série, Le jugement, que Van Hamme et Vance en avaient fait le tour. Certes, il restait quelques mystères en suspens mais tous les mystères sont-ils appelés à être résolus ?

En guise de conclusion, le treizième volume de la série se présente comme une enquête. Reprenant les épisodes précédents pour en faire un condensé. Enumérant les différentes intrigues dans l’intrigue, listant et décrivant les The XIII mystery  l'enquête (Dargaud, 1999)personnages apparaissant à un moment ou un autre dans l’histoire. The XIII mystery : l’enquête pouvait apparaitre lors de sa parution, en 1999, comme une tentative d’épuisement du sujet. Une tentative d’épuisement par les auteurs eux-mêmes.

Cette compilation de tout ce qui a fait la série jusque là prend la forme d’un travail journalistique. A partir des rares éléments qui ont pu échapper à la vigilance des services secrets, deux journalistes se sont lancés sur la piste de XIII, mystérieux personnage au cœur de certaines des affaires ayant défrayé l’actualité les années précédentes. En parallèle des dossiers compilés, une douzaine allant du clan Sheridan à la personnalité même de XIII, nous suivons la fuite d’un des deux journalistes après l’exécution de son partenaire.

Une forme originale pour reprendre une série qui s’essouffle quelque peu… Qui se répète. Avec chaque dossier, nous avons droit à de vrais morceaux d’histoire des personnages évoqués, des vrais morceaux éclairant un peu plus chacun d’entre eux…

Au travers de ce qui pouvait paraître comme une conclusion, pointe un nouvel élan. L’histoire de XIII va-t-elle rester secrète ou éclore et éclabousser sérieusement quelques pontes ? Un autre personnage, instrument de la relance va également faire le lien avec les épisodes suivants…

En 2000 arrive sur les étales Secret défense. Nous retrouvons en couverture Jessica Martin, celle-là même qui avait conclu l’opus précédent…

XIII est au secret, personnage gênant pour le pouvoir en place comme pour les précédents. Sachant trop de choses. Ses alliés sont contraints à l’exil et ne peuvent lui venir en aide… Ce qui peut encore le sauver, ce sont les rivalités entre services secrets plus ou moins officiels et organisations criminelles et les haines qu’il a pu déclencher chez les uns et lesSecret défense (Dargaud, 2000) autres…

Ce quatorzième épisode des aventures de Jason MacLane est une chasse à l’homme. XIII fuit ceux qui veulent l’exécuter. Il s’agit d’un exercice rythmé, maîtrisé, mais ressemblant avant tout à un exercice de style… Des rebondissements comme on en voit habituellement dans ce type d’aventures. Rien ne manque.

Mais la chasse à l’homme ne se conclut pas à la fin de l’épisode, elle se poursuit de plus belle dans le numéro suivant.

C’est en 2002 que la série se poursuit avec Lâchez les chiens !.

La chasse à l’homme n’est pas finie et Van Hamme et Vance approfondissent le personnage de Jessica Martin. La principale poursuivante de XIII travaillant sur deux tableaux, services secrets et organisation criminelle. Ce personnage Lachez les chiens (Dargaud, 2002)confirme que nous sommes bien toujours dans la même série. Elle apparaîtrait même comme une tentative de rattrapage d’un personnage qui n’a pas eu la place que les auteurs auraient pu lui donner dans l’histoire.

Jessica Martin est, en effet, une femme qui s’est trouvé embringuée dans les services secrets faute de mieux. Devenue la maîtresse de son patron, elle en est également devenu l’un de ses bras armés. Malgré elle. Et elle le dit comme Betty Barnowski l’avait dit avant elle dans SPADS, “tout ce qu’[elle] sait faire, c’est tuer sur commande, de cinquante manières différentes”.

On découvre également qu’elle en sait pas mal sur XIII et sur le pourquoi de son départ pour Cuba et de son entraînement là-bas, l’ayant conduit ensuite à devenir El Cascador.

La série connaît un nouvel élan même si pour la relancer, il aura fallu pas moins de trois volumes…

En 2004, la suite de la série va se pencher sur une des dernières énigmes non résolues jusque là, à savoir celle du trésor caché par les ancêtres de XIII. C’est Opération Montecristo qui ouvre le diptyque

XIII est parvenu à échapper à ceux qui le poursuivaient et à rejoindre ses amis… Ils se trouvent entraînés à sa suite car les frontières n’arrêtent pas forcément certaines polices secrètes. Ils sont tous de retour au Costa Verde. Mais le pays doit se soumettre à une demande des Etats-Unis qui veut récupérer la bande de “traîtres” que forme MacLane et ses Opération Montecristo (Dargaud, 2004)amis. L’occasion se présente de dénicher la dernière montre d’argent (celle des Trois montres d’argent) et d’ainsi, connaître l’emplacement exact du coffre dérobé par les aïeux de MacLane et Mullway.

Parallèlement à cette recherche, on assiste, une fois de plus, à la lutte entre pays riches et pays pauvres, au chantage auquel les premiers peuvent soumettre les deuxièmes. Une fois de plus…

Les ressorts habituels sont utilisés encore et encore…

Avec cet opus et le suivant, j’avoue avoir frôlé la saturation.

Le suivant, L’or de Maximilien paraît en 2005.

On atteint la fin de cette recherche du trésor tandis qu’aux Etats-Unis, les affaires se corsent, la vérité se fait de plus en plus difficile à cacher et les politiques ne savent plus sur quel pied danser. Continuer à cacher les faits ou les exposer L'or de Maximilien (Dargaud, 2005)définitivement au grand jour.

Nous alternons entre l’aventure de XIII, la recherche du trésor, et les interrogations suscitées aux Etats-Unis.

Ce n’est pas l’opus qui m’a le plu convaincu, comme je l’ai déjà dit. Je l’ai lu pourtant. Et j’ai même continué à lire la série.

Arrivé au dix-septième opus de la série, c’est comme si elle était devenue incontournable. L’envie d’en savoir toujours plus dans cet univers que j’avais parcouru de long en large a maintenu mon intérêt. L’envie et certainement une certaine qualité du contenu. Même si certains aspects de cette aventure au long court m’ont moins touché.

Les deux albums suivants, ceux qui concluront la série vue par Van Hamme et Vance avant de passer le relais à d’autres, présentent un réel intérêt. Un intérêt qui ne m’a en rien fait regretter d’avoir suivi l’aventure jusque là, bien au contraire. La série est devenue si riche que la conclusion par ses auteurs pouvait présenter de l’intérêt. L’utilisation de ce qu’ils avaient créé, se citant eux-mêmes, permet d’aborder une forme de fiction qu’ils avaient jusqu’ici effleurée… Mais avant la conclusion, la collaboration exceptionnelle de Jean Giraud allait donner l’un des numéros les plus intéressants de la série…