Murakami Haruki à l’oeuvre (2)

Après deux romans écrits coup sur coup et ayant confirmé une certaine notoriété, Murakami va mettre du temps pour son livre suivant. Il va chercher, comme à son habitude, tâtonner… Et nous offrir finalement, en 1992, Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil, roman au titre de nouveau en référence à une, non, deux chansons.

Avec ce roman, Murakami nous promène dans un Japon actuel, à la suite d’un homme rattrapé par son passé, Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil (1992)incapable de s’en défaire. Sans qu’on sache réellement si tout ce qu’il vit est le fruit de son imagination ou si son passé est venu le hanter… Mais il le hantait déjà auparavant.

C’est de nouveau une histoire à la lisière, qui frôle les limites de notre monde pour se frotter à quelque chose d’autre. Une histoire d’amour pas complètement évidente, une histoire d’amour dont les racines plongent dans l’incertain… Comme souvent pour les histoires d’amour ?

Hajime a vécu une amitié intense dans sa jeunesse, amitié intense avec une fille unique, comme lui. Tellement importante, cette amitié l’a marqué comme un premier amour… Nous naviguons sans cesse dans l’incertitude. La vie de Hajime prend un tour nouveau, bizarre, instable et toute l’histoire va le devenir, bizarre et instable, nous obligeant à accepter cette incertitude…

C’est un roman prenant, dont on veut connaître la suite. Murakami excelle encore dans l’économie au niveau du style, une simplicité qui fait mouche, touche, et retranscrit les sentiments pour nous les faire ressentir à notre tour. Il y a décidément un grand talent chez cet auteur.

Après ce roman court, c’est un roman d’une autre épaisseur que nous propose l’auteur à partir de 1994, Chroniques de l’oiseau à ressort. D’une ampleur impressionnante et qui brasse quantité d’approches autour des pérégrinations d’un personnage central, un personnage miné par les interrogations… Interrogations sur les raisons du départ de sa femme, sur ces femmes qui l’entourent, qui apparaissent comme par enchantement, interrogations sur la bonne manière de rebondir, de trouver Chroniques de l'oiseau à ressort (1994)un endroit pour se concentrer sur ce qui le préoccupe sans subir d’interférences… Sans emploi, il veut comprendre ce qui lui arrive, ce que la perte d’un emploi et de son épouse peuvent signifier ou lui laisser entrevoir de l’avenir. Il va aller loin dans l’introspection, franchir quelques portes. Descendre profondément, dans les tréfonds, entendre parler d’un événement militaire dont il ne savait rien et rentabiliser un don dont il veut connaître l’origine, comprendre la provenance.

C’est un roman total, comme le dit lui-même Murakami. Un roman qui se confronte à une page d’histoire, au surnaturel qui, pour son auteur, n’est autre qu’un monde dont nous avons tous conscience et que nous ne parvenons pas toujours à distinguer du monde réel. Toru Okada entend régulièrement un oiseau à ressort chanter, il n’a pas trouvé de meilleur nom pour cette oiseau inconnu et va finir par être lui-même surnommé ainsi, il devient l’oiseau à ressort dont nous lisons les chroniques… dérangeantes, déstabilisantes…

Des chroniques toutes murakamiennes comme vous l’aurez compris…

Petite anecdote sur ce roman… En ouvrant le recueil de nouvelles L’éléphant s’évapore, j’ai eu la surprise de tomber sur les premières pages des Chroniques de l’oiseau à ressort. Il s’agit de la nouvelle que Murakami a d’abord publiée avant de la développer. En me laissant aller à ma curiosité, en laissant libre court à ce vilain défaut, j’en ai appris d’autres, notamment grâce au mémoire d’Antonin Bechler (accessible en PDF). Ce livre sur l’oiseau à ressort n’a pas été de tout repos pour Murakami. Après l’avoir commencé, il a décidé d’en élaguer une partie, qui est devenue Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil. Il a mis ensuite quelque temps à écrire les chroniques, la nouvelle intitulée en français L’oiseau à ressort et les femmes du mardi étant publiée avant, comme un avant-goût. Un an après, en 1995, Murakami va même ajouter une troisième partie au roman, les Chroniques… auront donc mis du temps à sortir de sa plume. On a là une approche intéressante du processus de création de Murakami et qui, en l’occurrence, nous a offert deux romans, un court et un long, en tentant d’en écrire un. Deux romans qui valent le détour, si différents l’un de l’autre que l’on a du mal à imaginer qu’ils soient issus de la même intrigue originelle…

Un petit livre est paru ensuite, nous permettant de lire une nouvelle de Murakami à l’occasion de son adaptation Tony Takitani (1996)cinématographique. Il s’agit de Tony Takitani. Parue en 1996, cette nouvelle nous raconte l’histoire d’un homme ayant perdu sa femme et ne sachant que faire des vêtements que celle-ci a collectionnés en telle quantité qu’une pièce entière leur est dédiée… Nous avons là une réflexion sur la perte et les traces laissées derrière soi au travers d’une histoire courte. Comme toujours, il n’y a pas de réflexion imposée mais l’intrigue invite à imaginer, réfléchir… Murakami rend intelligent, ou donne cette impression ô combien gratifiante !

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Murakami Haruki à l’oeuvre (1)

Le premier roman traduit de Murakami, dans l’ordre chronologique des parutions au Japon, est le troisième opus d’une trilogie. La trilogie du Rat. Les épisodes précédents sont toujours attendus de ce côté-ci du monde…

La course au mouton sauvage est arrivée chez nous en 1990, huit ans après sa parution originale. Murakami avait déjà La course au mouton sauvage (1982)une certaine notoriété, ayant obtenu le prix Gunzo pour son premier roman, le premier de la trilogie du Rat, dont le titre pourrait être traduit par Ecoute le chant du vent et qui date de 1979. Ce premier opus est publié alors qu’il n’a que vingt-neuf ans et qu’il vient de passer un certain temps à chercher une manière d’exprimer les sentiments dans la langue japonaise, lui qui se sentait plus proche, plus à même de le faire en anglais… D’entrée, Murakami se situe comme un novateur, c’est ainsi qu’il est perçu dans son pays.

Avec La course…, il achève donc sa trilogie, passe à l’écriture à plein temps et nous offre une histoire déjà très proche de l’univers qu’il développera plus tard, très proche de cette narration qu’il va faire évoluer au fur et à mesure des années. Un homme, ayant fondé sa société, se voit contraint de mener une quête pour permettre à son entreprise de ne pas péricliter. La publication d’une revue dont il a la responsabilité est suspendue à cette quête, la recherche d’un mouton rare, très rare, qui apparaît accidentellement sur une des photos que devait utiliser le magazine. Lorsqu’il part à la recherche du fameux mouton, sa vie est au bord de basculer, en équilibre instable, sa quête va l’amener dans un univers qu’il ne soupçonnait pas, le rapprochant d’un ami qu’il a côtoyé auparavant, le Rat.

La frontière entre le rêve et la réalité est particulièrement fine dans les romans de Murakami, dans celui-ci notamment. Avec un style d’une grande simplicité, il parvient à nous captiver, à nous donner envie de tourner les pages dans une intrigue qui ne multiplie pourtant pas les rebondissements. Des histoires se succèdent à mesure que l’homme avance, des histoires qui font avancer l’histoire, des intrigues imbriquées les unes dans les autres. Comme je l’ai déjà dit ici, Murakami nous offre dès le début (le début de son histoire chez nous en tout cas) un roman inclassable… et il ne s’arrêtera pas en si bon chemin.

Après cette première entrée en matière et une pause consacrée à l’écriture de nouvelles, Murakami va écrire et publier deux de ses romans les plus importants de mon point de vue. A commencer par La fin des temps. Paru en 1985, ce livre est un livre marquant… qui m’a marqué en tout cas.

Deux histoires se font échos, s’entrecroisent sans que l’on soit bien sûr qu’elles aient un rapport entre elles. Une histoire qui s’appelle le pays des merveilles sans merci et une autre la fin du monde (cette partie étant le développement La fin des temps (1985)d’une nouvelle, comme souvent chez Murakami). Dans ces deux histoires, le personnage principal nous parle à la première personne. Dans les deux histoires, il découvre un monde qui ne semble finalement pas si nouveau que cela.

Nous pénétrons, avec ce roman, un peu plus dans l’univers de Murakami. Un univers où les pensées, l’imagination, ont autant d’importance que la réalité. Un univers où les pensées et la réalité s’imbriquent tellement qu’elles s’influencent l’une l’autre.

Le monde imaginaire que nous offre Murakami ne semble jamais bien loin de celui dans lequel nous vivons, le monde réel qu’il décrit peut parfois paraître déjà hors du temps, difficile à appréhender… si proche des difficultés que nous avons parfois à le comprendre.

La fin des temps est un superbe roman mêlant deux univers parallèles, deux univers pas si parallèles au final puisqu’ils se croisent, sans que l’on n’en soit jamais vraiment sûr. Murakami nous entraîne dans ses intrigues en nous prenant par la main et en nous montrant que le rêve peut parfois être effrayant et la réalité rassurante.

Le roman suivant, paru en 1987, s’intitule La ballade de l’impossible. C’est une nouvelle fois le développement d’une nouvelle… nouvelles qui lui servent de champ d’exploration littéraire et de défrichement de ce que la littérature offre comme possibilités, lui offre comme possibilités. Ce roman s’inscrit de manière clair dans la réalité, l’imagination restera dans la tête des personnages, influençant leurs actions mais ne venant jamais polluer, changer, ébranler le monde réel. Même si ce monde réel peut parfois paraître étrange. C’est un retour à ce qui avait fondé ses deux La ballade de l'impossible (1987)premières œuvres, non traduites à ce jour (ai-je l’air de le regretter ?).

C’est un roman d’apprentissage, un roman du passage à l’âge adulte et l’un de ses plus gros succès au pays du soleil levant. Le titre original fait référence à une chanson des Beatles, qu’il reprend d’ailleurs, Norwegian Wood. Il s’agit là de l’une des facettes de la narration chez Murakami qui n’hésite pas à évoquer, à convoquer son univers personnel fait notamment de chansons des années 50 à 70… Dans ce roman en particulier, la musique revêt une grande importance. Pour son pouvoir d’évocation à n’en pas douter. Et pour ce que cela peut nous rappeler de l’adolescence, où elle définit tellement les personnes ou à travers laquelle les adolescents se définissent tellement. Sans le dire, sans lourdeur, Murakami nous raconte la fragilité de ce moment de la vie. En nous captivant une fois de plus.

Il écrit quasiment instantanément, et presque en réaction au précédent un roman qui renoue avec la trilogie du Rat. Comme un besoin de revenir à ce qui avait fondé son travail, à ce qui avait été son évolution avant La ballade de l’impossible. Danse, danse, danse paraît en 1988. Et connaît également le succès, comme une conséquence de l’énorme vague soulevée par La ballade

Dans ce roman, écho à sa première trilogie puisqu’on y retrouve le même narrateur mais que le Rat n’est plus évoqué, le personnage principal retourne sur ses pas, retourne sur le chemin qu’il avait emprunté lors de sa quête du mouton siDanse, danse, danse (1988) particulier. Le personnage revient sur ses pas et surtout à l’hôtel par lequel il était passé la première fois. Mais cet hôtel a changé, gardant le même nom mais entièrement reconstruit. Un hôtel moderne qui cache pas mal de secrets. Dans lesquels le narrateur pourrait bien se perdre.

Vous l’aurez compris, d’un roman à l’autre, l’œuvre de Murakami change, évolue, prenant toujours une nouvelle forme jamais totalement étrangère aux précédentes.

Murakami recherche un style simple, un style suffisamment évocateur n’étouffant toutefois pas l’intrigue, n’étouffant pas l’univers qu’il développe sous nos yeux, au fil des pages.

Une fois de plus, nous sommes emporté dans un espace à part, un espace où le réel et le fantastique se mêlent, s’entrecroisent…

Après le succès important des deux romans écrits coup sur coup, Murakami va mettre du temps à retrouver le chemin de la fiction, du romanesque… Il va mettre du temps pour aboutir à un des romans importants jalonnant son œuvre plutôt prolifique dont il faudrait également évoquer les nouvelles, nombreuses.

Haruki Murakami sur mes étagères

C’est là que je l’ai trouvé. Sur mes étagères.

Il y était déjà quand je me suis penché sur le bonhomme. Pratique, non ? Je n’ai pas eu à me pencher trop bas, à inspecter les avis en ligne. Il était là, pas comme une évidence, pas tout à fait, mais presque.

La couverture d’un de ses romans (à vous de deviner lequel !) m’a fait de l’œil pendant quelques temps, la tête blanche d’un chat en porcelaine derrière des poissons rouges ou jaunes qui nagent… Il m’a fallu un moment pour y arriver. Le titre du livre (non, je ne le vous dirai pas) ne m’attirait pas particulièrement, trop excentrique, trop poétique, ou voulant se donner trop des airs de je ne sais quoi.

Ce roman n’est pas resté seul bien longtemps, un signe. D’autres du même l’ont rejoint, avec des titres toujours aussi particuliers, excentriques, mais qui devenaient moins bizarres. On s’habitue, on se laisse adopter, séduire.

Je parcourais les quatrièmes de couverture en me disant que, finalement, je les lirai bien ces bouquins.

J’ai succombé assez vite, en fait. J’en ai lu un puis deux et j’ai décidé de me mettre à ma vieille marotte, les lire dans l’ordre chronologique de leur parution originale (dans la langue de Mishima, je veux dire). Et j’en suis arrivé maintenant à celui dont la couverture m’avait fait de l’œil au tout début et qui s’avéra être l’un des derniers en date.

Au fur et à mesure de l’exploration de l’œuvre de Murakami, j’ai également eu envie d’explorer d’autres romanciers de son pays, des romanciers qui pourraient lui être proches. J’ai feuilleté Yoko Ogawa, excellente novelliste, Junichiro Tanizaki, un grand ancien, et bien d’autres…

J’avais déjà lu Mishima mais la porte d’entrée vers la littérature du soleil levant aura été Murakami, après, ou en même temps que quelques approches par des romanciers européens, anglais, de ce pays lointain, je pense à David Peace ou Mo Hayder…

L’œuvre de Murakami me touche vraiment, allez savoir pourquoi, un auteur qui se permet beaucoup sans que ça ne soit jamais artificiel, au contraire, tout lui semble si familier, tout semble si évident. Une œuvre d’une grande originalité et si proche de chacun.

Murakami continue à écrire, sa dernière œuvre est en cours de traduction. Parue au Japon l’année dernière, ce roman, en trois tomes, a battu des records de vente, atteignant un tirage assez impressionnant… Et sa carrière n’est pas finie, il est également en cours de traduction en anglais… Et Murakami a quelques accointances avec les pays baragouinant cette langue.

Un grand, je vous dis !

Murakami Haruki en ligne

Murakami est un nom qui se porte beaucoup au niveau artistique. On a entendu parler de Takashi et de son exposition à Versailles. En littérature, Ryu cohabite avec celui que je vais maintenant évoquer, Haruki. Ces différents Murakami n’ont a priori aucun lien familial et Haruki est assez visible sur la toile, plus que les autres en ce qui concerne sa partie francophone… Pas de parasitage donc.

Murakami Haruki est un auteur dont la notoriété est importante, il est régulièrement pressenti pour le Nobel, pour succéder à Oe Kenzaburo en ce qui concerne le Japon… Mais Murakami n’est pas seulement un auteur nobélisable, c’est un auteur d’une grande inventivité, qui sait créer un univers à chaque ouvrage, qui sait nous emporter à la limite du rêve et de la réalité… Nous ne sommes pas dans le roman noir comme les auteurs précédemment évoqués ici, mais nous sommes à coup sûr du côté des grands auteurs. De ceux, qu’à mon avis, il faut avoir lus, ou en tout cas qui méritent de l’être. Je ne suis pas le seul à le penser puisque Murakami est également un auteur qui a ses lecteurs, nombreux, un peu partout dans le monde.

Sur la Toile, donc, il est présent, un peu partout. Il fait l’objet de nombreuses présentations plus ou moins intéressantes ou fouillées. Il a été l’auteur du mois en octobre 2005 sur le site Lecture & Ecriture. L’occasion d’un échange entre lecteurs sur quelques uns de ses romans après une présentation rapide de l’auteur, l’occasion de parcourir son œuvre. Une présentation rapide avec bibliographie nous est également proposée par Wikipédia, sans s’attarder longuement sur l’œuvre et le style du romancier elle nous propose un rapide survol de ce que l’on peu dire sur lui. Sur Un monde à lire, la biographie de Murakami est agrémentée de l’extrait d’une interview parue dans l’Express, malheureusement ni cette interview ni le texte de présentation de l’auteur ne sont datés mais cela paraît récent puisqu’est évoqué le roman Kafka sur le rivage paru en France en 2006…

Deux sites incontournables nous parlent également de Murakami. Shunkin.net, site consacré à la littérature japonaise nous offre, outre une rapide biographie, une bibliographie complète des œuvres traduites en français et une série de sites évoquant l’auteur… Sur Le cafard cosmique, dont j’ai déjà parlé, une présentation par Mr C. toujours aussi intéressante est mise en ligne. Je termine mon tour d’horizon de la toile avec une analyse fouillée de Alain François sur le site Le portillon, à lire.

Pour en finir avec la présence de Murakami Haruki en ligne, je vous citerai un site qui lui est entièrement consacré, en anglais, une interview datant de 1997, accordée à Laura Miller, en anglais, de nouveau, assez longue et intéressante sur le site Salon, et son site officiel, toujours en anglais… eh oui… Murakami a des liens très forts avec cette langue et la culture d’outre-Atlantique.

Très présent, très prisé, reconnu, au point d’avoir un article à son sujet, signé Anne Bayard-Sakai, dans l’Encyclopaedia Universalis, Murakami est avant tout un auteur d’une grande richesse et d’une grande profondeur, à l’univers si particulier…

Après une brève évocation de ma rencontre avec son œuvre, je vous parlerai de celle-ci.

Satoshi Kon à l’œuvre

Satoshi Kon a réalisé son premier long métrage après avoir fait ses armes auprès de mentors qui sont des références dans le monde du manga animé, Katsuhiro Otomo et Mamoru Oshii…

Et, comme je l’ai dit précédemment, c’est une réussite. Adapté d’un roman de Yoshikazu Takeuchi, Perfect Blue (1997) Perfect Blueest un thriller malade, hallucinatoire, qui joue sur la perception, notre perception et celle des personnages. Une jeune vedette de la pop nippone décide de passer à autre chose, de devenir actrice… mais la voilà aux prises avec ses fans, qui ne veulent pas la voir arrêter, et un serial killer. Nous sommes dans des perceptions, Kon joue avec les images au point de nous faire perdre nos repères comme ses personnages les perdent. La folie guette la jeune femme et nous sommes en plein dedans. Ce jeu sur les images, sur nos sens n’est, à mon avis, possible qu’avec les images animées, je ne sais pas comment cela aurait été possible avec des acteurs en chair et en os. Kon exploite les possibilités du dessin au point de nous donner une œuvre si proche, pour moi, d’un roman où notre imaginaire est plus libre mais peut-être plus malléable.

C’est une œuvre prenante, éprouvante, mais un film à ne pas manquer… On pense parfois à David Lynch. Et les dessins de Kon sont au diapason, pas de point faible. Un film à voir et à revoir tant qu’on peut.

En 2001 arrive sur les écrans sa deuxième œuvre, il s’agit de Millenium Actress. Il s’agit de nouveau d’une œuvre hors norme, ambitieuse et particulièrement réussie. Kon exploite à nouveau les possibilités de l’image et semble pouvoir Millenium actressrendre ses possibilités infinies… C’est une histoire à priori simple mais dont le traitement est tellement en adéquation avec son sujet que c’est de nouveau une œuvre incontournable, marquante que nous offre le réalisateur japonais.

Après avoir traité de la porosité entre la réalité et l’imagination, la réalité et sa perception, Kon traite ici de la porosité entre la réalité et sa représentation.

L’histoire d’une actrice, son histoire à travers l’histoire japonaise, est racontée en nous faisant parcourir en même temps l’histoire du cinéma japonais. Chaque étape, chaque pan de la vie de l’actrice, nous est montré sous la forme d’un style phare du cinéma japonais. Et nous parcourons l’histoire d’un pays visuellement par l’histoire de son cinéma… C’est enivrant, bluffant… Magistral (on peut le dire), captivant époustouflant.

A voir, à voir, à voir.

Le film suivant ne se fait pas attendre et atteint les toiles du grand écran deux ans plus tard.

Tokyo Godfathers est un film à l’intrigue plus classique. Cette intrigue peut d’ailleurs rappeler celle d’un western de John Tokyo godfathersFord avec John Wayne. Un trio trouve un bébé et n’aura de cesse de l’aider… Le trio que nous propose Kon n’est pas le même que dans le film de Ford, il s’agit d’un trio de marginaux et le traitement change également, se rapprochant du burlesque tout en évoquant un autre sujet sérieux, celui de la misère et de l’exclusion. Et ces mondes qui s’entrecroisent, qui vivent habituellement à côté les uns des autres et qui, là, vont se percuter.

Kon nous offre un petit conte de Noël distrayant, en décalage avec ses œuvres précédentes. Mais, j’insiste, c’est une distraction de qualité, jouant avec l’émotion sans jamais tomber dans le larmoyant. Loin de bien des productions états-uniennes du même acabit.

Kon réalise ensuite une série pour la télévision, Paranoïa Agent (2004) où le réel est parasité par le surnaturel, et il Paprikarevient au cinéma en 2006, avec ce qui sera son dernier film, Paprika, adapté d’un roman de Yasutaka Tsutsui. Je ne l’ai pas encore vu mais il semble dans la lignée de ses œuvres précédentes, cette fois, c’est le réel qui pénètre les rêves…

Une dernière fois (avant peut-être de revenir sur ses deux dernières œuvres quand je les aurai vues), Satoshi Kon est à mon avis un auteur rare, avec un univers bien à lui, un univers dans lequel il ne faut pas hésiter à pénétrer.

Satoshi Kon dans ma toile

Ma rencontre avec l’œuvre de Kon s’est faite de manière assez classique, finalement, comme c’est peut-être souvent le cas pour les réalisateurs. Chez moi, du moins.

J’ai tendance à aimer satisfaire ma curiosité, ce fut le cas, une fois de plus, ce soir-là. Consultation du magazine télé, choix d’un programme, ce jour-là, c’était possible. Il y avait une soirée spécial manga (j’en suis sûr et je peux le prouver, j’en ai un enregistrement sur cassette vidéo, un antique moyen de conserver les images qui bougent) et on nous proposait, sur une chaîne française payante et cryptée, de passer en revue la production récente de ce genre, venu du soleil levant, au travers de trois fictions. C’était il y a quelques années… Et dans la production récente se trouvait le premier long métrage de Satoshi Kon, Perfect Blue. Je suis resté ébahi pendant la petite heure et demie qu’il dure…

Les dessins m’ont emmené dans un univers particulièrement angoissant, un univers hanté par l’esprit, les pensées d’une jeune héroïne, chanteuse à succès ayant décidé de devenir actrice. Nous pénétrons son cerveau malade et sommes devant des images qui nous racontent comment elle sombre petit à petit dans la folie sans que toutefois nous comprenions ce qui se passe exactement. Le jeu sur les apparences, sur la frontière entre réalité et imagination est vraiment réussi… et stressant, affolant. Un polar matiné de thriller, le genre de film qui a parfaitement sa place dans la série que j’évoque sur ce blog. Un polar matiné de thriller d’un niveau assez rarement croisé.

Après cette première très réussie, je n’ai plus voulu rater un film de cet auteur japonais si spécial. J’ai donc vu avec grand plaisir Millenium Actress, Tokyo Godfathers et la prochaine étape sera Paprika. Il me faudrait également voir sa série Paranoïa AgentIl n’a pas réalisé beaucoup de films mais chacun d’entre eux est une perle.

Je reviendrai très prochainement sur chacune des étapes de son œuvre.

Satoshi Kon rattrapé par la Toile

Si je parle aujourd’hui de Satoshi Kon, c’est un peu parce qu’il vient de disparaître et que je pense qu’il mérite qu’on s’y arrête. Je l’aurai évoqué un jour ou l’autre. Ce sera maintenant.

Sur la toile, ce mangaka, devenu réalisateur de films d’animation, est bien sûr présent du fait de son décès récent à 46 ans, mais il ne l’est pas tant que ça en français. Moins populaire dans notre pays qu’un Miyazaki par exemple. Les quelques sites sur lesquels je me suis arrêté proposent une présentation intéressante de cet auteur. Des sites qui présentent à leur tour des liens, notamment vers des images animées, des extraits ou des bandes-annonces de ses longs métrages visibles sur Dailymotion notamment.

Télérama retrace son œuvre en oubliant l’une d’entre elles, Millenium Actress, preuve, une fois encore, du peu de notoriété de ce grand auteur de ce côté-ci de la Terre…

Heureusement, d’autres sites de périodiques parlent de manière plus complète de ses films, en l’occurrence, le quotidien 20 minutes qui nous offre un parcours rapide de l’ensemble de ses œuvres réalisées pour le cinéma.

Je leur préférerai quelques autres pages écrites par des connaisseurs, semble-t-il plus pointus, de l’auteur et de son œuvre. En commençant, eh oui, par Wikipédia, dont l’article est assez intéressant parcourant sa vie artistique et décryptant son style, ou, en tout cas, tentant de le faire…

Les deux articles les plus intéressants sur l’œuvre de cet auteur oublié par l’Encyclopediae Universalis sont, à mon avis, celui du Dino bleu, un blog à parcourir, et celui du site Manga-News vraiment très complet.

La disparition de Satoshi Kon était tellement passée inaperçue de ce côté-ci de la planète (de ce côté-ci de mes pérégrinations en ligne) qu’il a fallu un article suggéré en lien sur la référence du cinéma mondial, IMDB, pour que j’apprenne la nouvelle. Il s’agissait d’un blog proposant la traduction (en anglais) du dernier message rédigé par Satoshi Kon quelques jours avant sa mort. Ce blog propose également l’un des derniers messages de Kon évoquant les 100 films choisis par lui et l’équipe de son dernier film, celui sur lequel il travaillait avant de disparaître. Son dernier message a, depuis, été traduit dans la langue de Molière, c’est ici. J’avais vraiment trouvé ce message touchant, émouvant…

Je reviendrai sur ma rencontre avec son œuvre prochainement.