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Philippe Djian, Impardonnables

Quatrième de couverture :

Un jour, pardonner n’est plus possible.

Les dix premières lignes :

Je savais parfaitement qu’elle n’était pas là. J’écoutais Pastime Paradise, la voix merveilleusement pleurnicharde de Patti Smith, et je regardais l’avion d’Alice atterrir, lourd et vibrant dans un soleil de fin d’été orangé, encore chaud, sachant très bien qu’elle ne s’y trouvait pas.

Je n’avais pas, d’ordinaire, ce genre de prémonition – on me le reprochait presque -, mais ce matin-là, j’avais averti Edith que notre fille ne serait pas dans l’avion et qu’il valait mieux attendre avant de commander la viande.

Commentaire personnel :

C’est un roman époustouflant, un grand roman que Philippe Djian nous offre avec Impardonnables. Il est tellement difficile de concilier les exigences stylistiques avec celles de la narration d’une histoire. Il est tellement difficile de hisser à la même hauteur le fond et la forme que quand c’est le cas, il faut se dire que l’on est devant un petit miracle.

Impardonnables est un petit (pourquoi petit ?) miracle.

Francis, écrivain à succès qui n’écrit plus beaucoup, doit faire face à une nouvelle épreuve, la disparition de sa fille. Alice n’est plus là. Une épreuve de plus… Est-ce celle de trop ? Quelques années plus tôt, il a vu sa femme et leur autre fille mourir. Mais il restait Alice…

Comment le héro retrouvera-t-il sa fille après cette disparition ? Dans quel état sera-t-il après cette épreuve ? C’est ce que Djian va nous donner à lire, à voir.

Après les relations père-fils, dans Echine, Djian s’intéresse à ce qui lie un père et sa fille. Comme souvent chez lui, la réalité est exacerbée… mais cela n’existe-t-il réellement que chez lui ?

Pour nous raconter cette histoire, Djian convoque tous ses talents. Il nous offre comme toujours ce style inimitable, si particulier, simple à force d’être travaillé, qui est le sien. Il nous offre également une structure narrative particulièrement originale. Une structure qui fait subir à l’histoire bien des distorsions en parvenant à ne pas nous perdre en chemin, ce qui en soit est un exploit. En effet, ce qu’il nous donne à lire, cette histoire, est toute en ellipses, des morceaux manquent qui ne nous sont racontés qu’en creux, que par l’évolution de l’intrigue entre ces creux, ses absences. Une narration qui n’est pas sans rappeler celle de Frictions du même Djian.

C’est une histoire à rebondissements, une intrigue qui nous tient d’un bout à l’autre même si le rythme n’est pas celui de ces thrillers formatés qu’on nous vend à la chaîne chez les grossistes en livre. Et les autres.

Alors si vous voulez de la vraie littérature, celle que l’on défend ici, lisez plutôt ce livre que ceux qui encombrent trop souvent les têtes de gondoles et nous détournent des plaisirs d’une véritable écriture, d’un véritable roman.

Vous avez aimé… vous aimerez peut-être :

Il semblerait que ce roman fasse l’objet d’une adaptation cinématographique d’André Téchiné… A venir.

Pour cette évocation d’un homme détruit par la perte de sa famille, on peut également aller voir du côté de Robin Cook avec Le soleil qui s’éteint.

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