Keigo Higashino, Sayaka, maison mystérieuse et souvenirs d’enfance

En 1994, paraît au Japon Mukashi bokuga shinda ie de Keigo Higashino. Le romancier a alors déjà publié une vingtaine de romans. C’est le premier d’entre eux, selon la chronologie des parutions d’origine, à être traduit en français. Il l’est en 2010, par Yutaka Makino pour les éditions Actes Sud, sous le titre La Maison où je suis mort autrefois.

Le narrateur, après avoir refusé d’assister à la destruction de sa maison d’enfance, est contacté par celle qui a été durant six ans sa petite amie, au lycée puis durant leurs premières années d’étude. Ils se sont revus à l’occasion d’une réunion d’anciens élèves et il espérait qu’elle lui téléphonerait. Même si elle est désormais mariée et mère d’une petite fille. Elle a besoin qu’il lui rende un service et ils décident de se retrouver pour qu’elle lui explique de quoi il s’agit.
Le père de Sayaka vient de mourir et elle a notamment hérité d’un plan et d’une clé, retrouvés dans ses papiers. Le plan conduit loin de là et elle voudrait que le narrateur l’accompagne. C’est pour elle peut-être l’occasion de renouer avec ses souvenirs d’enfance. Souvenirs qu’elle n’a qu’à partir de l’âge de cinq ans, tout comme les photos dans les albums de famille. Rien avant.
Après s’être organisés, ils partent pour l’endroit indiqué sur le plan. La maison qu’ils finissent par trouver est complètement isolée, à l’abandon. Pour y entrer, ils sont obligés d’en faire le tour et d’emprunter un passage par le sous-sol.
Un sentiment d’étrangeté les assaillent une fois à l’intérieur. Ils en font le tour et découvrent dans une chambre d’enfant un journal intime. C’est celui de Yosuke.

Alors qu’ils ne s’étaient plus vus depuis longtemps les deux protagonistes s’enfoncent dans un voyage déstabilisant, le narrateur s’interrogeant sur ce qu’il sait de celle avec qui il a eu une liaison pendant quelques années. C’est un retour vers un passé qu’ils découvrent à travers la lecture du journal du jeune garçon mais aussi en cherchant ce qu’est exactement cette maison dans laquelle ils sont arrivés.
Elle ressemble à une vraie maison mais, loin de toute autre habitation, elle n’a ni électricité ni eau courante, les horloges y sont toutes arrêtées sur la même heure. Inhabitable tout en contenant tous les signes, tous les éléments, d’une occupation antérieure.

S’enfoncer dans les souvenirs, chercher à en débusquer certains aspects restés cachés jusque là, ne peut être sans conséquence. Ne peut être que risqué.
Keigo Higashino installe une atmosphère singulière, à la frontière du présent et du passé, entre deux mondes et nous entraîne dans une expérience originale. Il le fait en nous introduisant dans cette demeure étrange, loin de tout, et en nous livrant les pensées du narrateur et les questionnements de Sayaka. Leur recherche devient un peu la nôtre. L’énigme nous pousse aussi à nous questionner, à chercher une explication.
Le style est précis et a quelque chose de prenant, d’envoûtant, ajoutant au sentiment d’étrangeté ressenti. Pas de suspens réel concernant les personnages que nous suivons, et pourtant on ne peut lâcher le livre avant sa conclusion tellement la découverte du passé nous accroche, nous tient en haleine. Tout comme ses répercussions dans le présent. Le comportement de Sayaka vis-à-vis de sa fille peut-il trouver ses racines dans l’enfance de celle-ci ? Peut-on retrouver des souvenirs perdus ?
L’intrigue se dévoile petit à petit, les réponses arrivent. Le romancier ne cherchant pas à nous cacher les éléments qui nous permettraient de comprendre…
On prend plaisir à se perdre, à se dire qu’on finira bien par savoir et se laisser happer par une atmosphère singulière, étrange, dérangeante. Le romancier nous rend mal à l’aise sans que cela devienne désagréable, sensation pas si habituelle.

Higashino, reconnu dans son pays, adapté au cinéma et à la télévision, ayant même eu une série à son nom, gagne à être connu chez nous. Il y a encore de quoi faire pour les éditeurs français, ils peuvent piocher dans son œuvre importante.
Pour l’instant, nous pouvons poursuivre notre découverte du romancier en nous penchant sur sa fiction suivante traduite chez nous. Il s’agit de La Prophétie de l’abeille, paru l’année suivante au Japon.

Keigo Higashino, ici et là, sur la Toile et au-delà

Nouveau parcours d’une œuvre sur Mœurs Noires, il s’agit de celle d’un auteur réputé dans son pays, le Japon, traduit dans plusieurs pays et dont quelques romans nous sont parvenus depuis une dizaine d’années.

Keigo Higashino fait également parler de lui sur la Toile, ses romans, mais aussi l’auteur, font l’objet de publications. Celles dans notre langue commencent à se développer, petite sélection de pages pour mieux connaître le romancier. Pour ses romans, j’en parlerai bientôt.
Pour commencer, k-libre nous propose une courte biographie et un lien vers les articles sur ses livres. Pour une biographie plus étoffée, il faut aller voir du côté de Wikipédia.
En 2015, sur le Journal du Japon, Alice Monard lui a consacré un article intéressant.
Les autres articles ou chroniques sur le Web sont plutôt consacrés aux romans qu’à son auteur. Il gagne encore à être connu par chez nous.

Ses bouquins me sont tombés entre les mains à l’occasion d’un article pour L’Indic, le Noir Magazine, lors d’un dossier centré sur l’écologie et le polar. Il s’agissait d’évoquer l’activisme écolo et La Prophétie de l’abeille était en plein dans le thème, l’une des facettes de l’auteur étant d’ancrer ses intrigues dans des sujets de société.
Je vous en reparle très vite.

Misa Yamamura, Chisako et le retour de Natsuhiko des Etats-Unis

En 1976, un an après l’autre roman traduit de Misa Yamamura, Des cercueils trop fleuris, paraît Kuro no kanjosen. Il est traduit 1992 par Jean-Christian Bouvier sous le titre La Ronde noire.

Chisako Tanaka, s’inquiétant de ne plus avoir autant de nouvelles qu’au début de la part de son fiancé, Natsuhiko, parti aux Etats-Unis pour deux ans, décide de s’envoler pour New York. Alors qu’elle sort de l’aéroport pour l’attendre, elle l’aperçoit garant une voiture avec une passagère. Ils discutent quelques instants avant de se séparer. Chisako rejoint Natsuhiko en décidant de ne pas lui dire ce qu’elle a vu. Ils passent une semaine agréable même si elle sent qu’il a changé et, parmi ces changements, elle est très surprise de constater qu’il ne veut plus parler de Harlem et de la condition des noirs aux Etats-Unis, sujet qui le passionnait pourtant auparavant et l’une des raisons pour lesquelles il avait entrepris son voyage d’étude.
A son retour, six mois plus tard, elle l’attend depuis la plateforme de l’aérogare pour le voir descendre de son avion. Et encore une fois, une femme en rouge n’est pas loin de lui, lui donnant une petite tape sur l’épaule quand ils débarquent avant de s’installer à une place éloignée de la sienne. La jalousie de Natsuhiko se réveille. Mais dans les jours qui suivent elle retrouve Natsuhiko et leurs échanges sont de nouveau tendres.
Quelques semaines après le retour de son fiancé, il l’emmène avec lui lors d’un séminaire auquel il s’est inscrit. Alors qu’ils partagent quelques moments agréables loin de leur quotidien, le chef du département de Natsuhiko est retrouvé assassiné dans son appartement. Lors de son enquête, la police en arrive à la conclusion que celui à qui le crime profite le plus est justement Natsuhiko puisqu’il va bénéficier d’une promotion à laquelle il ne pouvait rêver avant une dizaine d’années, du fait des choix de son chef de département. Mais son alibi est inattaquable, il était loin au moment du meurtre et Chisako n’a qu’à peine le temps de se laisser envahir par l’angoisse.
Quelques semaines plus tard, la patronne d’un club de Tokyo est assassinée. Les témoignages concordent et celle que l’on pourrait soupçonner en premier, celle à qui le crime profite le plus, possède un alibi en béton, un séjour aux sports d’hiver. En apercevant sa photo dans un magazine conservé par Natsuhiko, Chisako reconnaît la femme aperçut deux fois avec lui et sa jalousie renaît. Elle décide de se rendre à Tokyo pour comprendre ce qu’il en est exactement. Dans la capitale, elle contacte un journaliste pour en savoir plus sur celle qu’elle soupçonne d’une liaison avec son fiancé et ensemble, ils commencent une enquête.

Sous la plume de Yamamura, Chisako mène l’enquête. Elle n’est pas encore mariée à Natsuhiko et les doutes surviennent. La jalousie, l’incompréhension puis la crainte qu’il ne se soit livré à des actes criminels. Bien que réservée et s’apprêtant à quitter son métier au moment du mariage, comme il se doit, elle prend les choses en main et veut se rassurer, être sûre qu’elle se trompe… Elle embarque même le jeune journaliste dans ses recherches.
Pendant ce temps les différentes enquêtes sont menées par des policiers, dans des commissariats différents.
Misa Yamamura nous propose là un roman policier classique, avec enquête et meurtres. Mais elle nous propose également, comme pour son roman précédent, l’autre traduit dans notre langue, un portrait de certaines mœurs de son époque et de sa société. La romancière nous offre également une vision de Kyoto, sa ville, qui enrichit celle que nous avions déjà depuis Des Cercueils trop fleuris. Et cela au moyen d’une narration qui alterne les points de vue et d’un style précis et maîtrisé, d’après ce que la traduction nous en montre. Tout cela par le biais d’une intrigue particulièrement bien construite.

C’est, de nouveau, un bon moment de lecture que nous offre la romancière aux nombreux romans, dont seulement deux ont été traduits pour nous.
Il nous reste décidément encore pas mal de choses à découvrir du côté du pays du soleil levant.

Misa Yamamura, Ichiro et la fille du vice-président mènent l’enquête en plein ikebana

C’est en 1975 que paraît le premier des romans de Misa Yamamura à être traduit en français par Jean-Christian Bouvier pour les éditions Picquier. Il s’intitule Des cercueils trop fleuris et nous arrive en 1993. Il s’agit de la première apparition de Catherine Turner et d’Ichiro Hamaguchi qui vont ensuite revenir dans trente-huit des ouvrages de la romancière.

Le vice-président des Etats-Unis atterrit à Tokyo pour une visite officielle de quelques jours. Il est accompagné de sa fille unique, Catherine, venue découvrir le Japon et plus particulièrement l’un de ses arts traditionnels, l’ikebana. Pour en savoir un peu plus sur cette façon d’“arranger les fleurs”, elle restera après le départ de son père et doit, dans un premier temps, choisir l’école qui lui apprendra les subtilités de cet art. Pendant tout le temps de sa présence, un jeune homme ayant étudié aux Etats-Unis, Ichiro Hamaguchi, neveu du ministre des affaires étrangères, a été choisi pour l’accompagner.
Trois écoles, Higashiryu, Kyoryu et Shinryu, les plus importantes, sont présentées à Catherine Turner. C’est parmi elles qu’elle devra faire son choix. Mais, après les avoir écoutées et assisté à une démonstration de leur part, elle exprime le désir de rencontrer Maiko Ogawa dont elle a vu l’exposition à New York récemment et qui lui a donné envie d’en savoir plus sur cette tradition ancestrale. Seulement, cette dernière s’avère difficile à trouver. Absente de son appartement depuis quelques jours, elle n’y fait que des passages éclairs. Il faut dire que sa situation n’est pas simple, comme l’apprend Ichiro auprès de Nakazawa, journaliste dont le magazine a récemment publié un article de la jeune femme, très critique envers l’organisation traditionnelle très rigide des écoles d’ikebana, article très mal perçu par celles-ci et notamment celle dont elle dépend, Higashiryu. Ichiro finit par apprendre que Maiko Ogawa et cette dernière auraient passé un accord, une promotion contre l’arrêt des critiques. Malheureusement, il ne pourra en avoir confirmation puisque le corps de l’artiste florale est retrouvé dans l’enceinte d’un temple de Kyoto. Elle a été empoisonnée.
C’est une nouvelle affaire qui tombe sur les bras de la police de la ville, et plus particulièrement du commissaire Kariya, déjà empêtrée dans une autre, celle de pétards ayant explosé non loin du cortège du vice-président lorsque celui-ci visitait la ville.

Yamamura nous décrit le monde impitoyable de l’ikebana. La lutte de pouvoir qui le ronge du fait de son importance financière et politique. Elle le fait de manière très documentée, nous permettant ainsi de connaître un pan de la culture japonaise.
Elle imagine une intrigue et une énigme particulièrement élaborée. L’ikebana ne servant pas seulement de fond à l’histoire mais en imprégnant chaque événement, chaque rebondissement, chaque personnage. En dehors de ceux qui mènent l’enquête et découvrent cet univers.
Les personnages sont brossés rapidement, suffisamment décrits pour que nous les connaissions mais pas trop pour que cela ne nous sorte de l’histoire. Car c’est la résolution de l’énigme qui prime. Les deux personnages principaux gagnant en profondeur au fur et à mesure que leur motivation s’intensifie, que leur complicité s’affirme et leur envie de prendre des risques également. Ils mènent l’enquête selon leur bon vouloir, empêcher la fille du vice-président des Etats-Unis de faire ce qu’elle veut n’étant pas facile pour la police et les autorités nippones, un incident diplomatique étant si vite arrivé.
Même s’il y a meurtre, le ton reste léger pour ce qui concerne Catherine et Ichiro qui ressentent là avant tout un défi intellectuel même si, à partir d’un moment, le danger est prégnant.
Le commissaire Kariya ne voit d’ailleurs pas d’un mauvais œil l’aide extérieur qu’apporte le duo, toute idée étant bonne à prendre pour une police un peu débordée par une mise en scène particulièrement élaborée.

On prend plaisir à lire cette intrigue bien construite et au ton agréable. La prise de recul due à l’implication d’une étrangère permet de mieux comprendre ce qui se passe et de ne pas avoir l’impression d’être seul face à une tradition qui nous échappe.
Le roman suivant de Misa Yamamura est également traduit en français, il s’agit de La Ronde noire à l’intrigue une nouvelle fois très élaborée.

Misa Yamamura de ce côté-ci de la Toile

Misa Yamamura est une romancière reconnue dans son pays. Auteure de plus de 70 romans, elle a sa place dans le paysage du polar nippon.

Cette reconnaissance a pourtant difficilement dépassé les frontières du Japon d’après ce que l’on peut lire à son propos sur la Toile, dans notre langue ou au moins notre alphabet. Difficile de la connaître plus que succinctement.
Polars Pourpres nous en propose une présentation rapide. Un premier aperçu qu’il s’avère assez vite difficile à approfondir. Les articles de Wikipédia sont les plus fournis, en commençant par celui dans notre langue mais pour approfondir, il faut lui préférer la version anglaise. Et c’est quasiment tout… on saura donc qu’elle a commis au moins soixante-dix romans, qu’elle a également écrit des scénarii de manga et de jeux vidéo.
Dernier clin d’œil pour attester de sa notoriété, dans le manga Détective Conan, un hommage au genre policier, l’un des personnages est nommé d’après elle… ça ne nous en dit pas plus sur elle.
Tout cela ne nous apprend pas vraiment plus que le Mesplède. Pas moins non plus.

Seulement deux de ses romans sont traduits dans notre langue. L’un d’eux traînait dans une foire aux livres et s’est retrouvé dans mes achats.
Je vous parle très vite de ma lecture de celui-ci et de l’autre, acquis un peu plus tard.

Haruki Murakami, Tsukuru Tazaki et sa jeunesse

L’année dernière, en 2013, est paru, au Japon, un roman de Murakami. Il nous est parvenu il y a quelques semaines, au milieu de la publication pléthorique des romans de la rentrée. Une nouvelle fois, la dernière histoire du romancier nous parvient précédée d’un succès énorme dans son pays. Les précommandes et les commandes ont de nouveau été exceptionnelles… mais, pourtant, l’auteur semble parcourir son chemin sans s’en préoccuper. Sans être atteint. Comme d’autres, il y voit peut-être l’assurance d’une liberté de création. Il parcourt donc ces chemins qui nous sont familiers… Hélène Morita en est la traductrice et le roman s’intitule L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage.

Ce nouveau livre prend place après la trilogie 1Q84. Une succession pas évidente. Et, comme souvent chez Murakami, à une fiction totale, comme il les appelle lui-même, succède une œuvre plus modeste, ne serait-ce que par le nombre de pages. Une fiction plus modeste, au parfum familier…

Tsukuru Tazaki a connu quelques mois aux portes de la mort. Quelques mois où l’idée de la mort l’a hanté, au point de devenir une hypothèse envisageable, voire attirante. Quelques mois alors qu’il avait vingt ans et qu’il était étudiant. Une période d’errements qui fut déclenchée par un événement particulièrement traumatisant…

Il avait vingt ans, était en deuxième année à l’université technologique de Tokyo et faisait partie d’une bande de cinq, formée par des camarades de lycée. Il était le seul d’entre eux à L'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage (Belfond, 2013)avoir quitté Nagoya pour poursuivre ses études mais ils se retrouvaient dès que possible… Et puis, lors des congés d’été, alors qu’il était de retour, l’un d’entre eux lui a signifié, abruptement, sans explication, qu’ils ne voulaient plus le revoir. Le vide et la mort l’ont alors habité.

Que ç’aurait été bien s’il était mort alors, pensait fréquemment Tsukuru Tazaki. Du coup, ce monde-ci n’existerait pas. C’était pour lui quelque chose de fascinant : que le monde d’ici n’ait plus d’existence, que ce qui était considéré comme la réalité n’en soit finalement plus. Qu’il n’ait plus d’existence dans ce monde, et que, pour la même raison, ce monde n’ait plus d’existence pour lui.

Tsukuru raconte cette histoire vieille de seize ans à Sara, la femme qui depuis peu compte pour lui. Il raconte cette histoire vieille de seize ans pour la première fois. Cette histoire qui l’a profondément marqué, au point de le changer physiquement et mentalement… Cette histoire qui l’a empêché de s’attacher à qui que ce soit à une exception près.

Nous parcourons, dans un premier temps, les souvenirs de Tsukuru, devenu concepteur de gare, son rêve, puis nous le suivons ensuite dans sa recherche. Car Sara veut qu’il comprenne ce qu’il s’est passé, pourquoi il a été éjecté de la petite bande dont il faisait partie. Tsukuru part donc à la rencontre des autres membres du groupe… Il part à la rencontre de ceux qu’il n’a plus vu depuis ses vingt ans, comme pour savoir ce qu’ils sont devenus, ce qu’ils ont fait de cet avenir qu’ils portaient en eux.

Ces rencontres ne sont pas les années de pèlerinage de Tsukuru, celles du titre. Les années de pèlerinage dont il est question ont une toute autre origine. Il s’agit, comme souvent chez Murakami, d’un morceau de musique. Après Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil ou encore La ballade de l’impossible dont le titre original était une chanson des Beatles (Norwegian Wood), c’est cette fois Franz Liszt que Murakami cite. Il s’attarde plus précisément sur un morceau de Ses années de pèlerinage, à savoir Le mal du pays (en français dans le texte) et sur une interprétation du morceau, celle de Lazar Berman. Paradoxalement, alors qu’il citait parfois un grand nombre de morceaux, il ne parle que de la composition de l’autrichien et de l’interprétation du russe… Et se pose la question du talent, de ce qui fait qu’un livre, qu’un homme, qu’une œuvre, qu’une interprétation, marquent plus que d’autres.

Le talent est sans doute quelque chose d’éphémère. Et certainement, peu d’hommes peuvent compter dessus jusqu’au bout. Pourtant, il permet parfois de donner naissance à des choses qui témoignent d’un magnifique bond spirituel. Qui transcendent l’individu, en tant que phénomène indépendant, universel.

Pour en terminer avec le titre et sa signification, l’adjectif qui qualifie le personnage central a, bien sûr, une explication. Une explication qui constitue l’un des objets de la déprime du personnage, de son sentiment de vacuité. Les quatre autres membres de la petite bande de sa jeunesse avaient un prénom comprenant une couleur, ils en avaient hérités un surnom, il y avait Rouge et Bleu, les deux autres garçons, et Blanche et Noire, les filles. Les personnes que croise ensuite Tsukuru semblent toutes obéir à cette logique, une logique qui les colorie, leur donne une teinte, quand lui doit se contenter de son absence de couleur…

Le talent est comme un récipient. Tu auras beau faire tous les efforts du monde, sa taille ne changera jamais. Et tu ne pourras pas y faire entrer plus d’eau que la quantité qu’il peut contenir.

Nous sommes bien chez Murakami, où des détails insignifiant, juste des observations en passant, deviennent des pivots centraux de l’intrigue. Où certaines choses s’expliquent par ces détail.

Pas de doute, nous sommes bien chez Murakami, pas de surprise… et pourtant, même sans être l’un de ses romans les plus marquants, les plus déstabilisants, L’incolore Tskuru Tazaki… nous charme, une nouvelle fois. Avec plus de légèreté. Avec ces petites musiques, ces refrains familiers, cette vision du monde qui nous paraît en être un autre sans que l’auteur, pour cette fois, n’invite le fantastique dans son intrigue…

Un roman plaisant, léger. Une bonne façon de patienter avant la prochaine fiction synthèse, totale, de l’auteur.

Haruki Murakami hors fiction : 1995 et course

Murakami n’a pas sévi que dans le roman. On connait l’auteur de nouvelles, on le sait traducteur en japonais de certains de ses homologues états-uniens, il s’est également consacré au récit à ranger dans la catégorie documentaire. Dans cette catégorie prennent place son enquête sur les différents protagonistes des attentats au gaz sarin dans le métro de Tokyo en 1995 et son essai sur sa passion pour la course à pied, comment elle a nourri son travail. A travers ces deux livres, on approche le romancier, les raisons pour lesquelles il écrit, quelles interrogations nourrissent ses fictions.

En 1995, la secte Aum commet un attentat dans le métro de Tokyo en y répandant du gaz sarin. Murakami est alors en vacances au Japon mais il ne découvre l’événement que plus tard. Un événement qui le poussera à revenir dans son pays après plusieurs années vécue en Europe puis aux Etats-Unis. Un événement qui lui fait quitter la fiction et le pousse à enquêter. Enquêter à la manière d’un écrivain.

Underground paraît en 1997 au Japon et vient d’atteindre notre pays cette année, étrangement traduit de la version anglaise du livre, traduction d’une traduction… Le livre nous décrit les événements et collecte les témoignages des Underground (Belfond, 1997)victimes puis de membres de la secte Aum.

Les premiers témoignages sont ceux des victimes, ces témoignages sont groupés selon la ligne empruntée et précédés de la description de l’attaque sur cette même ligne. Les poches contenant le gaz n’ont pas toutes été percées, elles n’ont pas toutes été percées aussi efficacement d’où un nombre de victimes différent selon les trajets empruntés et visés. Les victimes racontent leurs préoccupations du jour, elles se rendaient toutes au travail et se souciaient surtout d’y être en temps et en heure. Les symptômes qu’elles ont ressentis se sont donc mêlés à leurs pensées. La fatigue d’un lendemain de week-end juste avant un autre jour férié a atténué leurs réactions et leurs témoignages soulignent aussi le peu de réactions autour d’eux, les autres passagers ayant sûrement des préoccupations similaires aux leurs… L’attentat, les symptômes ressentis immédiatement après, n’ont pas tout de suite été perçus comme tels. Il a fallu à certaines des victimes quelques heures de travail pour réaliser qu’elles souffraient de l’attaque dont les télévisions se faisaient le relais. Il est impressionnant de lire ces réactions différées, de se dire que nos préoccupations peuvent faire passer au second plan un événement de cette importance. Douze personnes sont mortes, plusieurs centaines d’autres souffrent encore des séquelles de cette dramatique matinée. Murakami, en recueillant ces témoignages, nous fait percevoir la manière dont les passagers ont subi ce choc.

Il explique ensuite pourquoi il en est arrivé à écrire ce livre. Sa préoccupation d’écrivain, telle qu’il nous la livre, a notamment été de comprendre son pays et ceux qui le peuplaient. Il s’agit d’une préoccupation qu’il a toujours eu à travers ses romans et qui devenait prégnante au moment de l’attentat. Il s’est interrogé sur ce qui avait amené la société, japonaise en l’occurrence, à “produire” un tel événement. La secte Aum ne lui était pas étrangère, son leader avait fait campagne lors d’élections mais, même si ce mouvement l’avait intrigué, inquiété, il n’avait pas poussé plus loin son interrogation. Ce type de réaction avait-il suffi pour permettre un tel drame ?

Dans une seconde partie, le romancier est allé rencontrer des membres de la secte. Des membres qui n’ont pas pris part aux attentats et qui ont, pour la plupart, pris leurs distances avec Aum. Leur parcours nous intrigue, comme il intrigue l’écrivain. Comment ces personnes, a priori semblables aux autres, se sont-elles engagées dans cette secte ? Qu’y recherchaient-elles ? Les déviances de la secte sont décrites, certains excès ont été perçus, mais il aura fallu les attentats et l’arrestation des responsables pour que des doutes émergent, chez la plupart d’entre eux. Pour certains, ils étaient venus avant et avaient valu d’être bannis, pour d’autres la culpabilité des personnes arrêtées puis condamnées est encore sujette à caution…

C’est un livre prenant et fort que nous propose Murakami, un livre dans lequel on perçoit ce travail d’écrivain qui est le sien. Un livre dont l’atmosphère n’est pas sans rappeler celle de sa trilogie récemment parues, 1Q84. Il y a même un ou deux profils parmi ceux des personnes rencontrées qui m’ont fait penser aux principaux protagonistes de cette trilogie. Un adepte de la secte qui n’est pas sans similitudes avec Tengo, une autre pas si loin d’Aomamé… A travers la lecture d’Underground, j’ai mieux compris en quoi la trilogie était largement inspirée des événements de ce lundi matin à Tokyo.

Deux mois avant cet acte criminel, le Japon avait été secoué par un autre événement, le tremblement de terre de Kobé.Après le tremblement de terre (10-18, 2000) Murakami a expliqué son retour dans son pays par la conjugaison de ces deux catastrophes. Il a d’ailleurs écrit un recueil de nouvelles inspirées par le tremblement de terre et qui est paru en 2000 dans son pays. Un recueil de nouvelles qui capte les conséquences d’un tel choc chez différentes personnes… Un recueil de nouvelles à lire, Après le tremblement de terre.

Dix ans après son ouvrage sur l’attentat au gaz sarin, Haruki Murakami publie un essai qui jette un nouvel éclairage sur son travail, Autoportrait de l’auteur en coureur de fond, traduit par Hélène Morita.

Il s’attelle à y raconter son entraînement, sa préparation, en vue du marathon de New York auquel il compte participer. Rien de nouveau pour lui puisqu’il nous apprend que depuis qu’il écrit, il a couru un marathon par an. Il s’est astreint à courir une fois la décision prise de se consacrer à l’écriture, comme un pendant à son activité plus intellectuelle, un Autoportrait de l'auteur en coureur de fond (2007)corps sain pour un esprit sain… Au rythme de ses entraînements, de leur enchaînement, Murakami égraine les souvenirs. Ceux de ses courses, ceux de sa venue à l’écriture. Il raconte le premier marathon qu’il a couru, hors compétition, en Grèce, d’Athènes à Marathon, suivi par un photographe. Il raconte la difficulté rencontrée invariablement au-delà du trente-cinquième kilomètre, il écrit avoir renoncé à améliorer ses performances après ses cinquante ans. Il raconte le premier livre qu’il a écrit, ceux qui ont suivi et son besoin de se mettre à une activité physique… Il confie également les excès qui l’ont poussé à évoluer, un super marathon (100 km) qui l’a incité à passer au triathlon pour ne pas renoncer à la course.

Je disais que Murakami répondait sans doute à la maxime qui veut que pour toute activité de l’esprit, il faut entretenir son corps, mais Murakami va plus loin. Voyant un lien entre les deux.

Pour moi, écrire des romans est fondamentalement un travail physique. L’écriture en soi est peut-être un travail mental. Mais mettre en forme un livre entier, le terminer, ressemble plus au travail manuel, physique. Bien entendu, cela ne veut pas dire qu’il faille pour cela soulever des poids, courir vite ou sauter haut. C’est pourquoi la plupart des gens ne voient que la réalité superficielle du travail d’écriture et s’imaginent que la tâche de l’écrivain nécessite simplement de rester tranquillement dans son bureau et de penser. Si vous avez la force de soulever une tasse de café, pensent-ils, vous pouvez écrire un roman. Mais une fois que vous essayez de vous y atteler, vous comprenez très vite que ce n’est pas une mission aussi paisible qu’il n’y paraît.

Ecrire, comme courir, nécessite un entraînement, une préparation et une volonté. Il s’agit d’aller au-delà de ses limites ou de mieux les percevoir…

C’est un livre qui pourrait paraître étrange mais qui, au final, se révèle captivant à plusieurs niveaux. Celui de la curiosité de lire les confidences d’un écrivain qui se confie peu, d’approcher sa pensée, celle qui nous livre régulièrement de si beaux romans. Il y a aussi l’intérêt que l’on a à savoir s’il sera suffisamment préparé pour parcourir les 42 kilomètres et quelques de New York. Il évoque également Boston, ville où il a vécu et revient vivre un peu, ville d’un marathon particulier pour lui et qui a pris une autre importance à nos yeux depuis cette année et l’attentat qu’il a subi…

Murakami est un écrivain de notre époque, mais en même temps un écrivain intemporel.

Et, comme par un malheureux hasard, son marathon préféré a connu le choc d’un attentat, réunissant bien cyniquement les deux essais que je viens d’évoquer, Murakami a écrit un texte sur l’événement, un témoignage, une réaction, paru dans le New Yorker le 3 mai dernier.

Après ces publications, nous attendons son prochain roman, L’incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pélerinage, déjà paru dans son pays…

Murakami Haruki, final automnal

Le troisième livre de la trilogie de Murakami, 1Q84, se déroule d’octobre à décembre. Après le printemps dans le livre 1, l’été dans le livre 2, Aomamé et Tengo vivent une troisième saison de cette année particulière… Si proche de celle que nous avons connue mais pas tout à fait la même. Un nouveau point de vue rejoint le leur, celui d’Ushikawa, personnage croisé auparavant. L’alternance des chapitres se fait donc entre eux trois.

Après s’être quasiment frôlés, nos deux protagonistes se sont éloignés. Leur désir le plus profond est pourtant de se voir, de se retrouver… Aomamé reste dans l’appartement d’où elle a aperçu Tengo et Tengo va vivre dans la ville où son 1Q84 Livre 3 Octobre- Décembre (2010)père est hospitalisé pour être près de cet endroit où il a revu Aomamé, ou son double.

Le temps est un autre personnage de l’histoire, une donnée importante. On le croise dans les conversations et il ne passe pas de la même manière pour chaque personnage… Nous les suivons en parallèle mais pas toujours au même moment.

“En réalité, le temps n’est pas rectiligne. Il n’a même aucune forme. C’est quelque chose qui, dans tous les sens du terme, ne possède pas de forme. Mais comme nous ne sommes pas capables de concevoir des choses qui n’ont pas de forme, nous le figurons sous l’apparence d’une ligne droite, par commodité. […] Peut-être que le temps ne ressemble pas du tout à une ligne droite. Peut-être qu’il se présente sous la forme d’un donut en escargot.”

Le temps se dilate pour les uns quand il passe si vite pour les autres mais, au final, il concorde pour tous. Ce jeu sur le temps et l’alternance des points de vue nous permet parfois de vivre la même scène sous trois angles différents… à des moments différents du livre.

Ushikawa, lui, se bat contre le temps… Il doit retrouver Aomamé, il doit racheter une faute dont il n’est pas entièrement responsable. Et les Précurseurs sont toujours là malgré la disparition de leur leader. Ils sont là et affectent toujours la vie des protagonistes.

Aomamé et Tengo se cherchent et sont recherchés. Nous sommes maintenant sûrs qu’ils vivent la même histoire, dans le même monde. Nous sommes sûrs de ce lien et d’autres… Certains vont apparaître au long de ce troisième volume.

Et Murakami joue de ces différents ingrédients. Il sonde, observe, chacun. Il fouille, prend son temps. Les pensées de ses personnages nous sont livrées, les rebondissements ne sont pas pléthores mais on ne peut décrocher. Ce n’est pas un de ces romans qui nous obligent à tourner les pages pour savoir ce qu’il se passe ensuite ; c’est un roman qui nous prend, nous rend curieux, nous donne envie d’en savoir toujours plus sur les protagonistes comme pour vérifier que nous les connaissons vraiment… Et nous finissons par les connaître.

C’est un roman exigeant, qui oblige le lecteur à s’enfoncer loin en chacun. A s’enfoncer et à l’accepter. A accepter la dissection des personnages. A s’interroger… Ce n’est qu’à ce prix que nous pouvons percevoir une grande partie de l’histoire.

Et puis, l’intrigue nous rattrape, nous attrape et nous pousse à savoir ce qu’il va enfin arriver et comment cela arrivera… Elle nous pousse à nous demander qu’elle est réellement l’emprise du temps. En quoi le temps nous change et en quoi il nous préserve… Peut-on lui échapper ?

Au bas de la dernière page, la dernière ligne laisse perplexe “fin du livre 3”… Murakami en a-t-il fini avec cette année ?

Murakami Haruki et sa trilogie parallèle

Je ne savais pas comment le dire, mon titre est peut-être un peu grandiloquent, improbable, mais voilà ce dont il s’agit quand on ouvre 1Q84, la dernière œuvre en date de l’écrivain japonais. Dernière œuvre en date au titre imprononçable. A l’intrigue singulière, comme toujours.

1Q84, donc, roman ayant connu un succès énorme à sa sortie au Japon en 2009 et qui nous arrive précédé de ce succès et de bien des commentaires. Pour le replacer dans le travail de l’auteur, il s’agit d’un de ces romans qu’il appelle roman synthèse, comparable à Kafka sur le rivage, Les chroniques de l’oiseau à ressort ou encore, peut-être, La fin des temps. Un roman tellement total qu’il sera publié en trois volumes, trois parties dont deux viennent de paraître de ce côté-ci de la planète.

Le livre 1 se déroule d’avril à juin. Nous suivons alternativement Tengo et Aomamé dans leurs pérégrinations, leurs 1Q84 Livre 1 Avril-Juin (2009)occupations personnelles, professionnelles ou autres. Chacun des deux a un métier et s’est engagé dans une activité en parallèle. Tout commence avec Aomamé bloquée dans un taxi au milieu d’un embouteillage, une musique passe à la radio et le chauffeur lui donne un conseil si elle est pressée. Après quelques hésitations, elle accepte la proposition et emprunte une échelle de sortie destinée aux services d’entretien… Tengo est professeur de mathématiques et écrivain à ses temps perdus, un écrivain n’ayant jamais été publié. Il va également accepter une proposition, celle de son éditeur. Il va accepter de réécrire le roman d’une jeune fille de dix-sept ans.

Sans qu’ils le sachent, leur monde va basculer. Et Murakami nous décrit ce changement qui se niche d’abord dans des petits riens, quelques détails…

Nous sommes, une fois encore avec cet auteur, à la limite. La limite entre le monde tel que nous le connaissons et un monde qui pourrait être. Cette limite, cette frontière, son franchissement, se manifestent dans des petits détails, des observations qui pourraient être insignifiantes mais vont se révéler pleines de sens.

Et Murakami nous entraîne à sa suite et à la suite de ses personnages dans ce monde qui pourrait être le nôtre.

Le livre 2 de 1Q84 se déroule de juillet à septembre. Et la dérive continue. Lente, à peine perceptible, ou inéluctable, accomplie.

Tengo et Aomamé poursuivent leur évolution, approfondissent leur questionnement et continuent à être entraînés dans ce monde dont ils ont à peine conscience. Dont ils doutent. Ils continuent à être entrainés dans cette histoire, 1Q84 Livre 2 Juillet-Septembre (2009)cette intrigue dont ils ne sont que des éléments.

Tengo revient sur son passé, Aomamé ne peut que se repencher dessus tant ce qu’elle vit le ravive. Leurs pensées se rapprochent, ils se souviennent l’un de l’autre de manière de plus en plus prégnante. Je n’en dirai pas plus pour ne pas déflorer l’intrigue à ceux qui n’ont pas ouvert le premier livre.

Murakami, sans en avoir l’air, comme à son habitude, avec un style tout à l’économie, tout en simplicité, nous emporte, nous force à tourner les pages sans que nous soyons dans un livre à suspens. Il y a peut-être, quand même, du thriller chez lui. Ou un certain pouvoir peu ordinaire. Toujours est-il qu’il fascine, qu’il nous fascine et nous fait avancer.

On ressort différent de la lecture d’un de ses livres. Notre vision du monde change grâce à lui. Petit à petit.

Il ne nous reste plus qu’à patienter quelques mois avant la conclusion de cette trilogie… pour nous qui ne lisons pas le japonais.

Murakami Haruki à l’œuvre (4)

Avant d’évoquer les deux premiers tomes de la trilogie en cours de Murakami, je vais m’attarder sur le roman qui l’a précédée et dont je n’ai pas encore parlé.

En 2004 paraît au Japon Le passage de la nuit. Un an après Kafka sur le rivage. Il faudra attendre 2007 pour pouvoir le lire dans la langue de Molière… Les routes menant du pays du soleil levant à l’hexagone sont particulièrement sinueuses.

Le passage de la nuit (2004)A la différence du précédent, et un peu sur le même rythme qu’avant, selon une certaine alternance, c’est un roman court. Un roman court au même titre que Les amants du Spoutnik ou Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil. Là où Kafka… nous emmenait dans la nature, Le passage… reste en ville et nous offre une peinture du passage d’un jour à l’autre dans une mégalopole. Les personnages de ce roman ne sont pas errants mais ils vivent à une heure ou d’autres dorment, ils traversent la nuit différemment de la plupart de leurs congénères.

Comme souvent chez Murakami les chapitres alternent les points de vue, nous passons de celui de Mari à celui de sa sœur, de Takahashi à Koaru. Mari a décidé de passer la nuit éveillée tandis que sa sœur dort, Koaru gère un hôtel actif par nature aux heures de repos des autres et Takahashi répète avec son groupe dans une cave, prenant des pauses régulières.

Tout ce petit monde va se croiser, échanger.

Ce qui peut paraître sommaire, déjà lu, à partir de ces quelques lignes résumant l’intrigue, ne l’est pas, évidemment. Murakami nous entraîne dans une histoire simple mais déstabilisante. S’interroge sur ce que la nuit peut représenter, sur les liens qu’elle pourrait tisser avec un ou des ailleurs. Peut-être nous interroge-t-il aussi. Comment la nuit passe-t-elle ? Qu’y faisons-nous ?

Un roman court mais intrigant.