Craig Johnson, Walt Longmire et l’Eglise apostolique de l’Agneau de Dieu

En 2013, l’année suivant A vol d’oiseau, paraît le neuvième roman de la série des Walt Longmire, A Serpent’s Tooth. Il vient de nous arriver dans une traduction de Sophie Aslanides, La dent du serpent.

Lors de l’enterrement de l’une des citoyennes modèles du comté d’Absaroka, Walt Longmire se trouve coincé par Barbara Thomas. Un bouquet orange et noir au revers, les couleurs de Durant, elle lui explique que des anges viennent entretenir sa maison en son absence. Réparant ici ou là, prenant soin de tout, en respectant ce qu’elle leur demande, inscrit dans un carnet des choses à faire. Elle ne les a jamais vu mais a découvert qu’ils aimaient particulièrement le poulet pané de Chester et prendre une douche de temps à autre. Passant outre les sarcasmes de Vic Moretti, son adjointe, Walt se rend chez Barbara Thomas et parvient à surprendre l’Ange Bricoleur qui réussit à s’enfuir malgré l’acharnement de Vic. Walt le retrouve un peu plus tard et l’héberge dans la prison en attendant de savoir d’où vient l’adolescent…

Dans les affaires de celui-ci, celles qu’il a abandonnées dans la remise de Barbara Thomas en fuyant, une bible mormone portant les initiales d’Orrin Porter Rockwell, l’un des membres du conseil des cinquante de l’organisation des Saints des Derniers Jours, créée par Joseph Smith, le fondateur de cette église et l’auteur du Livre de Mormon au dix-neuvième siècle. Un livre qui semble assez vieux pour être authentique et dont le propriétaire débarque un peu plus tard dans l’histoire, un propriétaire censé avoir deux cents ans. A partir de ce moment, Walt, ses adjoints, Vic, Double Tough et Saizarbitoria, et Henry Standing Bear, à la recherche de la mère disparue de l’ado, se rapproche d’une autre secte imaginée par un certain Van Ross Lynear et que ses fils ont fondée et développée, l’Eglise apostolique de l’Agneau de Dieu.

Tandis qu’ils cherchent et s’intéressent de plus en plus à cette église, Cord, l’adolescent banni et Orrin Porter Rockwell n’en finissent pas de disparaître puis de réapparaître, multipliant les évasions ou ce qui pourrait s’y apparenter étant donné qu’ils ne sont pas vraiment en état d’arrestation, conséquences de la compassion du shérif ou de son indécision.

… c’est là que se trouve ta véritable force, dans ce putain d’espoir que tu as toujours, mais j’ai aussi vu l’après, quand ça ne se résout pas comme tu l’entends et qu’on te regarde tous ramper pour t’extraire des décombres…

On ne pourra pas dire que nous n’avons pas été prévenus.

Evoquant parfois une philologie réinventée, les visites aux deux propriétés de la secte, les rencontres avec ses membres ici ou là, rythment une intrigue où les scènes se répètent, évoluant vers une tension qui s’accroit et une enquête qui met à jour des motivations cachées à l’installation de la secte dans des endroits proches d’anciennes exploitations pétrolières.

Comme le dit le proverbe, le cynique est l’homme qui connaît le prix de tout et la valeur de rien. Les soldats de pacotilles […] ne comprendraient jamais la valeur d’une vie humaine comparée à leurs croyances démesurées dans le positionnement géostratégique. Ils n’avaient jamais été formés dans le feu de la guerre, où on apprend que la seule chose qui demeure dans ces moments extrêmes, effrayants, et la raison même pour laquelle on se bat, depuis le début, c’est l’homme à côté de soi, son frère d’armes.

Dans le même temps, Walt est de plus en plus troublé par sa relation avec Vic. La vivant de plus en plus intensément.

L’évolution perçue dans l’opus précédent se poursuit. L’intrigue principale nous décrit un nouvel aspect du Wyoming et des Etats-Unis mais ce n’est pas ce qui fait le sel de ce roman, on finit presque par s’en désintéresser et lui préférer les à-côtés. Après ses relations avec Lolo Long et les habitants de la réserve des Cheyennes du Nord, c’est ici la relation entre Walt et Vic qui intrigue, ce sont les personnages secondaires qui nous intéressent, Henry, encore et toujours, Double Tough, les frères Lynear et, pour cet épisode, Orrin Porter Rockwell. Les personnages sont touchants, humains, et certains épisodes poignants. Mais la cohabitation d’un suspens extérieur qui nous perd un peu, entre contrebande, spiritualité et CIA, et d’un enrichissement de la personnalité du shérif et des personnages secondaires donne un roman un peu bancal, déséquilibré.

Walt souffre dans sa chair comme souvent, d’autres aussi, assez fortement, mais on ne retrouve pas le souffle de Tous les démons sont ici, de Dark Horse, du Camp de morts ou de Little Bird.

L’épisode suivant ou presque (inscrit dans la chronologie sans être un épisode en tant que tel), Steamboat, déjà traduit chez nous, retrouve un peu de ce souffle, tendu autour d’une intrigue unique. Vient ensuite celui que nous attendons désormais, un titre évoquant n’importe quel autre nom.

Craig Johnson, Walt Longmire et son premier réveillon de shérif

En 2013 est paru la dixième aventure du shérif du comté d’Absaroka, Spirit of Steamboat. Il a curieusement été traduit à la fin de l’année 2015 sous nos latitudes par Sophie Aslanides, sous le titre simplifié de Steamboat. Quand je dis “curieusement”, je ne parle pas de la traduction, mais je le dis car, dans ce livre, nous retrouvons Walt Longmire à la veille de Noël alors que nous l’avions laissé, à la fin de son aventure précédente, au début du printemps, plutôt mal en point après sa poursuite de Raynaud Shade sur les contreforts des Bighorn Moutains. C’était Tous les démons sont ici, le septième opus de la série… Où sont passés les huitième et neuvième enquêtes ?

Nous retrouvons Longmire alors que sa fille est enceinte quand son mariage prévu dans Tous les démons… n’a pas encore eu lieu (je sais qu’il est possible que l’ordre ne soit pas respecté, si tant est qu’il y ait mariage) et que l’on sait qu’il a été organisé dans As the crow flies, huitième épisode de la vie du shérif encore inédit par chez nous. Oubliés donc le printemps, l’été et l’automne, oubliée la convalescence nécessaire après Tous les démons… et a priori racontée dans Divorce Horse, opus hors enquêtes, édité spécialement en e-book (pour tous les détails bibliographiques, je me suis basé sur Fantastic Fictions, site qui me paraît assez fiable dans ce domaine). Bizarre choix éditorial, même si une explication nous est donnée en fin d’ouvrage, Steamboat étant au départ un “christmas spécial”, l’une de ces nouvelles offertes par l’écrivain à ses lecteurs à l’occasion des fêtes, devenu court roman sans que Johnson ne l’ai prévu (et proposé au prix d’un roman “normal”, soit dit en passant)… D’accord mais à partir du moment où ce roman “non planifié” a été intégré à la série, dans la vie du shérif notamment, pourquoi le publier en France sans en tenir compte ? Dommage, cela donnerait presque l’impression que ceux qui se sont attachés à Walt Longmire depuis le début ne sont pas pris en compte, d’autres lecteurs étant visés – lesquels ? -… dommage, en espérant que cela n’est pas annonciateur d’un désordre à venir…

A la veille de Noël, Walt Longmire sacrifie à ce qui est devenu une tradition pour lui à cette époque de l’année, la lecture d’Un chant de Noël de Dickens. Ceci est rendu plus facile qu’à l’habitude en l’absence de son entourage habituel, Henry Standing Bear, son Steamboat (Gallmeister, 2013)meilleur ami, tenant compagnie à une veuve, Cady, sa fille, ne pouvant se déplacer en raison de sa grossesse et Vic Moretti, son adjointe et plus parfois, étant en vacances avec sa mère. Mais, comme souvent, et ce malgré le calme susmentionné et inespéré dans le comté, un grain de sable se glisse dans les plans de Longmire. Une femme se présente à son bureau, sans que Ruby, la fidèle standardiste, ne puisse la décourager. Une femme qui semble le connaître et qui voudrait également parler avec Lucian Connally, le prédécesseur de Walt. Comme souvent, le shérif cède à la demande et rend visite plus tôt que prévu – c’était le soir de leur partie d’échec hebdomadaire – à son ancien patron. Accompagné.

Lorsqu’ils parviennent à la chambre de Lucian, non sans avoir appris auparavant un nouvel exploit de l’ancien représentant de l’ordre, une télévision victime d’un tir isolé, ce dernier n’est pas en tenue pour recevoir une jeune femme… après avoir remis sa jambe et enfilé des vêtements décents, il leur ouvre enfin. Lorsqu’ils sont tous les trois installés, la jeune femme leur donne un indice pour leur permettre de deviner son identité. Et cet indice est “Steamboat”.

Revient alors à la mémoire de Longmire son premier réveillon en tant que shérif. Fraîchement élu, il a alors été confronté à un accident de la route ayant fait deux victimes et dont la seule survivante était une enfant, brûlé au second degré et dans un état nécessitant son évacuation vers Denver de toute urgence. L’hélicoptère qui la rapatriait à Durant ne pouvant faire le trajet en raison de l’énorme tempête en cours et s’annonçant, il fut contraint de réquisitionné un ancien bombardier utilisé autrefois pour le transport d’Eisenhower. Le seul pilote capable de le piloter étant Connally, son ancien mentor, il parvint à le convaincre et à s’embarquer, Le chant de Noël dans la poche, avec Isaac Bloomfield, le médecin, et Julie Luehrman, copilote improvisée, dans un vol particulièrement périlleux à bord de cet avion rafistolé baptisé Steamboat.

Johnson s’en donne à cœur joie, mettant en scène une succession de situations plus difficiles les unes que les autres, de portes ouvertes en raison d’un système hydraulique défaillant et risquant de compromettre la consommation de carburant, en passant par des opérations sur le petit être entre la vie et la mort particulièrement risquées en raison de la succession de turbulences et d’un manque de matériel adéquat poussant à les mener dans un style “western”, jusqu’à un pilotage pas toujours académique… On est en permanence secoué.

Ce sont quelques pages qui se savourent sans qu’il y ait un véritable suspens, nous devinons très rapidement ce qu’il est advenu à chacun, ne serait-ce que parce qu’ils sont encore là pour en parler…

Johnson et son personnage récurrent sont toujours emprunts d’une grande empathie et d’une véritable humanité. Tout cela dans un style toujours aussi fluide dont la traduction n’a certainement pas à rougir.

On attend maintenant avec impatience la suite des aventures du shérif du comté d’Absaroka. Quand je parle de la suite, j’entends bien sûr un retour en arrière sur le huitième opus de la série, As the crow flies, ou le septième et demi que représente Divorce Horse, d’après Fantastic Fictions.

Craig Johnson, Walt Longmire au sommet des Bighorn Mountains

En 2011, paraît la septième aventure du shérif du comté d’Absaroka, Hell is empty. Elle nous arrive cette année, un peu avant le printemps, saison habituelle des apparitions de Longmire, traduite comme toujours par Sophie Aslanides pour les éditions Gallmeister, sous le titre Tous les démons sont ici. Il ne faudra peut-être plus attendre le printemps pour les prochains opus, de l’autre côté de l’Atlantique leur parution s’est accélérée, avec une par an jusqu’en 2012 puis à raison de deux annuelles ensuite…

Les deux titres, l’original et le français, pourraient sembler sans rapport mais ils sont en fait les deux parties d’une même tirade de La tempête de Shakespeare, citée en début d’ouvrage. L’autre citation en ouverture du livre provient de L’enfer de Dante Alighieri… Décidément.

Nous avions quitté le shérif Longmire après une aventure en demi-teinte, Molosses, une aventure qui m’avait paru plus tiède que les autres bien que se déroulant en plein hiver. Une aventure plus légère, moins enthousiasmante que les précédentes… Il ne restait plus qu’à espérer que ce n’était qu’un léger fléchissement et non l’amorce d’une lente perte de qualité de la série. Comment Longmire et Johnson allaient-ils rebondir ?

Nous sommes en mai, une saison normalement annonciatrice de redoux dans notre hémisphère. Mais le comté fictif d’Absaroka, il ne faut pas l’oublier, Tous les démons sont ici (Gallmeister, 2011)se situe dans le Wyoming, sur les contreforts des Bighorn Mountains. Et le temps n’est pas clément tandis que Longmire et son adjoint basque Saizarbitoria convoient trois prisonniers pour les livrer à d’autres ; ils ont rendez-vous avec le FBI et les deux shérifs des comtés avoisinants. Après un arrêt pour se ravitailler, ils repartent vers leur point de rencontre à bord de leur fourgon cellulaire. Les trois prisonniers sont dangereux, des meurtriers, mais celui que Longmire redoute le plus est Raynaud Shade, un indien, silencieux et difficile à cerner. Un homme qui fait peur et qui a semé la mort sur son chemin. L’endroit où ils doivent rejoindre les autres services de police leur semble incongru mais ils comprennent que le choix n’est pas anodin lorsqu’ils y parviennent. En effet, le FBI a amené là Shade car il a avoué avoir caché un cadavre dans le secteur, un secteur qui peut être soit dans le comté de Longmire, soit dans celui de Joe Iron Cloud ou encore celui de Tommy Wayman. Autre explication, celle de la présence de trois shérifs au point de rendez-vous. Finalement, après une brève recherche, le lieu où a été caché le cadavre se révèle être à la limite des trois comtés mais précisément dans celui de Longmire… Lui qui espérait être rentré le soir même, ayant un dîner où il est sûr que lui sera annoncée la date du mariage de Cady, sa fille… Après quelques discussions, il préfère rester sur place, ou plutôt y revenir, et bien lui prend car les prisonniers se sont fait la belle, laissant derrière eux un carnage. Une poursuite s’amorce…

Une poursuite qui nous ramène plus d’un an en arrière, un an dans la vie de Longmire, c’est-à-dire au premier épisode de la série, Little Bird. Une poursuite en haute montagne et dans laquelle le shérif d’Absaroka se lance avec la ténacité qu’on lui connait. Mais affronter la haute montagne n’est pas qu’une affaire de ténacité, de résistance, d’autant plus quand le blizzard, les tempêtes de neige se succèdent. Le physique et le mental doivent s’épauler mutuellement. Dans sa chasse à l’homme, Longmire va rencontrer quelques soutiens, Omar Rhoades, croisé dans Little Bird, le millionnaire féru de chasse, et Virgil White Buffalo, l’indien crow géant, celui d’Enfants de poussière, réfugié dans les montagnes pour ne plus se frotter aux hommes.

La première fois que j’avais rencontré Virgil, j’avais essayé de lui écraser le larynx, et notre relation avait été verbalement très inégale. A ma grande honte, je dois avouer que je ne l’avais pas cru tellement intelligent – un jugement que j’avais rapidement rectifié quand je découvris que sous le front épais se cachait un esprit raffiné capable de jouer aux échecs à un niveau de grand maître.

Le crow va l’aider, le soutenir et l’accompagner dans une poursuite qui voit se réduire petit à petit ses adversaires, se resserrant autour de Raynaud Shade. Mais que peut-il vouloir faire ? Le chemin qu’il empreinte est un cul-de-sac qui s’achève au sommet de la chaine de montagne, le Cloud Peak… Et Longmire s’accroche même si son jugement lui joue des tours, même si le monde dans lequel il s’aventure est celui qu’il avait affronté plus d’un an plus tôt, peuplé d’esprits et de mirages. Au point que l’on doute de plus en plus de ce qu’il perçoit, de ce qu’il vit, ne sachant si nous sommes dans la réalité ou une vision fantasmée par la raréfaction de l’oxygène et l’étourdissement provoqué par les chutes tempétueuses de neige. Nous sommes bien dans une tempête, pas loin de l’enfer, un enfer proche de celui décrit par Dante, le même Dante qui accompagne Longmire dans son périple sous la forme d’une édition de poche.

Toutes le horreurs décrites dans ce livre sont des horreurs de l’esprit, et elles sont les seules qui peuvent véritablement nous faire du mal.

C’est un roman prenant, captivant, que nous offre Craig Johnson, un livre qui reprend le final de son premier en l’étirant et en l’approfondissant. Nous ne revenons pas en arrière, mais le décor, la nature, sont proches de ceux que Longmire avait affrontés alors. D’autant plus que l’adversaire du shérif est comme lui à ce moment-là, assailli par les esprits. Des esprits qui peuvent s’emparer de la réalité pour pousser les hommes encore plus loin, au-delà de leurs limites. Au-delà du monde tel que nous le connaissons.

C’est un roman qui étouffe parfois, comme la météo que doivent affronter les personnages, et qui semble avoir plus d’impact sur Longmire que sur les indiens qu’il côtoie. Des indiens jouant avec les frontières du mythe et de la réalité… celles avec le Camp des Morts ou le Pays de l’Au-Delà…

Un roman qui nous porte vers les meilleurs de la série, ceux dont même le narrateur se souvient.

Je ne pouvais penser qu’à tout ce que j’avais vécu depuis mon expérience dans ces montagnes il y a plus d’un an. Je pensai à ma quasi-noyade dans le réservoir de Clear Creek, à ma course sur un cheval emprunté sur Forbidden Drive à Philadelphie, au tueur que j’avais poursuivi dans une ville fantôme, et à la fois où j’avais été drogué sur une mesa dans la région de la Powder River.

Un roman au rythme toujours aussi particulier, oscillant entre la contemplation et l’épure. Un roman qui peut rappeler les romans graphiques de Jirô Tanigushi et notamment sa série intitulée Le sommet des Dieux, en raison de leur sujet et de leur manière de le traiter.

Un roman qui nous rappelle pourquoi nous avions d’emblée aimé son auteur et son personnage récurrent, qui nous rappelle que Craig Johnson est décidément un auteur à côté duquel il serait dommage de passer… En espérant que son prochain roman nous parviendra avant un an, un roman qui évoque le vol d’un corbeau.

Craig Johnson, Walt Longmire, chiens méchants

Chaque année, quand le printemps s’annonce, un nouvel opus des aventures du shérif du comté d’Absaroka pointe son nez et vient étoffer la bibliographie de Craig Johnson. Cette année, il s’intitule Molosses. C’est, comme depuis le début, Sophie Aslanides qui s’est chargée de la traduction de ce qui s’appelait Junkyard Dogs dans le Wyoming, et qui est paru en 2010 là-bas. Et ce sont, comme depuis le début, les éditions Gallmeister qui se chargent de la publication.

L’hiver s’est installé, lui qui n’en était encore qu’à ses prémisses dans le roman précédent, Dark Horse. L’hiver s’est Molosses (Gallmeister, 2014)installé et le comté d’Absaroka panse ses plaies ; Walt Longmire souffre encore de sa cavalcade deux mois plus tôt, boitant bas, son œil continuant d’être plus récalcitrant à chaque épisode ; et Sancho, le Basque, adjoint du shérif, ne se remet pas de l’agression dont il a été victime quelques mois plus tôt. Le comté panse ses plaies et chacun s’occupe des autres, indispensable quand il s’agit de Longmire, qui sans cela ne se soignerait pas, c’est Ruby, la standardiste, qui s’y colle ; plus expérimental en ce qui concerne Saizabitoria, le shérif allant jusqu’à lui coller une enquête qu’il crée quasiment de toute pièce autour d’un pouce manquant.

Le roman s’ouvre sur un épisode savoureux, faisant penser à la nouvelle parue hors commerce par chez nous, Un vieux truc indien. Un vieil homme se fait soigner dans une ambulance après avoir été trainé par la voiture familiale sur quelques kilomètres. Trainé au bout d’une corde, attachée à cette voiture, pour assurer ses acrobaties sur le toit de la maison lors du ramonage au kérosène (!) indispensable de la cheminée… Malheureusement, celle qui a emprunté la voiture pour quelques courses n’avait pas connaissance de cette technique pour éviter tout accident. Une scène cocasse qui nous rappelle d’entrée où nous sommes et nous réinstalle confortablement dans l’univers imaginé par le romancier. Dans son univers et son style.

Le vieil homme, George Stewart s’occupe d’une casse et de la déchetterie communale, le “site municipal de dépôt, tri et récupération des déchets”, attenante et est en conflit avec son voisin, Ozz Dobbs Jr, promoteur immobilier… Dans le même temps, je le disais plus haut, Longmire doit affronter la dépression de son adjoint basque, ce dernier ayant décidé de retourner du côté de la pénitentiaire. Et Henry Standing Bear prend en main l’organisation du mariage de Cady, la fille du shérif.

C’est une aventure qui apparait comme une respiration dans la série. George “Geo” Stewart, son fils et sa belle-fille, Ozzie Dobbs et sa mère, formant une communauté quelque peu excentrée du comté et un microcosme où semblent se concentrer toutes les figures de relation de voisinage imaginables. Du coup, les allers et retours des flics se concentrent sur ce petit univers… L’épisode apparait comme une respiration dans la série également parce qu’il fait la part plus belle aux répliques bien senties des uns et des autres et à cet humour du shérif qui vous colle le sourire au long de la lecture. Et qui bien souvent possède une certaine profondeur, une humanité philosophe.

La Nation Cheyenne sourit – il avait une tolérance élevée pour les crétins. Forcément, cela faisait deux cents ans qu’ils lui faisaient le même genre de coup.

L’épisode parait plus léger jusqu’à ce que l’action, le suspens, rattrapent les protagonistes et le lecteur. Malgré la tempête de neige qui s’abat sur les environs, les flics se doivent de sortir, rappelant en cela l’épisode d’un an plus tôt lors du premier opus de la série, Little Bird. La neige s’amoncelle et les rebondissements également, frôlant parfois l’excès. Une histoire de trafic vient pimenter l’atmosphère étouffée et endormie du coin et les chiens du titre, les molosses, ceux de la décharge annoncés dans le titre, ajoutent une note originale au tout.

Ce n’est peut-être pas un épisode majeur de la série mais sa construction le rend intéressant. En effet, la légèreté agréable avec laquelle Craig Johnson dispose ses pions, amène ses billes comme en passant, laisse petit à petit la place à un enchaînement d’événements conduisant à cette scène finale qui ponctue chacun de ses romans. Une scène finale violente malgré la météo, et prenante.

Ça tombe presque dans tous les coins, l’incapacité de Longmire à trancher rapidement ou sa volonté de ne pas le faire ayant quelques conséquences fâcheuses. Les cicatrices s’ajoutent à celles des épisodes précédents, le doute se fait plus présent.

C’est léger, moins profond que les précédents, mais une fois la dernière page fermée, on se dit que l’année qui va s’écouler avant la prochaine aventure du shérif Longmire, Tous les démons sont ici, et les suivantes, pourrait paraître bien longue s’il n’y avait tous ces autres écrivains que nous apprécions également…

Craig Johnson, Walt Longmire et l’insoupçonnable

Octobre, l’automne a encore des relents d’été finissant dans les Hautes Plaines. Le shérif Longmire revient pour sa cinquième aventure… Il arbore les cicatrices des précédents opus, celle sur l’œil, récoltée alors qu’il enquêtait sur le meurtre de Mari Baroja, celle autour du cou, peut-être un vestige de son combat contre Virgil White Buffalo, et son oreille estropiée d’avoir gelé un an plus tôt. En effet, si l’on se fie à la succession des saisons, une année a passé depuis notre rencontre avec le policier du comté d’Absaroka. Et nous allons vivre quelques jours avec lui, passant de l’été automnal finissant à l’hiver frémissant.

Dark Horse est, comme les précédents romans, raconté par le shérif lui-même. Il vient de paraître aux éditions Dark Horse (Gallmeister, 2013)Gallmeister, quatre ans après sa parution aux Etats-Unis. Son titre n’a pas fait l’objet d’un changement en traversant l’Atlantique, juste la suppression de l’article, et ce choix nous est expliqué avant le début du roman par Sophie Aslanides, la traductrice habituelle de la série. L’expression “dark horse” désigne quelqu’un ou quelque chose aux chances ou aux qualités inattendues, insoupçonnées. Quelque chose ou quelqu’un qui avance masqué.

En l’occurrence, et même s’il n’est pas le seul, c’est le cas de Longmire. Il enquête sur une affaire de meurtre qui a amené dans sa prison une femme qu’il croit innocente. Intuition. Une affaire qui s’est déroulée dans un autre comté et qui ne devrait pas l’occuper. Mais la femme est hébergée dans sa prison (échange de bon procédé entre comtés) et il est préoccupé. Une femme, de nouveau, celle-ci s’appelle Mary Barsad. Après Mélissa Little Bird, Mari Baroja, Cady, sa fille, et Ho Thi Paquet, voilà que son intuition et son métier le mènent une nouvelle fois dans les pas d’une femme. Une femme et pas mal d’hommes. Longmire avance masqué puisqu’il enquête dans un comté qui n’est pas le sien. Dans un comté où il se fait passer pour un agent d’assurance. Dans un comté qui va nous permettre de le connaître un peu plus car c’est aussi celui de son enfance. Celui dans lequel le ranch de ses parents se situe.

Longmire avance masqué et se méfie de tout et de tous. Wade Parsad est mort dans l’incendie de son ranch. Incendie qu’il avait peut-être lui-même allumé en commençant par l’écurie abritant les chevaux de sa femme. Mais avant que son corps soit carbonisé, il a reçu six balles. Mortelles dès la première. Sa femme est accusée et Longmire a du mal à y croire. Autant que le shérif du comté de Campbell où s’est produit le crime… Il a, en quelque sorte, appelé son voisin à la rescousse. Longmire arrive à Absalom sous couverture. Il interroge ceux qui auraient pu vouloir la mort de Wade Barsad. Et ils sont nombreux. Ils les interrogent tout en arpentant les environs… Mais être sous couverture, y rester, n’est pas si simple. Surtout quand d’autres avancent également masqués…

Craig Johnson nous offre un roman prenant. Comme les précédents. Un roman où nous continuons à savourer les atermoiements de Longmire quant à sa vie personnelle, Cady repartie à Philadelphie, Vic continuant à le troubler plus que de raison, Henry Standing Bear veillant… Un roman construit comme le précédent avec des allers et retours vers le passé. Mais cette fois, il s’agit d’un passé immédiat, nous allons et venons entre le présent et la semaine qui l’a précédé, celle qui a fait mûrir le doute.

Nous arpentons également les environs, d’Absalom à la Powder River, en passant par le ranch des parents du shérif et par la Twentymile Butte, une mesa, contrairement à ce que son nom indique… La nature a la part belle, comme souvent. La nature et ceux qui la peuplent, chevaux, chiens, grand-duc et sturnelles. Les humains aussi sont à l’honneur, un vieux cow-boy, un tenancier de bar, les participants à un tournoi de boxe, des agents du FBI, une guatémaltèque et son fils. Et quelques traditions viennent s’ajouter comme le cutting, le reining et d’autres concours autour des chevaux. Et toujours le pouvoir des armes à feu, leur pouvoir et leur histoire, associé ici, notamment aux “buffalo soldiers”, dont j’avais déjà croisé le nom sans réellement savoir à quoi cela faisait référence.

C’est une nouvelle fois un roman d’une grande richesse, avec son personnage principal qui avance lentement, pour éviter les erreurs, les faux pas. Ce qui le sert dans son boulot et le dessert dans sa vie privée… Cette conscience de l’humanité et de ses imperfections.

… plus on a affaire avec la loi, moins on y croit. […] A l’image d’une étrange petite religion particulière, la seule chose qui fait que le système fonctionne est précisément la chose dont il vous prive – la foi.

Longmire avance et le roman prend son temps pour atteindre un rythme qui nous tient en haleine, chevauchant malgré nous… comme le shérif. Chevauchant finalement avec plaisir.

Un roman pour se souvenir, parce que le souvenir est important.

Si personne ne se souvenait de vous, est-ce que vous aviez vraiment été là ?

Comme pour les précédents, en refermant ce livre, je me dis qu’il va falloir prendre son mal en patience jusqu’au prochain pour retrouver Walter Longmire, Henry Standing Bear, Cady, Vic, le Chien et tous les autres. Tout cet univers si prégnant.

Craig Johnson : Walter Longmire, son passé, sa fille

Un an après notre découverte des basques du Wyoming, l’opus suivant des aventures du shérif du comté d’Absaroka débarque. Nous sommes dans la continuité et le comté va subir sa première infidélité. Pour cette fois, ce sera Philadelphie. Kindness goes unpunished en est le titre (d’après une citation du Philadelphia Enquirer proposant une définition pour cette ville arrosée par le Delaware), L’indien blanc dans sa version française.

Quelle est cette gentillesse qui reste impunie ? Et qu’est-ce qu’un indien blanc ?

Pour le savoir, nous partons à la suite de Walt Longmire et d’Henry Standing Bear pour la principale ville de L'indien blanc (Gallmeister, 2007)Pennsylvanie. Un changement d’échelle, nous quittons le comté le moins peuplé de l’état le moins peuplé pour une des plus grandes villes des Etats-Unis. Henry Standing Bear y va pour une conférence sur les photos mennonites qu’il réunissait depuis quelques temps déjà et qui vont faire l’objet d’une exposition. Le shérif en profite pour l’accompagner, voir sa fille, Cady, et, par la même occasion, faire la connaissance de l’avocat avec lequel elle partage plus que le même métier… Alors qu’il arrive en ville et se prépare à s’installer dans la maison de sa fille, celle-ci est agressée et laissée dans le coma. Longmire va faire la connaissance de la famille de Vic, son adjointe, dans ces circonstances. Les Moretti sont flics et vont lui ouvrir les portes de l’enquête. Entre l’hôpital où il veille sa fille et les rues de Philadelphie qu’il longe à la recherche du coupable de l’agression qui l’a laissée sur le carreau, notre shérif va avancer avec cette volonté, cette inertie qu’il est difficile d’arrêter une fois qu’il est lancé.

L’enquête progresse tandis que Cady donne des signes qui pourraient laisser penser qu’elle fait de même.

Drôles de circonstances pour découvrir la vie de sa fille… C’est pourtant ce qui arrive à Longmire. Drôles de circonstances pour faire connaissance avec la famille de cette adjointe qui le trouble tant… Pour mener une enquête, il faut fouiller dans la vie de la victime et Longmire se demande la place qu’il a dans celle de sa fille. C’est une enquête qui touche à l’intime, qui véhicule tellement d’émotions qu’il lui faut toutes ses capacités pour la mener à bien.

Les questions qui se posent en ouvrant le livre finissent par trouver une réponse ou les mots de Johnson nous aident à en trouver une, à cheminer vers ce qui pourrait en être une. Et, comme nous, Philadelphie sera un peu chamboulée après le passage du shérif et de la Nation Cheyenne.

Une nouvelle fois, Craig Johnson nous touche. Il nous apporte son lot d’émotions et nous prouve que son style, son rythme, s’adaptent également à un univers urbain. Les relations entre les personnages s’enrichissent et le personnage central s’affirme encore et toujours comme profondément humain, d’une sensibilité tout en nuance, pudique.

Toujours à une cadence annuelle arrive l’opus suivant. Nous sommes en 2008 dans le Wyoming et les états environnants, en 2012 par chez nous.

Cette fois, c’est le passé de notre shérif narrateur qui ressurgit. Another man’s mocassins devient, en France, Enfants de poussière. Le titre anglais fait allusion à une prière indienne qui supplie le Grand Esprit de nous garder de critiquer un autre homme tant qu’on n’a pas marché une heure dans ses chaussures. En français, il reprend l’un des éléments de l’intrigue, un élément important… Un élément qui rappelle des heures sombres à Longmire, des heures sombres pourEnfants de poussière (Gallmeister, 2008) son pays. Cette guerre du Viet Nam dans laquelle Henry et lui ont combattu.

La construction du livre est différente des précédents. Pour revenir dans le passé, nous lisons ce qui pourrait être le journal du soldat Longmire. De celui qui était déjà enquêteur dans les marines, on ne peut pas échapper à son destin. Et nous alternons entre le passé et le présent. Le passé autour d’une enquête que Walt Longmire a déjà évoquée dans un opus précédent, le présent autour d’une enquête qui voit revenir les souvenirs. Le présent qui voit, encore et toujours, l’entourage de Walt avancer, évoluer, changer avec le temps, à la manière de Cady qui retrouve petit à petit une autonomie…

C’est un sujet délicat qu’aborde Craig Johnson, un sujet politique, qui touche à un pan sensible de l’histoire de son pays. Un pan récent, dont les conséquences se font sentir maintenant encore. Un sujet qui lui permet de pointer du doigt les côtés pervers que peuvent avoir certaines lois, a priori pétries de bonnes intentions, et dont l’homme peut s’emparer pour en tirer profit… L’homme, cet animal égoïste, centré sur lui et sans scrupule.

Walt Longmire, avec ses doutes, sa difficulté à prendre en main sa vie personnelle, rassure et peut nous laisser penser que tout n’est pas pourri. Et tous ces gens qui l’entourent, qui le soutiennent, pour qu’il puisse avancer, mener à bien son combat. Cette lutte contre un mal qui peut elle-même entraîner des souffrances. Des dommages collatéraux.

Après ces européens immigrés en Amérique, voulant prendre la place des autochtones, après ces autres européens que l’on a fait venir pour leurs capacités à élever un bétail que les premiers immigrants ne connaissaient pas. Après ces communautés forcées de cohabiter après s’être combattues, une nouvelle vague arrive d’Asie, d’un endroit que les états-uniens n’ont pas épargné. Ces souffrances que nous décrit Craig Johnson avec tact, dont il nous décrit les conséquences, pourraient presque devenir les nôtres. Mais elles ne le seront jamais vraiment tant que nous n’aurons pas enfilé les chaussures des autres, tant que nous n’aurons pas marché avec pendant suffisamment longtemps.

Nous en sommes là, pour l’instant, des aventures de ce shérif dans son comté d’Absaroka. Nous en sommes là de ce côté-ci de l’Atlantique quand par delà l’océan, le nombre d’opus se monte à huit…

Que le suivant arrive vite ! Et si le délai d’un an entre chaque parution n’est pas respecté, s’il est réduit, nous ne nous en plaindrons pas.

Craig Johnson, Walt Longmire, les indiens et les basques

C’est en 2005 pour les états-uniens, en 2009 pour nous, de ce côté-ci de l’Atlantique et lisant dans la langue de Molière, que Craig Johnson nous lance à la suite de son sheriff récurrent, Walter Longmire. Le premier volet des aventures du policier s’intitule Little Bird en français et The Cold Dish dans la langue de Shakespeare. Le titre en version originale fait référence à une citation de Choderlos de Laclos disant que “la vengeance est un plat qui se mange froid”. Nous sommes déjà dans l’état d’esprit qui prime dans ce premier opus… Un état d’esprit au milieu d’un paysage grandiose. A couper le souffle et que la plume de Johnson rend palpable. Car c’est un roman noir au pays de ce qu’on appelle le “Nature Writing” que nous offre l’écrivain. Quant au titre “français”, il évoque le personnage central de l’histoire.

Mélissa Little Bird a été victime d’un viol quatre ans plus tôt. Un viol qui a débouché sur des condamnations légères Little Bird (Gallmeister, 2005)pour ses agresseurs, condamnations qui leur ont permis d’être libres très vite… Cela pèse dans l’esprit du sheriff du comté d’Absaroka au Wyoming. Un comté fictif mais si proche de la réalité. Le comté le moins peuplé de l’état le moins peuplé des Etats-Unis. Cela pèse dans son esprit, le hante, et se rappelle à lui, si besoin en était, lorsque l’un des agresseurs est retrouvé mort. Une balle dans le dos qui ne pouvait qu’être tirée volontairement. Et voilà une affaire dont Walt Longmire se passerait bien. Il s’en passerait bien car il ne peut laisser faire… quand il a bien d’autres chats à fouetter, quand il a bien d’autres choses qui le préoccupent… Notamment cette mélancolie qui le tient au bord de la dépression.

La vérité n’est pas simple, plusieurs personnes pourraient endosser le titre de suspect idéal, numéro un. Découvrir la vérité prend du temps. Un temps qui épouse le rythme de la narration. Le rythme des pensées du policier. Quand un deuxième agresseur est trouvé dans le même état que le premier, le temps se fait pressant. Et Walt Longmire continue à se démener au milieu de ses femmes, Ruby, la standardiste et grande ordonnatrice de son emploi du temps, Dorothy, patronne du Busy Bee et Vic, son adjointe (celle de Walt). Au côté de son meilleur ami, Henry Standing Bear, qui pourrait avoir eu envie de venger Mélissa Little Bird…

C’est un roman singulier que ce premier opus de la série, ou plutôt un univers singulier qui entre chez nous. On connait les Bighorn Mountains grâce à d’autres écrivains, C.J. Box par exemple, mais c’est une musique particulière que nous fait entendre Craig Johnson. Une musique particulière pour un endroit particulier. Un endroit dont il nous décrit la vie, les membres, de manière si parlante, si touchante. Un univers emprunt d’une grande humanité et un sheriff d’une grande sensibilité, agissant, enquêtant presque malgré lui, presque à contre-chœur.

Il ressasse sa vie, la mort de sa femme quelques années plus tôt, le départ de sa fille, et nous le suivons essayant d’avoir une vie sociale, une vie en dehors de son métier…

C’est un roman qui touche et qui nous présente une communauté sur les contreforts des Rocheuses, une communauté riche de cultures différentes et cohabitant au mieux. Un équilibre pas toujours simple pour les individus, pas toujours simple pour Longmire, dans cette communauté où les différentes cultures finissent par s’imbriquer, s’apprivoiser. Un livre qui nous rappelle que la violence faite aux femmes reste un fléau où que l’on soit.

Un an plus tard paraît le deuxième volet des aventures du sheriff du comté d’Absaroka. Du côté des Rocheuses, il s’intitule Death without company, de ce côté-ci, entre les Alpes et les Pyrénées, c’est Le camp des morts. Il est une nouvelle fois édité par Gallmeister et traduit par Sophie Aslanides. Ils méritent d’être cités.

Le titre anglais fait référence à un proverbe basque. Eh oui ! Un proverbe basque. De ces indiens des Pyrénées comme les appelle un personnage à un moment de l’histoire. Un proverbe basque qui vous prévient que si vous vivez sans ami,Le camps des morts (Gallmeister, 2006) votre mort sera solitaire. Un proverbe, basque comme l’un des postulants, le plus en vue, au nouveau poste d’adjoint pour lequel le sheriff recrute. Basque comme la victime d’un meurtre qui n’en est peut-être pas un. Un meurtre dénoncé par Lucian Connally, le prédécesseur de Longmire à la tête de la police du comté d’Absaroka et son partenaire hebdomadaire d’échec.

Nous sommes quelques jours après la fin du précédent roman. Walt Longmire ne s’est pas encore remis de l’issue de son enquête précédente… Mais il va bien devoir s’en remettre, ne serait-ce que pour tous ceux qui l’entourent, tous ceux qui le poussent à remonter la pente. Il va devoir s’en remettre pour mener une enquête sur une mort qui a toutes les apparences d’une mort naturelle… Et c’est la vie de l’ancien sheriff qui va remonter à la surface. L’exploration d’une communauté qui peuple le petit coin de terre où sévit Longmire nous est offerte.

L’univers de Craig Johnson s’enrichit. Rien n’y est facile et les apparences ne suffisent pas, il faut les démonter, s’en défaire. C’est ce à quoi va devoir s’astreindre notre narrateur et personnage central de la série. Tout en cherchant à retrouver un certain équilibre, à reprendre pied. A investir autant sa vie personnelle que sa vie professionnelle. Pas simple. Mais, encore une fois, ceux qui l’entourent vont l’aider… Parmi eux, une nouvelle venue, seulement entendue au téléphone jusque là, Cady, sa fille avocate à Philadelphie.

Les intérêts en jeu dans cette histoire sont également financiers, il faudra toute la volonté de Longmire pour garder les reines de l’histoire.

Craig Johnson confirme son talent et sa capacité à raconter, conter une histoire. Un rythme qui lui est propre, loin de l’emballement et du galop de certains thrillers, il mène sa barque, s’attarde et nous captive en décrivant toute l’humanité de ses personnages, leurs qualités et leurs défauts. Avec l’ampleur que prend la série, on est sûr (et pas seulement parce que l’on sait qu’à ce jour, elle compte huit opus de l’autre côté de l’Atlantique) qu’elle nous emmènera loin.

A suivre, donc, au plus près de ce sheriff récurrent.