Craig Johnson, Walt Longmire et son premier réveillon de shérif

En 2013 est paru la dixième aventure du shérif du comté d’Absaroka, Spirit of Steamboat. Il a curieusement été traduit à la fin de l’année 2015 sous nos latitudes par Sophie Aslanides, sous le titre simplifié de Steamboat. Quand je dis “curieusement”, je ne parle pas de la traduction, mais je le dis car, dans ce livre, nous retrouvons Walt Longmire à la veille de Noël alors que nous l’avions laissé, à la fin de son aventure précédente, au début du printemps, plutôt mal en point après sa poursuite de Raynaud Shade sur les contreforts des Bighorn Moutains. C’était Tous les démons sont ici, le septième opus de la série… Où sont passés les huitième et neuvième enquêtes ?

Nous retrouvons Longmire alors que sa fille est enceinte quand son mariage prévu dans Tous les démons… n’a pas encore eu lieu (je sais qu’il est possible que l’ordre ne soit pas respecté, si tant est qu’il y ait mariage) et que l’on sait qu’il a été organisé dans As the crow flies, huitième épisode de la vie du shérif encore inédit par chez nous. Oubliés donc le printemps, l’été et l’automne, oubliée la convalescence nécessaire après Tous les démons… et a priori racontée dans Divorce Horse, opus hors enquêtes, édité spécialement en e-book (pour tous les détails bibliographiques, je me suis basé sur Fantastic Fictions, site qui me paraît assez fiable dans ce domaine). Bizarre choix éditorial, même si une explication nous est donnée en fin d’ouvrage, Steamboat étant au départ un “christmas spécial”, l’une de ces nouvelles offertes par l’écrivain à ses lecteurs à l’occasion des fêtes, devenu court roman sans que Johnson ne l’ai prévu (et proposé au prix d’un roman “normal”, soit dit en passant)… D’accord mais à partir du moment où ce roman “non planifié” a été intégré à la série, dans la vie du shérif notamment, pourquoi le publier en France sans en tenir compte ? Dommage, cela donnerait presque l’impression que ceux qui se sont attachés à Walt Longmire depuis le début ne sont pas pris en compte, d’autres lecteurs étant visés – lesquels ? -… dommage, en espérant que cela n’est pas annonciateur d’un désordre à venir…

A la veille de Noël, Walt Longmire sacrifie à ce qui est devenu une tradition pour lui à cette époque de l’année, la lecture d’Un chant de Noël de Dickens. Ceci est rendu plus facile qu’à l’habitude en l’absence de son entourage habituel, Henry Standing Bear, son Steamboat (Gallmeister, 2013)meilleur ami, tenant compagnie à une veuve, Cady, sa fille, ne pouvant se déplacer en raison de sa grossesse et Vic Moretti, son adjointe et plus parfois, étant en vacances avec sa mère. Mais, comme souvent, et ce malgré le calme susmentionné et inespéré dans le comté, un grain de sable se glisse dans les plans de Longmire. Une femme se présente à son bureau, sans que Ruby, la fidèle standardiste, ne puisse la décourager. Une femme qui semble le connaître et qui voudrait également parler avec Lucian Connally, le prédécesseur de Walt. Comme souvent, le shérif cède à la demande et rend visite plus tôt que prévu – c’était le soir de leur partie d’échec hebdomadaire – à son ancien patron. Accompagné.

Lorsqu’ils parviennent à la chambre de Lucian, non sans avoir appris auparavant un nouvel exploit de l’ancien représentant de l’ordre, une télévision victime d’un tir isolé, ce dernier n’est pas en tenue pour recevoir une jeune femme… après avoir remis sa jambe et enfilé des vêtements décents, il leur ouvre enfin. Lorsqu’ils sont tous les trois installés, la jeune femme leur donne un indice pour leur permettre de deviner son identité. Et cet indice est “Steamboat”.

Revient alors à la mémoire de Longmire son premier réveillon en tant que shérif. Fraîchement élu, il a alors été confronté à un accident de la route ayant fait deux victimes et dont la seule survivante était une enfant, brûlé au second degré et dans un état nécessitant son évacuation vers Denver de toute urgence. L’hélicoptère qui la rapatriait à Durant ne pouvant faire le trajet en raison de l’énorme tempête en cours et s’annonçant, il fut contraint de réquisitionné un ancien bombardier utilisé autrefois pour le transport d’Eisenhower. Le seul pilote capable de le piloter étant Connally, son ancien mentor, il parvint à le convaincre et à s’embarquer, Le chant de Noël dans la poche, avec Isaac Bloomfield, le médecin, et Julie Luehrman, copilote improvisée, dans un vol particulièrement périlleux à bord de cet avion rafistolé baptisé Steamboat.

Johnson s’en donne à cœur joie, mettant en scène une succession de situations plus difficiles les unes que les autres, de portes ouvertes en raison d’un système hydraulique défaillant et risquant de compromettre la consommation de carburant, en passant par des opérations sur le petit être entre la vie et la mort particulièrement risquées en raison de la succession de turbulences et d’un manque de matériel adéquat poussant à les mener dans un style “western”, jusqu’à un pilotage pas toujours académique… On est en permanence secoué.

Ce sont quelques pages qui se savourent sans qu’il y ait un véritable suspens, nous devinons très rapidement ce qu’il est advenu à chacun, ne serait-ce que parce qu’ils sont encore là pour en parler…

Johnson et son personnage récurrent sont toujours emprunts d’une grande empathie et d’une véritable humanité. Tout cela dans un style toujours aussi fluide dont la traduction n’a certainement pas à rougir.

On attend maintenant avec impatience la suite des aventures du shérif du comté d’Absaroka. Quand je parle de la suite, j’entends bien sûr un retour en arrière sur le huitième opus de la série, As the crow flies, ou le septième et demi que représente Divorce Horse, d’après Fantastic Fictions.

Résolutions 2016

Il y a des résolutions qui ne regardent que moi et qui n’auront aucune incidence sur le blog… je n’en parlerai donc pas. Il y a des réflexions que je réserve pour d’autres lieux, moins virtuels ou pas…

Je partagerai juste avec vous le programme que je pense suivre pour l’année 2016, en restant parfois vague pour ne pas subir les reproches d’engagements non tenus.

Je bouclerai prochainement mon parcours de l’œuvre d’Harry Crews, même si, quelques traductions étant encore en attente, j’y reviendrai sûrement à un moment ou un autre. Je reviendrai aussi sans doute du côté de la Floride pour la lecture d’un auteur plus déjanté que Crews. Je quitterai un peu le roman noir mais pas le polar pour m’attarder sur un romancier anglais basé du côté de chez Robin des Bois. Je continuerai de suivre le parcours des écrivains déjà présents sur le blog, bien sûr, sans toutefois coller à l’actualité des sorties, budget oblige et parce que d’autres blogs le font déjà très bien, mieux que je ne pourrai le faire. Je quitterai aussi le polar le temps d’évoquer un auteur qui nous a quitté en 2015 et dont j’ai découvert les romans récemment, un romancier, ancien pilote, ayant résidé sur la côte est des Etats-Unis et dont l’œuvre est remarquable… Voilà pour ce qui est sûr.

Pour ce qui l’est moins, je reviendrai sûrement par chez nous pour parcourir l’œuvre d’un pionnier du roman noir français, également auteur d’une série avec un détective privé parisien. Je continue également de rassembler les bouquins d’autres écrivains français, auteurs de polars ou plus éclectiques… J’irai aussi, c’est moins sûr, chez nos voisins d’outre-Manche pour parler d’un romancier important à mes yeux et trop peu souvent abordé. Il y aura aussi ceux que je n’ai pas encore découverts et avec lesquels je compte faire connaissance prochainement.

Tout cela pour une année de lecture que j’espère bien remplie et pleine de plaisirs… Je vous le souhaite également. Avec la santé, bien sûr, et tout ce qui va avec…