John Le Carré sous mes yeux

Plus vraiment sûr de la manière dont les romans de John Le Carré sont arrivés jusqu’à moi… Attendez…

Je rentrais chez moi. Et, comme plusieurs fois depuis quelques jours, une sensation de malaise s’empara de moi. Les quelques indices que j’avais remarqués à deux ou trois reprises, les quelques marques que je laissais habituellement avant de partir et qui n’étaient plus là, ne pouvaient mentir. Quelqu’un s’était introduit dans ma maison en mon absence. J’ai toujours eu la même réaction dans cette situation et c’est celle que l’on nous avait appris à avoir, je mobilisai toute la concentration dont je pouvais faire preuve, tentai de pousser ma perception à son maximum. A l’affût du moindre bruit, j’avançai. Saisissant au passage une canne, simple élément du décor pouvant être converti en arme de défense, je tentai d’éviter les lames de parquet dont je savais qu’elles trahiraient ma progression. Ma présence quant à elle ne pouvait faire aucun doute, je n’avais pas pris de précaution en me garant et en courant pour atteindre le porche.

La porte de la bibliothèque, la pièce que je prisais le plus, était entrebâillée. Impossible de douter davantage. Je la poussais un peu plus et aperçu la fumée d’une cigarette montant depuis le fauteuil qui me tournait le dos, faisant face à l’âtre. Sur l’accoudoir reposait un livre dont la couverture m’était inconnu… telle fut ma première rencontre avec l’œuvre de Le Carré…

Ou peut-être cela s’est-il passé différemment.

John Le Carré était un nom qui m’était connu. L’enchaînement de deux petits événements le fit arriver sur mes étagères. La télévision venait de rediffuser l’adaptation de L’espion qui venait du froid et je me promenai dans les allées d’une foire aux livres. Les romans d’occasion se pressaient les uns contre les autres et je m’arrêtai devant certains d’entre eux, incontournables dans ce genre d’endroit, ceux du maître de l’espionnage. J’ai depuis complété ma collection dans bien d’autres foires aux livres… ainsi en va-t-il souvent de ces “best-sellers”, comme on dit. Quand ils sont de qualité, ça devient une aubaine pour les amateurs de lectures de seconde main…

Comment j’ai rencontré l’œuvre de Tim Dorsey

Je ne suis plus bien sûr… il pourrait y avoir plusieurs versions, pas sûr de la bonne…

Je prenais des photos sur les bords d’une route de Belgique, celle de bottines déchirées. Il m’en avait fallu du temps pour les retrouver. J’avais arpenté les chemins au-delà de Charleroi après avoir pris un verre au Cabaret Vert… Je savais qu’elles étaient là, pas loin, et pendant qu’Alfred fumait son narguilé, j’avais déniché l’endroit. Il était passé par là, le poète. Il avait fini par renoncer à ces souliers usés, abîmés, par ses errances. Il y avait renoncé et ils étaient là, sous mes yeux… juste à côté d’une culotte avec un large trou… ou était-ce ailleurs ? Cette culotte, dont j’ai encore le cliché sous les yeux, enregistré dans mes dossiers, dans un nuage. Peut-être était-ce une route des Ardennes ? Alfred tirait sur un cône à la taille imposante, tentant d’établir un record. Nous n’étions plus loin du musée qui porte le nom du poète, dans une contrée où peu de gens s’aventurent désormais et nous avions éclusé quelques absinthes, dans les derniers endroits où l’on en sert encore… Au loin, les usines désaffectées, les fonderies sans plus rien à fondre, les statues de Guilledou… Ou était-ce plus loin encore ? Aux abords de Colombey ou dans la cour même de la Boisserie, sur ces cailloux qui avaient accueillis les derniers pas du Général, je le savais, c’est là qu’il avait eu cette hésitation, ce léger tassement, annonciateur de ce qui le terrasserait quelques heures plus tard, à son bureau, les images que j’en avais tiré valait leur pesant d’arachide. Alfred tirait sur sa pipe d’opium… Les photos s’accumulaient… Le lit où Jeanne avait dormi en escortant son souverain vers son couronnement, la rue dans laquelle l’un des inventeurs de la conserve avait la première idée de son invention, le lycée où le Grand Duduche était né, la maison où avait séjourné la baronne Dudevant ou les forêts arpentées par les pas d’un écrivain contemporain… J’avais toutes les photos, pour les prendre, il m’avait fallu renoncer à mon traitement, mes médicaments, mais ça valait la peine. Nous avions dû semer cette bande de décervelés qui pensait mettre la main sur notre sacoche, mais nous l’avions vu les premiers !… Alfred, pendant tout ce temps, avait mis au point une nouvelle façon de se shooter qu’il espérait faire breveter…

Un homme nous était passé devant, absorbé par son bouquin, un truc à la couverture colorée qui le faisait sourire et m’avait fait rater ma prise de vue… Il avait fini dans une des écluses de la Meuse et le bouquin dans ma valise… Je l’ai ouvert des mois plus tard…

Ou alors, était-ce tout autre chose ? Un tout autre endroit ? De toutes autres circonstances ?

Une navigation sur la toile, un site qui proposait encore et toujours du noir et qui semblait tenir particulièrement à un auteur… Le blogueur, tenancier du lieu, qui incitait tant et plus à le lire, ce fameux floridien, à la limite du harcèlement…

Encore du noir, ça fait toujours du bien, quand c’est du bon… et Tim Dorsey, c’est du bon, merci encore à Yan de le mettre si bien en avant !

Ça doit être comme ça que j’en suis arrivé à le lire, finalement… Je vous en parle, de ces lectures, très prochainement.

John King dans mes mains

L’été est parfois l’occasion de faire des découvertes, de s’aventurer sur des terres que l’on n’a pas encore foulées… de lire des écrivains dont on se disait que ça ne serait peut-être pas mal d’y jeter un œil. Des auteurs dont on a entendu parler ici ou là, dont un ouvrage est plus particulièrement cité, comme une référence…

Ce fut le cas pour moi avec Football Factory, je me disais qu’il fallait que je le lise, sans être persuadé que j’irai plus loin dans l’œuvre de son auteur…

Lors de mes dernières vacances estivales, j’ai donc pris ce livre de poche parmi d’autres dans ma valise. L’occasion des découvertes était là, dans un endroit calme, isolé, comme je les aime en été… Loin du bruit et de la foule…

J’ai ouvert le livre et, au bout de quelques pages, je me suis dit que je ne découvrais pas seulement un roman mais également un romancier. Et j’ai eu ensuite un peu de mal à poursuivre mon parcours de l’œuvre de celui-ci, ses autres romans n’étant pas mis en avant et rarement présents dans les librairies.

Il m’aura fallu plusieurs mois pour les réunir et pouvoir les lire comme je l’aime, dans l’ordre chronologique de leur parution originale.

En commençant par la trilogie sur les supporters de Chelsea et son premier opus, donc, Football Factory.

James Salter sous mes yeux

James Salter… Voilà un nom qui semble ne plus m’être inconnu depuis longtemps. Mais depuis quand ? Je ne sais pas trop.

La seule chose que je sache est qu’il y a plusieurs années que je me disais qu’il fallait lire ce romancier. Comme une évidence. Je savais que je le lirai un jour, je regardais de temps en temps ses livres dans les librairies ou sur les sites de vente en ligne. Une critique dans un hebdomadaire, une chronique sur un blog, m’en avaient sans aucun doute convaincu. Et pour que j’en sois aussi convaincu, il fallait d’ailleurs que ce soit plusieurs textes.

Ce n’est pas le premier romancier dont je sais que je le lirai un jour, qu’il me plaira… même si parfois, ce genre de certitude a pu se transformer en déception, pour nombre d’entre eux, ce ne fut pas le cas. Il y a eu Nabokov, Modiano, Jonathan Coe ou encore Murakami… Il y aura peut-être prochainement Joyce Carol Oates, Richard Price, Colum McCann ou Irvine Welsh… Il faudra que je retourne à Ron Rash ou Jim Thompson.

Mais pour le moment, revenons à James Salter dont il aura fallu la disparition pour que je me penche enfin sur ses romans. Sa disparition et la parution, juste avant, de la traduction de son tout premier roman, Pour la gloire. Le premier que j’ai lu est le premier qui a été traduit dans notre langue, L’homme des hautes solitudes. Et la certitude s’est confirmée, j’ai su que j’aimerai ce romancier et son œuvre.

A votre tour de la découvrir… en lisant mes chroniques de lecture ?

Harry Crews sur mes étagères

Quelques fois, on cherche à découvrir des auteurs que l’ont n’a pas encore lu. Sans savoir lesquels. On cherche la nouveauté, le changement. Il y en a tant dont on a entendu parler, tant sur lesquels on hésite à jeter son dévolu, qu’il faut effectuer quelques tâtonnements, qu’il faut revenir sur ces chroniques que l’on a lues et retrouver ceux qui nous avaient vraiment tentés. Ou ceux qui pourraient nous plaire, qui pourraient nous apporter quelque chose de nouveau, d’original, de jamais croisé auparavant. Pas toujours simple.

Il y a quelques temps, je me trouvais dans cette situation. Des bouquins bien empilés là où je les entasse en attendant de les lire, des bouquins qui n’attendaient qu’à être ouverts, lus et, pourquoi pas, chroniqués. Mais j’avais envie aussi de lire quelque chose de différent, quelque chose de qualité, quelque chose pouvant me surprendre… Je l’ai dit, pas simple.

J’ai donc décidé de faire le tour de ces blogs que je consulte régulièrement, que je lis avec plaisir. Je suis revenu, en l’occurrence sur un site qui m’avait déjà décidé à lire James Sallis, il s’agit du Vent Sombre. Harry Crews est un des auteurs que Philippe Cottet apprécie, un des auteurs dont il explique l’originalité de manière particulièrement intéressante et attrayante.

J’ai donc sauté le pas et commencé à lire les romans de cet auteurun auteur qui, au fil des pages, s’est révélé comme particulièrement talentueux et rare. A mon tour de vous en parler. En commençant par son premier, Le chanteur de Gospel.

Stuart Neville sous mes yeux

Stuart Neville a beaucoup été évoqué sur la toile, comme on l’a vu. C’est de cette manière qu’il est devenu une envie de lecture. Les blogs et les chroniques ont ce pouvoir.

Il est venu sous mes yeux, entre mes mains, pour une autre raison aussi… L’Irlande revient régulièrement occuper mes souvenirs, tout ça pour un séjour effectué un été il y a quelques temps de cela. Un séjour dans le sud, dans la république d’Irlande, à une période où les “troubles” existaient encore dans le quotidien de ceux du nord principalement, ceux de l’Ulster. Bobby Sands était encore dans les mémoires, lorsqu’on approchait de la frontière entre la république et la province rattachée au Royaume-Uni, il y avait immanquablement un moment de la soirée dans les pubs où tous se levaient pour entonner l’hymne national tournés vers ceux qui étaient des sujets de sa majesté… Bref, l’Irlande et mon été passé à l’arpenter en auto-stop m’ont marqué.

Il y a quelques temps, je me suis donc penché sur certaines lectures… J’en avais déjà eu, des lectures irlandaises, d’Oscar Wilde à James Joyce, en passant par Robert McLiam Wilson et Ken Bruen, bien sûr (pourquoi bien sûr ?). Les lectures sur lesquelles je me suis penché il y a quelques temps étaient plutôt nord-irlandaises et avaient plutôt à voir avec le polar ou le roman noir, Adrian McKinty, Sam Millar et Stuart Neville. Je parlerai sûrement d’au moins un des deux autres (devinez lequel !) mais il m’a semblé évident d’inclure Stuart Neville à mon blog après avoir lu Les fantômes de Belfast.

David Goodis sur mes étagères

Goodis aurait pu être entre mes mains beaucoup plus tôt.

J’ai finalement fait comme un peu tout le monde, il est resté un illustre inconnu pour moi. Ce n’est pourtant pas faute de l’avoir croisé. Ce fut, bien sûr et avant tout, le cas quand j’ai vu le film de Truffaut, Tirez sur le pianiste. Un film que, comme pas mal d’autres Truffaut, j’ai apprécié. Mais je me disais que le cinéaste avait surtout une grande propension à réinterpréter les livres qu’il avait aimés. Qu’il nous en proposait sa lecture personnelle pas toujours fidèle à l’œuvre mais destinée à nous transmettre ce qu’il avait ressenti lui-même. Ce qu’il avait ressenti m’avait plu, j’aurais peut-être dû me dire que je pouvais me plonger dans les romans de l’auteur qu’il adaptait… je devrais peut-être le faire avec William Irish, Charles Williams ou d’autres, également adaptés par Truffaut. Je l’ai fait avec Henri-Pierre Roché, alors pourquoi pas avec ceux-là ?

Il y a eu Truffaut, mais il n’y a pas eu que lui… j’aurais pu également aller plus loin que le simple visionnage des Passagers de la nuit (Dark passage), de Rue Barbare ou encore Descente aux enfers ou La lune dans le caniveau… Ces films ne m’ont pas tous convaincu mais ils avaient un point commun et c’est peut-être celui qui m’a donné envie de les voir.

Je suis finalement venu à David Goodis parce qu’il semble être un incontournable du roman noir. Il est surtout un auteur que je prends du plaisir à lire au fur et à mesure que je découvre son œuvre.

J’en reparle dans pas longtemps.