John Le Carré, Leamas et Mundt

Le troisième roman de John Le Carré est publié en 1963, un an après Chandelles noires, chez Victor Gollancz & Pan, il s’intitule The spy who came in from the cold. Il est traduit l’année suivante par Marcel Duhamel et Henri Robillot pour Gallimard. Publié hors collection, il s’intitule L’espion qui venait du froid. Avec ce roman, Smiley passe au rang de figurant, évoqué en creux, dans les conversations, à peine croisé, même s’il semble être de retour dans le service, exerçant toujours dans l’ombre, influent et manipulateur…

Berlin, un poste frontière aux abords du tout récent mur érigé entre l’est et l’ouest. Leamas attend dans la guérite des gardes-frontière ouest-allemands. C’est un agent de l’Intelligence Service et son contact à l’est, son atout majeur, Karl Riemeck, s’apprête à passer la frontière, il est grillé et lespion-qui-venait-du-froid-gallimard-1963Mundt est à ses trousses. C’est d’abord une femme à bord d’une auto qui se présente, elle passe sans encombre, il s’agit de la maîtresse de Karl. Puis vient le tour de ce dernier, il est à vélo et, alors qu’il a franchi le poste frontière est-allemand, il est soudain pris en chasse et abattu… Le réseau que Leamas était parvenu à monter à l’est vient de connaître son ultime disparition, réduit à néant.

Il se savait rayé des listes, inéluctablement. Il lui faudrait désormais s’accommoder de ce fait et continuer à vivre comme un cancéreux ou un prisonnier. Nul effort de sa part n’arriverait à combler le fossé qui coupait sa vie. Mais Leamas affrontait l’échec comme il affronterait probablement la mort quelque jour, avec l’amertume d’un cynique et le courage d’un solitaire.

Leamas doit abandonner Berlin pour Londres où Control, le directeur de l’Intelligence Service, l’attend pour son rapport. Mais leur entretien prend une tournure inattendue, en effet, Control soutient le désir de vengeance de Leamas vis-à-vis de Mundt, croisé déjà dans L’appel du mort, et il lui propose une mission qui pourra faire tomber leur ennemi d’Allemagne de l’Est.

On assiste alors à la mise au rencart de Leamas, à sa déchéance, sa descente dans l’alcool et la société. Après avoir été mis au placard dans un service sans intérêt pour lui, Leamas quitte le Cirque et vivote. Tout cela est rendu d’autant plus vraisemblable que contrairement à ses collègues, Leamas n’est pas issu des meilleures écoles ni d’un milieu protégé. De petit boulot en recherche d’emploi, d’une bouteille à l’autre, il échoue dans une bibliothèque où il rencontre Liz, sympathisante communiste, qui devient sa maîtresse, mais sa descente n’est pas finie. Alors qu’il demande un crédit à son épicier qui le lui refuse, la réaction de Leamas est violente et l’envoie en prison pour quelques semaines… A sa sortie, un homme le suit, un homme qui l’a déjà croisé à Berlin. Même si Leamas ne se souvient pas de lui, il accepte l’invitation à manger de son suiveur, un dénommé Ashe, et s’amuse devant son manque de professionnalisme pour le recruter… Car il s’agit bien de le recruter pour lui acheter ce qu’il sait. Après qu’il ait joué le mauvais coucheur sans toutefois cacher son intérêt pour une éventuelle proposition, il passe de son recruteur à un homme plus aguerri, Sam Kiever, pour finalement s’envoler vers l’est après être passé par les Pays-Bas. Leamas gravit les échelons de la hiérarchie est-allemande au fur et à mesure qu’il voyage. Les informations qu’il a données, sans croire lui-même à ce qu’elles pourraient impliquer, à leur importance, semblent en effet particulièrement intéressantes, sous-entendant la présence d’un agent-double dans les services de contre-espionnage est-allemand… Leamas, adoptant toujours le profil de celui qui ne croit pas aux déductions de son interlocuteur, Fiedler, voit l’étau se resserrer autour de Mundt, devenu chef de l’espionnage est-allemand…

John Le Carré nous entraîne, dans cette histoire directe et prenante, à la suite d’un agent qui connait les ficelles de son métier, un agent ayant fait ses preuves et dont les pensées nous sont petit à petit dévoilées. Nous le voyons d’abord plonger dans une certaine déchéance, un certain abandon, un renoncement, pour mieux devenir la proie des agents d’en face. Ensuite, au fur et à mesure de ses aveux, nous pénétrons son esprit et comprenons que tout ce qu’il avoue et raconte fait partie d’un plan établi, construit avec Control. Le seul élément qui échappe à l’intrigue proprement dite est la liaison de Leamas avec Liz et les projets qu’ils forment chacun de leur côté. Une part d’humanité qui surnage. Nous sommes dans un monde de faux-semblant, où il faut affirmer le contraire de ce que l’on veut faire croire pour parvenir à ses fins. Où pour piéger l’adversaire, il faut lui faire croire qu’il a un coup d’avance, ou que son recul, sa vue d’ensemble, lui permettent des déductions inaccessibles à celui qui ne possède qu’une partie de l’équation… Un jeu de dupes, mené sur la corde raide, avec un maximum de risques…

L’homme qui tient un rôle, non pas aux yeux des autres, mais vis-à-vis de lui-même, encourt des dangers psychologiques évidents. En soi, la pratique du mensonge n’a rien de particulièrement éprouvant ; c’est une question d’habitude professionnelle, une ressource que la plupart des gens peuvent acquérir. Mais alors que l’aigrefin, l’acteur de théâtre ou le joueur professionnel peuvent rejoindre les rangs de leurs admirateurs après la représentation, l’agent secret, lui, ne peut se payer le luxe de la détente. Pour lui, l’imposture est avant tout de l’autodéfense. Il doit se protéger non seulement de dangers extérieurs, mais aussi du dedans, et contre les plus naturelles des impulsions ; bien qu’il gagne parfois des fortunes, son rôle peut lui interdire l’achat d’un rasoir. Erudit, il peut se voir astreint à ne prononcer que des banalités. Mari et père de famille dévoué, il lui faut, en toute circonstance, refréner son envie de se confier aux siens.

C’est un roman prenant, un roman qui captive et pousse à tourner les pages écrites d’une écriture fluide, précise, entraînante. C’est tellement bien raconté que l’on a également l’impression de posséder un coup d’avance sur les uns et les autres, que le suspens et les luttes nous sont annoncés avant qu’ils ne frappent les protagonistes. Un roman qui joue avec notre intelligence tout en nous décrivant un monde plutôt froid, où la vie des hommes de l’ombre n’a au final pas une grande importance, où la véritable importance est ce que l’on parvient à faire croire à l’ennemi pour garder de l’avance sur lui…

Avec ce roman, Le Carré assoit sa notoriété.

Grâce à cette œuvre de référence, cette œuvre-phare dans sa bibliographie, il va par la suite pouvoir devenir écrivain à plein temps.

Son roman suivant paraît deux ans plus tard, il s’agit du Miroir aux espions.

John Le Carré, George Smiley à l’école de Carne

En 1962, John Le Carré voit son deuxième roman publié, il s’agit de A murder of quality. Titre qui fleure bon le roman policier anglais classique. En traversant la Manche, il devient Chandelles noires après être passé par la traduction de Maurice Rambaud et Marcel Duhamel et, comme pour le précédent, il paraît dans la collection “Panique” de Gallimard. Pour ce deuxième roman, Le Carré, après avoir évoqué l’un des aspects de son expérience professionnelle avec l’espionnage dans le premier, L’appel du mort, en aborde un autre, celui de l’enseignement.

L’école de Carne est une école privée comme on les imagine en Angleterre. Une école destinée à l’élite de la société, celle qui peut se la payer, située dans un village isolé et constituant à elle seule une micro-communauté avec ses usages bien particuliers. Après avoir assisté à un dîner donné par l’un chandelles-noires-gallimard-1962de ses professeurs, Terence Fielding, pour l’un de ses collègues et son épouse, les Hecht, nous retournons à Londres. Miss Brimley, rédactrice en chef de l’hebdomadaire La voix chrétienne, y reçoit une lettre d’une femme appartenant à une des familles abonnées depuis les débuts du périodique, il s’agit de Stella Rode, épouse d’un professeur de l’école de Carne et accusant ce dernier de vouloir la tuer… Brimley, quelque peu alarmée, décide de faire appel à une vieille connaissance, un homme avec lequel elle avait travaillé pendant la seconde guerre mondiale, quand elle collaborait à l’Intelligence Service. Cet homme, c’est George Smiley, retiré lui aussi des services secrets depuis L’appel du mort.

Après avoir lu la lettre de Stella Rode, Smiley décide de s’informer sur la situation en contactant un professeur qu’il connait à Carne, le frère d’un membre de cette équipe qu’il a dirigée au cours de la guerre précédente, Fielding. Grâce à cet appel, il apprend le décès de Stella Rode, retrouvée morte après un dîner chez Fielding…

Smiley, qui n’a plus guère d’occupation, prend la décision de se rendre à Carne pour en savoir plus sur cette affaire. Il y mène son enquête en collaboration avec la police du lieu et, en l’occurrence, l’inspecteur Rigby. Au gré des rencontres et des discussions, une image de la victime se précise, celle d’une femme active dans les associations de charité mais peu intégrée à la communauté de l’école. Une femme victime d’un meurtre violent dont bien des aspects restent étranges, inexpliqués. Notamment la fuite de l’assassin…

Au gré des discussions et des rencontres, on retrouve Smiley tel qu’on l’avait découvert dans l’opus précédent, circonspect, dont la physionomie n’a rien d’impressionnant et faisant même à l’occasion l’objet de la risée de ses semblables en raison de ses déboires matrimoniaux… Smiley n’impressionne pas, ce qui lui permet de devenir insistant à l’occasion, de fouiner sans pour autant attirer l’attention des uns et des autres. Il cherche à se construire une vision la plus claire possible de la situation…

Avec ce deuxième roman, tâtonnant, se cherchant encore, Le Carré se coltine avec le roman policier traditionnel, le roman à énigme historiquement attaché à la littérature de son pays. Comme un passage obligé. Il nous offre un roman loin de l’univers pour lequel il sera par la suite renommé et dans lequel il avait pourtant paru à son aise pour son entrée en littérature. Peut-être à cause de cet éloignement, on le sent gêné aux entournures, pas complètement à l’aise, cherchant un rythme qu’il ne trouve pas. Il y était pourtant parvenu dans le précédent.

Dans le même temps, il en profite pour régler quelques comptes, ou dézinguer un microcosme qu’il a fréquenté. Peut-être sa véritable motivation pour écrire cette fiction. Les professeurs des écoles privées en prennent pour leur grade, présentés comme élitistes et tenants d’un traditionalisme peu en prise avec une société en grande évolution.

Carne n’est pas une école. C’est un hospice pour lépreux de l’esprit. Les premiers symptômes se manifestent quand nous débarquons de l’Université ; une gangrène progressive de nos extrémités intellectuelles. Jour après jour, nos cerveaux meurent, notre intellect s’atrophie et pourrit. Chacun guette les progrès du mal chez les autres, dans l’espoir de les oublier en soi-même.

Au final, dans un style précis et classique, l’écrivain nous a offert une récréation dans son œuvre naissante, une intrigue un peu empesée, laborieuse, pas vraiment prenante, et une atmosphère dans laquelle on commence à discerner quelques aspects bien particuliers, en cherchant bien, de ces aspects caractéristiques qui feront de lui un auteur. A commencer par son exploration du personnage de George Smiley. Mais l’intrigue et le genre qu’il a choisi ici ne lui conviennent pas, de toute évidence. Il va d’ailleurs y renoncer et même devenir hésitant sur la place de Smiley dans son œuvre. Avant de le remettre au premier plan.

Pour asseoir et affirmer ce que son premier roman avait laissé pressentir, John Le Carré va retourner du côté de l’espionnage, confirmant de manière magistrale qu’il s’agit bien là de son univers, avec L’espion qui venait du froid.

John Le Carré, George Smiley et la mort de Fennan

En 1961, le premier roman signé John Le Carré est publié par Victor Gallancz. Il s’intitule Call for the dead. Il traverse la Manche rapidement puisqu’il est traduit par Catherine Grégoire et Marcel Duhamel en 1963 sous un titre à la signification légèrement décalée par rapport à l’original, L’appel du mort. Il paraît dans la collection “Panique” de Gallimard. Dès ce premier roman apparaît George Smiley, le personnage récurrent du romancier.

George Smiley est un homme seul, sa femme, Lady Ann Sercomb, l’a quitté pour un champion automobile cubain. C’est un homme seul à qui il ne reste que son métier, sa compétence y est reconnue puisqu’il est maintenant un ancien dans cette profession, celle d’agent secret. Recruté en 1928, il a lappel-du-mort-gallimard-1961sévi avant puis pendant la guerre dans cette fonction qui en était à ses balbutiements. Il a ensuite quitté la profession pour se replonger dans ce qui était sa spécialité, la littérature allemande du XVIIème siècle, à Oxford. Après le départ de sa femme, il fut de nouveau sollicité pour reprendre le collier et exercer désormais à Londres, fini les voyages et les couvertures.

En ce mercredi 4 janvier, en pleine nuit, il vient d’être appelé par le conseiller Maston pour une affaire sur laquelle il va devoir enquêter. Samuel Fennan vient, selon toute apparence, de se suicider. Fennan est un employé du Foreign Office que Smiley venait de rencontrer dans le cadre d’une dénonciation anonyme. Cette dénonciation, son appartenance au parti communiste alors qu’il était étudiant, étant dénuée d’intérêt, Smiley l’avait rencontré pour le rassurer, rien ne serait retenu contre lui et il pourrait continuer à exercer son métier… C’était le lundi et voilà qu’il s’est suicidé le lendemain en invoquant dans sa lettre d’adieu sa rencontre avec Smiley et la peur qu’il en avait ressenti… Smiley se rend donc sur place pour s’entretenir avec sa veuve qui confirme ce que Fennan a raconté dans sa lettre, sa rencontre avec lui l’avait inquiété. Alors qu’il s’apprête à repartir, Smiley prend l’appel téléphonique qui retentit, pensant qu’il lui est destiné… Mais il s’agit en fait d’un appel destiné à Fennan, un rappel qu’il avait sollicité la veille afin de ne pas oublier une chose importante. Le fameux appel du titre original, conséquence d’un autre appel, celui du titre français… Cette demande de Fennan remet en cause la thèse du suicide et Smiley est embarqué dans une affaire bien plus compliquée qu’il ne le soupçonnait…

Etant donnés les doutes qui pèsent sur lui et les réticences de son patron quant à la direction que prend son enquête, Smiley décide de démissionner et de mener ses investigations comme bon lui semble. Il va le faire avec l’aide d’un policier sur le point de partir à la retraite, Mendel. Tous deux se trouvent aux prises avec une intrigue aux répercutions surprenantes, une affaire d’espionnage et de contre-espionnage, impliquant les allemands de l’est et leur mission de l’Acier, une officine abritant en fait une service d’espionnage, dirigée par un ancien collaborateur de Smiley, Dieter Frey, et employant un homme prêt à tout, un certain Mundt…

C’est une histoire pleine de rebondissements mais portant avant tout sur la réflexion du personnage central, sa volonté de comprendre les tenants et les aboutissants de l’affaire sur laquelle il enquête. Smiley n’est pas épargné, hospitalisé après une agression et commençant à redouter ce Mundt. Il redoute également la confrontation avec Dieter Frey, un homme qu’il a appris à apprécier mais que les circonstances politiques et les conséquences de la deuxième guerre mondiale ont placé dans le camp opposé. Smiley, se maintenant en retrait, doute et ne veut pas qu’une erreur d’interprétation l’éloigne de la vérité…

C’est une intrigue pleine de rebondissements et dans laquelle la violence devient incontrôlable. Effrayante. Seule solution pour des hommes aux abois et au service d’une raison qu’ils ont placée bien au dessus de leur vie de mortels. Une raison qui évolue avec la société de l’époque.

Après cette première apparition, particulièrement convaincante, Smiley et John Le Carré reviennent l’année suivante avec Chandelles noires.

John Le Carré sous mes yeux

Plus vraiment sûr de la manière dont les romans de John Le Carré sont arrivés jusqu’à moi… Attendez…

Je rentrais chez moi. Et, comme plusieurs fois depuis quelques jours, une sensation de malaise s’empara de moi. Les quelques indices que j’avais remarqués à deux ou trois reprises, les quelques marques que je laissais habituellement avant de partir et qui n’étaient plus là, ne pouvaient mentir. Quelqu’un s’était introduit dans ma maison en mon absence. J’ai toujours eu la même réaction dans cette situation et c’est celle que l’on nous avait appris à avoir, je mobilisai toute la concentration dont je pouvais faire preuve, tentai de pousser ma perception à son maximum. A l’affût du moindre bruit, j’avançai. Saisissant au passage une canne, simple élément du décor pouvant être converti en arme de défense, je tentai d’éviter les lames de parquet dont je savais qu’elles trahiraient ma progression. Ma présence quant à elle ne pouvait faire aucun doute, je n’avais pas pris de précaution en me garant et en courant pour atteindre le porche.

La porte de la bibliothèque, la pièce que je prisais le plus, était entrebâillée. Impossible de douter davantage. Je la poussais un peu plus et aperçu la fumée d’une cigarette montant depuis le fauteuil qui me tournait le dos, faisant face à l’âtre. Sur l’accoudoir reposait un livre dont la couverture m’était inconnu… telle fut ma première rencontre avec l’œuvre de Le Carré…

Ou peut-être cela s’est-il passé différemment.

John Le Carré était un nom qui m’était connu. L’enchaînement de deux petits événements le fit arriver sur mes étagères. La télévision venait de rediffuser l’adaptation de L’espion qui venait du froid et je me promenai dans les allées d’une foire aux livres. Les romans d’occasion se pressaient les uns contre les autres et je m’arrêtai devant certains d’entre eux, incontournables dans ce genre d’endroit, ceux du maître de l’espionnage. J’ai depuis complété ma collection dans bien d’autres foires aux livres… ainsi en va-t-il souvent de ces “best-sellers”, comme on dit. Quand ils sont de qualité, ça devient une aubaine pour les amateurs de lectures de seconde main…

John Le Carré pris dans la Toile

John Le Carré est apparu bien avant le web mais il a été rattrapé par le réseau. La parution d’un ouvrage récent, Le tunnel aux pigeons, des mémoires, n’y est pas pour rien. Sa notoriété non plus.

A propos de ce dernier ouvrage, recueil d’histoires autour de sa vie plutôt qu’autobiographie, il y a pléthore d’articles. Hubert Artus chez Marianne en a parlé ici, Claude Grimal sur En attendant Nadeau , John E. Jackson pour Le Temps dans cet article, Philippe Lançon pour Libération dans celui-ci et, outre-Manche, Luke Harding dans celui-là, qui présente l’intérêt supplémentaire d’offrir la lecture d’un extrait d’Un traître à notre goût par Damian Lewis.

Puisqu’il s’agit d’un ouvrage biographique, vous en saurez plus sur l’auteur à travers la lecture de ces pages. John Le Carré, pseudonyme de David Cornwell, y a cédé quelques secrets.

Pour aller plus loin dans la connaissance du romancier qui a permis au roman d’espionnage de ne plus être seulement une littérature de genre, on peut consulter d’autres sites.

Dans la langue de Molière, une visite de l’endroit où il vit nous est proposée par François Busnel pour L’express. Bruno Corty parcours son œuvre pour Le Figaro. Son éditeur, Le Seuil, en marge de la parution du fameux dernier bouquin, nous offre une lecture de sa préface par John Le Carré lui-même. Et enfin, après une anecdote de Bernard Pivot concernant une cravate, on peut lire aussi un entretien accordé à François Armanet et Gilles Anquetil pour le Nouvel Obs.

Dans la langue de Shakespeare, deux entretiens de grande qualité sont publiés l’un, accordé à Philipp Sands, par le Financial Times, l’autre, accordé à George Plimpton, par The Paris Review.

Pour finir, et toujours en anglais, David Denby s’est posé la question, pour The New Yorker, de quel est le meilleur roman de l’écrivain.  Un écrivain qui comme beaucoup de ses collègues anglo-saxons possède son site officiel.

Si après ça, vous voulez encore en apprendre sur John Le Carré et surtout sur son œuvre, il vous suffit d’attendre un peu et je vous parle de mes lectures de ses romans très prochainement.

Tim Dorsey, Serge retrouve Coleman au No Name Pub

En 2005, paraît la septième aventure annuelle de Serge A. Storms, Torpedo Juice. Elle met dix ans pour traverser l’Atlantique. Dix ans ! C’est long ! Rien à voir avec ce que pourrait faire les meilleurs skippers ou ce que faisait feu le Concorde… Mais enfin, il nous arrive malgré tout dix ans plus tard, traduit comme c’est désormais l’habitude par Jean Pêcheux, sous le même titre. Celui d’un cocktail prisé par quelques personnages.

Le prologue démarre sur un non démarrage. Je m’explique, étant donnée la météo, l’histoire est retardée. C’est ce que nous dit la voix off. Elle tue le temps en nous racontant cela et en nous révélant l’information principale de ce nouvel opus, le retour de Coleman. Il avait voulu tenter sa chance à Hollywood, c’est pourquoi il avait disparu de la série, mais à la suite de son échec, il est de retour… et la réapparition de son personnage se fait avec torpedo-juice-payot-rivages-2005une explication comme d’habitude particulièrement tirée par les cheveux. Le narrateur omniscient cherchant toujours à tuer l’ennui finit par accepter ce que lui propose justement Coleman, des pillules… mauvaise idée ! Une voix off remplaçante prend donc le relais. Et l’histoire commence alors qu’un cadavre a été découvert crucifié tête en bas sur la tour aux chauves-souris.

Alors que l’US 1 est bloquée par les embouteillages, comme à l’habitude, deux flics, Gus et Walter voient les problèmes s’additionner. Les dépêches se succèdent, leur apprenant l’arrivée de personnages potentiellement dangereux. Des personnages avant tout définis par leur véhicule, en l’occurrence, une Plymouth Duster marron et une Trans Am vert métallisée. Des automobiles qui viennent s’ajouter à celle dont nous avait parlé la voix off historique avant de disjoncter, une Mercedes blanche aux vitres teintées. Sans oublier la Buick Riviera dorée modèle 71 dans laquelle prend place Coleman pour fuir le motel dans lequel il logé et dont il ne pouvait payer la note. La même Buick Riviera qui, quelques kilomètres plus loin, dépasse le Greyhound dans lequel Serge est monté avec guitare et bagage, réussissant rapidement à porter sur les nerfs de tous les passagers. C’est que Serge a décidé de percer dans la chanson, de devenir le nouveau Jimmy Buffett…

Tout ce petit monde se dirige vers les Keys. Essaie d’avancer dans le gigantesque embouteillage, sous l’œil de trois habitués du No Name Pub, Sop Choppy, Bob le comptable et Bob sans chemise.

Pour être complet dans la distribution proposée, il faut ajouter Gaskin Fussels, avocat, un parrain de la drogue ayant adopté un surnom original, Brenda et Molly, deux bibliothécaires, et des daims miniatures, emblématiques du coin…

Tim Dorsey, comme pour le précédent opus de la série, Cadillac Beach, situe l’action de ce nouvel épisode dans un endroit unique de Floride. Après Miami, ce sont les Keys. Contrairement à ce que peut laisser penser l’ouverture du roman, il n’y aura pas de voyage, pas de périple. L’unité de lieu parfaitement respectée.

… la beauté naturelle à l’état pur, la liberté sans limites et les autochtones un peu zarbis. […] … ici, personne n’est ce qu’il paraît être. Quand les gens des autres régions du pays veulent se réinventer, ils viennent en Floride. Et quand les gens de Floride veulent se réinventer, ils vont dans les Keys.”

Serge persévère dans son désir d’intégration, après avoir essayé d’accéder au monde du travail et de la libre entreprise, il a cette fois-ci décidé de se confronter à une autre grande valeur cardinale de notre société, le mariage. Pour se marier, il faut une fiancée et Serge s’attelle à la trouver, sans chercher la facilité ou la simplicité, refusant, par exemple, de se tourner vers celle qui se pâme devant lui. Il va, bien sûr, avoir d’autres soucis à gérer dans le même temps, des adeptes, Coleman, une étrange voiture qui le suit…

Tout cela, on s’en doute constitue un cocktail détonant. Et qui va détoner !

Entre un parrain qui n’en est pas vraiment un, un mariage dont les exigences sont surprenantes pour Serge, une quasi-secte qui fait de plus en plus d’adeptes…

Le monde devient décidément trop stressant. Les deux parents qui travaillent, le fric investi qui disparaît en fumée, la course aux activités extrascolaires, les week-ends passés à ne pas pouvoir finir des travaux d’aménagement qui semblaient tout simples sur la chaîne Ma Maison. On ne s’attendait pas à ce que ça ressemble à ça l’âge adulte. « Bordel de merde ! C’est toujours plus de responsabilités ! Peut-être que si je travaille un peu plus dur, ça deviendra plus facile… Eh non, c’est encore plus dur, et… Oh ! putain ! Je fais un infarctus ! »

C’est un épisode surprenant. Un épisode qui se centre, en ce qui concerne Serge, sur la recherche de l’âme sœur. Pas d’arrêts intempestifs pour des photos, pas de circuit pour revisiter l’histoire de la Floride. En parallèle, les intrigues satellites prennent également leur temps, notamment celle du trafic de drogue et de ses implications. Puis les choses s’accélèrent avec le mariage, un superbe mariage, particulièrement original, et une lune de miel à couper le souffle. La série reprend alors son cours, renouant entre autres avec ces morceaux d’histoire, populaire ou officielle. Nous aurons quand même eu le droit pour patienter à quelques épisodes savoureux, les conversations entre les deux flics et la vie de Gus que tout le monde semble connaître, l’élimination d’un cadavre particulièrement bien vue… et, en fil rouge, les démêlées de Fussels avec les autochtones et l’arrivée dans le coin d’un homme d’affaire véreux, promoteur immobilier poursuivi pour détournement mais s’en étant sorti en utilisant des comptes off-shore, un avatar de Madoff ou d’un autre, au prénom peut-être pas si innocent de Donald.

Un roman qui se clôt sur une notice typographique, comme pour deux des précédents, dans leur version française du moins. Une notice, bien entendu, détournée, décalée, humoristique. Une des marques de fabrique de Tim Dorsey. Après Orange Crush et la Leubenhoek Gothic, Cadillac Beach et la Sardonic Bold, elle nous précise que, cette fois, c’est la Kartonia Linotype qui été utilisée pour composer ce livre.

Toujours au même rythme, le huitième épisode paraît l’année suivante aux Etats-Unis et s’intitule The big bamboo. Un rythme peut-être un peu trop soutenu puisque nous l’attendons toujours par ici…

Résolutions 2017

Comme l’année dernière, mes résolutions se limiteront ici à celles que j’ai pour le blog. On pourrait même appeler ça un programme.

Je me suis presque tenu à celui que j’annonçais il y a un an.

Pour ce qui était sûr, c’est fait. J’ai fini mon parcours de l’œuvre de Harry Crews, même s’il me reste encore à faire un retour en arrière avec Les portes de l’Enfer, j’ai entamé et presque achevé celui des romans de John Harvey, j’ai effectué celui des fictions de James Salter et j’ai également pratiquement fini celui des romans traduits de Tim Dorsey. Et il y a eu un petit supplément avec John King !

Pour ce qui était moins sûr, par contre, tout reste à faire, autant pour Léo Malet que pour Ted Lewis. En ce qui les concerne, je dois avancer dans ma lecture de leurs œuvres… Peut-être feront-ils parti des nouveaux pour 2017.

A propos des nouveaux auteurs abordés en 2017, justement, il y en a quelques uns dont j’ai déjà bien entamé la lecture.

Il y aura un écossais, passé du roman classique, de la littérature blanche, puis du roman social au roman noir et ayant semble-t-il suscité quelques vocations. J’aborderai également un romancier, auteur de deux romans et ayant, juste après Dashiell Hammett, été l’une des plumes de Black Mask et l’un des premiers auteurs de roman noir. Du côté de l’Angleterre, je me pencherai sur un genre que je n’ai pas encore évoqué avec l’un de ceux qui lui ont donné ses lettres de noblesse, signant sous un pseudonyme pour ne pas dévoiler son identité alors qu’il opérait dans des services prônant la discrétion et retiré depuis du côté de la Cornouailles.

Dans les moins sûrs, il pourrait y avoir un auteur américain portant un regard acerbe sur notre société, proche d’un romancier comme Bret Easton Ellis, et dont le premier roman est devenu culte, tout comme son adaptation cinématographique. Encore moins sûr mais peut-être, un auteur d’origine irlandaise, passé par les Etats-Unis et désormais installé en Australie, je crois, dont le sujet principal est son pays d’origine, depuis quelques romans.

Et il y aura aussi sûrement au moins un ou deux auteurs de plus, un états-unien, contemporain et déjanté, basé du côté de Philadelphie, ou encore une des références du roman noir, né dans l’Oklahoma ou dans l’état de New York… Et peut-être une ou deux surprises !

En tout cas, j’espère continuer à découvrir et prendre du plaisir en lisant. Et c’est également ce que je vous souhaite pour cette année 2017 qui commence, avec la santé, bien sûr !