Marcus Malte, Besançon et le retour de Mister

En 2008, l’année suivant la sortie de  Garden of love et son succès, valant une reconnaissance méritée à son auteur, Marcus Malte revient à la novela, cette forme de roman court qu’il a déjà, à plusieurs reprises, exploré. Ça s’appelle Poser ma besace à Besac et est édité par Aéropage.

Un homme revient à Besançon, trente ans après. Trente ans après sa fuite, un départ pour le moins précipité. Trente Poser ma besace à Besac (Aéropage, 2008)ans après une sale histoire, une histoire qui n’avait pas été celle qu’il attendait. Il revient dans cette ville où certaines frontières existent toujours, ces frontières qu’il avait tenté de franchir. Il revient parce que son neveu, le fils de sa sœur, a disparu. Peut-être la même histoire que la sienne, une histoire qui, de toute façon, fera écho à la sienne. C’est le passé qu’il retrouve en même temps que le présent, une partie de son passé, pas forcément la partie qu’il a fui.

Il retrouve sa sœur, sa nièce, s’immisce dans leur vie, dans leurs vies. Et, au milieu, il y a cette absence, celle de Loïc. Ce neveu qu’il va apprendre à connaître, en creux, à travers les autres.

Il retrouve sa ville, en arpente les rues, en découvrent les nouvelles frontières, les évolutions. Obliger de frayer avec la jeunesse du présent, celle qui fréquentait Loïc. Obliger de se replonger dans ce qu’il avait plus ou moins fui…

C’est une novela prenante, touchante, que nous offre Marcus Malte. Une histoire racontée à la première personne et qui ne peut que faire écho à nos propres expériences, à notre propre découverte des relations et de ces rues difficiles à traverser, de ces autres, nos semblables, impossibles à côtoyer, parce que plusieurs mondes vivent les uns près des autres, sans se confondre, sans se mêler… Peut-être juste dans notre imagination.

Trois ans plus tard, en 2011, paraît un nouveau roman de Marcus Malte, Les harmoniques, dans la “série noire” de Gallimard. Un roman qui marque le retour de Mister et de Bob, deux personnages rencontrés dès le premier opus de l’auteur,  Le doigt d’Horace. Un duo qui avait mené une enquête en marge de l’intrigue. On avait revu Mister dans le deuxième roman de Malte, Le lac des singes puis une fois encore au cours de son incursion dans l’univers du Poulpe avec  Le vrai con maltais.

Pour le titre, Mister nous donne sa définition des “harmoniques” :Les harmoniques (Série Noire Gallimard, 2011)

Les notes derrière les notes […] Les notes secrètes. Les ondes fantômes qui se multiplient et se propagent à l’infini, ou presque. Comme des ronds dans l’eau. Comme un écho qui ne meurt jamais.

[…]

Ce qu’il reste quand il ne reste rien […] C’est ça les harmoniques. Pratiquement imperceptibles à l’oreille humaine, et pourtant elles sont là, quelque part, elles existent.

Le livre, après l’évocation d’une femme, Vera Nad, s’ouvre sur un dialogue, qui fait immédiatement penser, pour les familiers de l’œuvre du romancier, aux deux acolytes de son premier roman… Et, après quelques lignes, le doute disparaît, il s’agit bien d’eux. Sur un coup de tête, Mister, pianiste de son état, a demandé à Bob, chauffeur de taxi ne prenant pas de client, de l’emmener à la mer. Ce qu’il a fait. Sur le chemin du retour, le meurtre d’une femme, celle de la première page, est évoqué. Et Mister veut reprendre l’enquête, pas convaincu par les conclusions de celle-ci.

Ils la reprennent. Suivent ses traces, d’atelier de théâtre en atelier de peintre. Parmi les rejetons de l’ex-Yougoslavie, de cette guerre qui a notamment vu Vukovar s’effondrer. Leur recherche est entrecoupée de chapitres à part, retraçant quelques épisodes de la vie de Vera, ayant pour titre une musique écoutée, savourée, dans les pages précédentes (Wallflower, Maiden Voyage, Blue in green, Summertime, …).

Bob et Mister suivent les pas de Vera et mènent une enquête compliquée. D’autant plus compliquée que ce ne sont pas des enquêteurs professionnels. Mister, dominé par ses sentiments, s’engouffre dans tous les nouveaux indices pour changer son point de vue et voir des meurtriers en tout le monde. Bob préfère une réflexion plus cérébrale, prenant chaque piste avec des pincettes, se méfiant de tout et de tous… Ils devront chercher derrière les apparences, dans le passé, ce passé dont les ondes font encore onduler le présent. A eux deux, ils nous proposent un duo décalé, comique par instants… Même si l’histoire n’a rien de comique.

Même si l’histoire nous emmène faire un tour du côté d’hommes sans scrupule, sans amour de leur prochain, juste mus par leur soif de pouvoir et d’argent, les deux se confondant souvent. Marcus Malte nous offre une description sensible, touchante. Il ose remuer certaines réalités, nous faire part de sa vision des choses et de certaines personnes. Les politiques et leurs accointances avec le grand banditisme sont invités dans la danse…

Tout cela nous donne un roman atypique comme ceux de Malte jusqu’ici. Un roman à la prose soignée, au style tutoyant la poésie.

Les harmoniques est un roman prenant au rythme proche de ce blues du sous-titre.

Après ce roman, Malte revient aux novelas, une forme de fiction qui lui convient décidément bien.

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Marcus Malte creuse son sillon

C’est en 2005 que nous parvient Plage des Sablettes, souvenirs d’épaves, une histoire courte, une novella comme le texte précédent, Mon frère est parti ce matin, paru deux ans auparavant. Cette même année sort l’excellent recueil de nouvelles Intérieur Nord aux éditions Zulma, une lecture indispensable. Plages des Sablettes… est édité par Autrement Plage des Sablettes, souvenirs d'épaves (Autrement, 2005)dans la collection Noir Urbain dirigée par Claude Mesplède qui se voulait une photographie d’un lieu au travers du texte d’un auteur et des clichés d’un photographe. En l’occurrence, les photos sont de Stéphanie Léonard et tout tourne autour de La Seyne sur Mer, ville de Marcus Malte.

C’est une histoire différente de la novella précédente, un ton différent, une ligne droite, un seul sujet. Une journée d’un flic, Ingmar Pehrsson, qui commence sur la plage des Sablettes, tout au bout. A l’endroit où le corps de son copain, Paul, son meilleur ami, a été retrouvé quand ils n’avaient que quatorze ans. Vingt-sept ans plus tôt.

Après un prologue qui nous décrit la ville et son évolution, de manière personnelle, la vision et le ressenti d’un habitant des lieux, l’histoire démarre. Elle nous mène au long des pérégrinations du flic, il arpente les rues et ses souvenirs, à l’aune de l’événement fondateur qu’a été la mort de son copain.

C’est une histoire directe, qui se dirige sans coup férir jusqu’au présent, et à ce fait divers qui a tout changé. Pour savoir, pour comprendre et trouver le coupable, Ingmar est devenu flic. Il n’a qu’une idée en tête, qu’une affaire qui l’obnubile. C’est une narration directe, un texte court qui se lit comme ça, rapidement, mais qui reste et qui s’imprime… Si je vais un jour à La Seyne sur mer, j’y chercherai sûrement les traces, les lieux, de cette fiction. Mais je ne suis pas sûr d’aller un jour là-bas. Ce que je sais ou ce qu’il me semble, c’est que j’en ai perçu un peu de l’atmosphère.

Deux ans plus tard paraît, aux éditions Zulma, Garden of love. Et Marcus Malte nous offre un roman où il ose aller encore plus loin qu’avec les romans précédents. Où il ose aller plus loin, nous perdre dans les méandres d’une histoire et nous offrir une œuvre ô combien maltienne (?).

Maltienne parce qu’on y rencontre l’univers qu’il a développé précédemment. Et maltienne par son style, son rythme,Garden of love (Zulma, 2007) qui n’ont rien d’habituel. Un style qui vous accroche, un rythme lent, lancinant, et dont la cadence vous emporte au fur et à mesure que vous vous enfoncer dans l’histoire. Une histoire maltienne.

Je ne vais pas vous résumer l’intrigue, elle l’a été cent fois et elle ne peut l’être vraiment, jouant sur les effets de miroir, sur les confusions, sur la rencontre du passé et du présent, des souvenirs qui hantent et finissent par envahir. Sur des fardeaux trop lourds à porter.Sur la force de l’écrit.

Comme pour La part des chiens, tout n’est pas clair, on ne sait pas toujours ce qui meut les personnages, vers quoi ils s’aventurent. Comme Plages des Sablettes, on suit un flic désabusé, marqué par un événement passé, cherchant dans le présent une explication et rattrapé par ce qu’il fuyait jusque là. Comme pour Carnage, constellation, il y a des êtres en marge, étrangers à la société, tellement peu acclimaté aux autres…

C’est un roman qui marque pour peu que l’on se laisse emporter par son rythme si particulier, si lent. Un roman qui ne joue par sur le suspens mais sur une étrange adéquation entre l’intrigue et les personnages, leurs pensées, leur passé, un peu à la manière de Et tous les autres crèveront.

Ce roman n’est pas un résumé des œuvres précédentes, il ose s’aventurer aux frontières du fantastique, plus loin, ailleurs que les autres et nous emporte partout où il passe pour peu qu’on n’attende pas un roman formaté en l’ouvrant. C’est un roman noir mais pas un polar comme on en croise à tous les coins de rue. C’est un roman qui ne ressemble à aucun autre bien qu’il charrie des histoires et des personnages comme on aurait pu en croiser…

C’est un roman qui touche et vous laisse quelques images, différentes d’un lecteur à l’autre, une maison abandonnée, pour ma part, une belle-sœur à l’écoute, si précieuse, et exerçant un métier qui fait envie, etc…

Mais surtout, quand vous l’ouvrez, ne tenez pas compte de ce que vous aurez pu en lire ici ou là. Laissez-vous aller. Laisser vous faire.

L’œuvre de Marcus Malte va se poursuivre, va enrichir l’univers qu’il nous propose. Et va voir le retour de Mister

Marcus Malte explore

Alors qu’il s’est lancé depuis quelques années dans le roman jeunesse, Marcus Malte poursuit son exploration de la fiction et de son univers. Exploration, approfondissement, à l’image du roman pour ados intitulé Scarrels (2008) où il reprendra l’idée du Tony de  Et tous les autres crèveront.

En 2003 est publié La part des chiens aux éditions Zulma.

Après avoir exploré un genre puis ses personnages, il semble que Malte veuille explorer un univers… Un univers dans lequel vont s’ébattre ses personnages, l’explorant dans tous les sens. Mais ce n’est pas seulement un univers qu’il nous La part des chiens (Zulma, 2003)donne à lire, c’est également une fiction gravitant autour d’individus qui vont nous la conter. Une fiction qui naît de l’univers et des personnages.

Deux hommes arpentent une ville… Deux hommes liés, à la recherche d’une femme. Pour la retrouver, ils passent par bien des endroits et se souviennent de bien des choses.

Ce qui marque, ce qui m’a marqué dans cette lecture, c’est donc cet univers que j’évoquais. Nous sommes dans une ville, une atmosphère, qui nous portent, nous emportent aux limites du réel. Et nous vivons cet univers au travers de personnages qui ont un but, une histoire, des secrets que l’on ne perçoit qu’au fur et à mesure. Zodiak et Roman cherchent Sonia. Il leur manque quelqu’un, comme dans un conte. Et nous allons à leur suite découvrir un parcours qui passe, comme dans les contes, par des épreuves.

Nous sommes dans une atmosphère de conte, un conte noir.

Le style de Marcus Malte nous emmène. Il pourrait nous emmener n’importe où, comme ses personnages, tant il est singulier, envoutant… Tant il nous ramène à cette époque, plus ou moins lointaine, des contes de notre enfance. Ceux qui nous captivaient et nous effrayaient tout à la fois… Dans le noir, au bord de la nuit.

La même année paraît une novella. Une de ces histoires se situant entre la nouvelle et le roman, un format que Marcus Malte pratique régulièrement depuis. Et commence à explorer pour l’occasion. Le titre en est Mon frère est parti ce matin….

Avec cette histoire courte, Marcus Malte revient sur le territoire qu’il avait exploré avec Le vrai con maltais, celui de Mon frère est parti ce matin... (Zulma, 2003)l’humour. Un humour emprunt d’humanité puisqu’il décrit un homme ordinaire, ayant une envie toute personnelle, et qui va devenir une attraction bien malgré lui. Cette histoire singulière tournant autour d’un héro singulier est une cousine de celle que Franz Bartelt peut également nous offrir.

Charles B. décide un beau jour de ne plus sortir de chez lui. Il ne s’agit pas d’un coup de tête mais bien d’un choix mûrement réfléchi. Et Marcus Malte décline les réactions autour de lui. Réactions avant tout causées par l’incompréhension. Et l’imagination. Charles B., enfermé dans sa maison, ignorant tout de l’agitation extérieure, devient un symbole… le symbole d’une société qui se cherche des icones.

Marcus Malte réussit là un petit livre distrayant et savoureux.

Avant la publication de Garden of love, ce livre qui l’a fait connaître plus largement, une autre novella paraîtra… Nous en reparlerons dans pas longtemps.

Marcus Malte à la marge

Avec ses deux romans suivants, entrecoupés par une récréation, Malte resserre la focale. Il resserre son histoire sur deux personnages et sa fiction se déroule sous leurs yeux.

Carnage, constellation poursuit l’œuvre de l’écrivain sur le même rythme qu’avant, un roman par an. Il paraît au Fleuve Noir en 1998.

Avec celui-ci, un cap est franchi. Ce que l’on avait entrevu, notamment avec le précédent, Le lac des singes, se confirme, Carnage, constellation (Fleuve Noir, 1998)Malte évolue à la marge. Il poursuit des personnages qui gravitent à la limite. A la limite de notre société. Comme nous le voudrions tous plus ou moins, mais ceux-ci en sont des archétypes. Malte les poursuit en les suivant au gré d’une intrigue resserrée sur eux. Contrairement à ses deux premiers livres, les personnages ne gravitent plus autour d’une intrigue comme dans la plupart des romans que nous ouvrons mais c’est bien une intrigue autour de personnages. Je ne sais pas si je me fais bien comprendre mais c’est la sensation que m’a donné la lecture de ce roman… Elle s’est confirmé ensuite. Nous suivons des personnages et leur trajectoire.

Cette évolution est marquée également par ce choix de prendre des individus en marge. Au risque de nous proposer des sujets sur le fil. A la limite du casse-gueule. Jugez plutôt.

Nous avons d’un côté Césaria. Orphelin à 14 ans, il a choisi (mais était-ce un choix ?) de vivre sa vie autrement. De changer, de devenir Césaria. Ça ne s’est pas fait en un jour. Elle a d’abord croisé Casper avant de réussir à vivre seule, à s’auto-suffire. Césaria se prostitue et en vit. De l’autre côté, il y a Clovis, qui sort tout juste de prison et a une revanche à prendre, une vengeance à assouvir…

Des personnages à la limite. En marge. A la limite de la caricature, aussi. Marcus malte les rend vivant, ne tombe jamais dans l’exagération, dans le bien pensant. Il veut voir vivre ses personnages et c’est ce qu’ils font, sous nos yeux.

La trajectoire de ces deux-là va se croiser, se confondre. Fusionner. Sans perdre d’élan… Tout en ne devenant qu’une et prenant la force que ça peut donner, elle fonce inéluctablement vers son explosion.

C’est un roman cru, un roman fort qu’a écrit Marcus Malte, même si la fin m’a moins emporté. Même si quelques à-côtés m’ont moins plu, comme cette araignée qui parasite parfois la progression de l’intrigue. Un roman tragique, heureux jusqu’au malheur ultime. Un roman qui embarque ses personnages et ceux qu’ils croisent vers une fin sombre, sanglante.

Un roman à l’univers plus personnel, moins convenu que les précédents. Si tant est qu’ils étaient convenus. Un roman au style plus affirmé, plus poétique.

Après ses années Fleuve Noir, Malte va voir ailleurs. Il s’offre une récréation en faisant étape chez Baleine. Le vrai con maltais paraît en 1999 et constitue une aventure de la série du Poulpe. C’est un roman clin d’œil à toute une imagerie du polar.

Un roman clin d’œil qui s’offre quelques invités prestigieux dans les seconds rôles, Hammett, Malet, Burma, Bogart et les chevaliers de l’ordre de… Malte ! C’est une respiration dans l’œuvre de l’écrivain, une respiration qui affirme son Le vrai con maltais (Baleine, 1999)humour, son amour des certains anciens, de certaines fictions devenues légendes pour les afficionados.

Ça commence chez un milliardaire ou au moins multimillionaire, ça continue à Paris en étant passé par Hollywood, et ça embarque le Poulpe au passage. Pourtant Gabriel Lecouvreur n’aspire qu’au repos, à un repos bien mérité dans les bras de sa Cheryl de coiffeuse. Mais, c’est sans compter sur sa manie d’attirer les histoires les plus rocambolesques.

Le faucon de Malte, celui de Hammett, refait surface et va provoquer quelques morts violentes, quelques poursuites et luttes entre bons et méchants. Le poulpe n’en croit pas ses yeux quand il croise les personnages évoqués plus hauts et nous prenons plaisir à cette histoire invraisemblable et, au final, joyeuse.

Après son escale chez Baleine, Malte s’installe du côté des éditions Zulma. C’est en 2001 qu’est publié Et tous les autres crèveront. C’est de nouveau un roman noir mais d’une noirceur différente. Un roman qui s’attache à deux personnages aux trajectoires parallèles et sécantes.

Les points de vue alternent dans ce roman, point de vue de Tony et de Sylvie. Points de vue au présent et retour sur le Et tous les autres crèveront (Zulma, 2001passé, de chacun, alternativement aussi. On suit l’intrigue tout en comprenant petit à petit comment tout en est arrivé là.

Ça commence violemment et ça se poursuit au long de la trajectoire de chacun. Des histoires de vie qui pourraient paraître simples, classiques et qui se révèlent sordides par moment, heureuses à d’autres… Oui, finalement, des histoires classiques car pas si éloignés des nôtres, même si les deux individus choisis sont une nouvelle fois en marge. Par choix ou non. Ce sont des individus aux prises avec leur malaise, leur inadaptation à la société, à son évolution, à son inhumanité. Des personnages si humains…

Et tous les autres crèveront est un roman simple, sans fioritures. Un roman d’une grande profondeur, un roman qui prend, qui touche, sans que tout soit expliqué… Sans que les trajectoires qui avaient commencé avant ne s’achèvent avec la lecture. Ça peut être frustrant pour certains mais, pour d’autres, comme moi, se dire qu’on a suivi un temps le chemin des deux protagonistes, qu’on les a accompagnés, peut être suffisant.

Le style de Marcus Malte est une fois de plus à la hauteur, un style singulier, proche du réel. Précis, simple et poétique… Un style qui vous pousse à le lire encore

Marcus Malte, Mister, Bob, Baptiste et les autres

Comme il le raconte dans le texte qui le présente sur le site des éditions Zulma que j’ai déjà évoqué, Marcus Malte s’est d’abord essayé au cinéma (“plutôt doué”) puis à la musique (“pas doué”) avant d’en venir aux romans… Il écrivait déjà depuis pas mal de temps mais le cap qui mène à l’œuvre éditée n’était pas encore franchi. Il le fut dans les années 1990.

En 1996, les éditions Fleuve Noir publient le premier roman de Marcus Malte, Le doigt d’Horace.

C’est un premier roman fidèle à ses aînés, une sorte d’hommage au roman noir. Au roman noir français tout particulièrement. Le style est enlevé, digne des anciens qui ont balisé la route jusque là. C’est en même temps un polar Le doigt d'Horace (Fleuve Noir, 1996)atypique, original, puisqu’il propose de suivre plusieurs personnages dont certains n’ont rien à voir avec l’événement qui ouvre le roman. Ces protagonistes sont aux prises avec leur propre histoire, leurs propres interrogations et tout ceci va se mêler à l’intrigue au fur et à mesure. Certains personnages apparaissent, disparaissent puis reviennent pour ponctuer certaines scènes, je pense notamment à cette femme effrayée par les deux acolytes en taxi et qui va croiser la route des autres personnages à un moment ou un autre…

C’est au départ une intrigue classique, ou qui pourrait l’être, un député est tué chez lui. Pour faire les choses en grand, il est tué dans l’explosion d’une bombe qui expédie également dans l’autre monde sa femme et sa secrétaire. Nous avons suivi les trois livreurs de bombe et compris petit à petit leur rôle dans l’attentat, le pourquoi de leur présence. Qu’eux-mêmes ne percevaient pas complètement. Sauf pour l’un d’entre eux. Ce dernier se lie au cours de la nuit suivante à un duo, Mister et Bob, un pianiste et un chauffeur de taxi qui ne prend plus de client. Ces deux-là, quand ils comprennent l’implication de leur nouvelle connaissance dans l’événement qui secoue la France entière, vont mener leur enquête…

La place est faite aux seconds rôles. Ceux qui sont en marge de l’histoire, ceux que l’on ne ferait que croiser dans un polar se voulant efficace, se voulant thriller. Ici, nous nous attachons aux gens, à leur histoire et l’intrigue, celle du polar, est un prétexte pour les croiser, s’attarder sur eux… S’attarder sur quelques autres individus en marge qu’ils vont croiser à leur tour, s’attarder sur quelques situations à la lisière de l’intrigue…

Nous aurons quand même le droit à une conclusion en forme d’apothéose mais avec l’impression que ce n’est pas ce qui a le plus intéressé l’auteur quand il l’a imaginée.

Un an plus tard, Marcus Malte récidive. Le lac des singes est édité par Fleuve Noir, à nouveau.

Il récidive en écrivant une nouvelle aventure de Mister… sans Bob, cette fois.

Nous sommes au mois d’août, saison creuse à Paris pour les pianistes de boite de jazz. Mister est au chômage forcé, partiel. Un trompettiste, Baptiste, qui a monté son propre quartet le contacte pour suppléer à la défection de son Le lac des singes (Fleuve Noir, 1997)pianiste, défection due à un poignet cassé. Voilà donc Mister parti pour Evian, ville de cure au bord du lac Léman. Ville de cure et de casino où se produit le quartet.

Mister arrive avec la chaleur qui a jusque là fait défaut. Il arrive également au milieu d’une hécatombe, quatre clients ayant touché le pactole à la roulette sont passés de vie à trépas de manière soudaine et criminelle. Une balle, une seule, en plein front. La quatrième victime s’est écroulée sur les marches du casino la nuit précédant l’arrivée de Mister dans cette ville pas si tranquille.

Marcus Malte nous propose une galerie de personnages, de Mister au commissaire, en passant par un client chanceux, un magicien particulièrement doué de ses mains, un chauffeur de taxi… Mister navigue parmi eux en se posant de plus en plus de questions, questions qui finissent par l’obnubiler, à l’instar du commissaire.

C’est une nouvelle fois une intrigue qui pourrait paraître classique mais à laquelle Marcus Malte fait subir un léger décalage, qu’il bouscule suffisamment pour qu’un univers apparaisse. Un univers pas vraiment classique, un point de vue original… Le genre de point de vue que peut proposer un artiste, que l’on attend de lui.

Le style contribue à cette originalité, un style qui laisse les dialogues se développer, direct et poétique… Qui offre une profusion de personnages, une galerie.

Marcus Malte a fait ses gammes, cherché un style, avec ces deux premiers romans. Il a exploré un genre, s’est familiarisé avec ses codes. Il l’a respecté pour mieux s’en affranchir, s’en détacher tout en y restant attaché. Il va aller plus loin, continuer son exploration de la fiction et des méandres de l’âme humaine, les approfondir. Prendre une autre dimension.

Marcus Malte dans mes mains

Il faut bien le dire certains écrivains ne sont pas si simples à aborder. Il y en a dont on se méfie, que l’on évite pour diverses raisons, bonnes ou mauvaises. Marcus Malte a fait partie de ceux-là pour moi. Pourquoi ?

Marcus Malte est un auteur reconnu, à travers mon parcours à sa suite sur la toile, nous l’avons vu. C’est un auteur en vue. Un auteur multirécompensé… Et c’est là que le bât blesse. Je me méfie souvent, c’est plus fort que moi, je ne peux pas m’en empêcher, de ceux que l’on encense. Je ne m’en méfie en me disant qu’ils ne le méritent pas mais que les avis existent, qu’il est impossible de les éviter, qu’il est difficile de ne pas tomber dessus, ne serait-ce que par inadvertance. J’ai du mal à lire un livre quand les avis sont si nombreux, du mal à me dire que je pourrais m’en détacher pour me faire le mien propre. C’est possible, juste une histoire de volonté. Mais dans ces cas-là, j’attends avant de me pencher sur cet auteur reconnu… à la limite du consensuel…

Entendons-nous bien, je n’ai rien contre le consensuel. J’y apporte ma pierre puisque je ne vous parle ici, sur ce blog, que des auteurs que j’apprécie, des auteurs qui me marquent. Je n’ai rien contre le consensuel, quoi que… Le consensus peut être mou, plaire au plus grand nombre peut nécessiter de savoir contenter tout le monde, même ceux qui s’opposent. De chercher le plus petit dénominateur commun et de ne pas aller bien loin, de ne pas oser trop, au final. Ce n’est en aucun cas vrai pour Marcus Malte. Il a vécu cet accident dont m’avait parlé Franz Bartelt quand il m’avait reçu pour un entretien lisible sur Pol’Art Noir.

Comment en suis-je arrivé à lire Marcus Malte ? Tout simplement parce que j’en avais envie et que les circonstances, certaines circonstances, m’y ont poussé.

J’en avais envie parce que les critiques que j’avais lues (la curiosité se maîtrise difficilement) insistaient sur le style, l’originalité, un univers si différent. Et puis… Et puis, peu d’écrivains se déplacent jusque dans ma ville et comme je suis casanier, ne voyageant que par mes lectures ou presque, quand il en vient un, j’essaie de ne pas le rater. Et, tant qu’à écouter parler un écrivain de ses romans, autant l’avoir lu avant ou les avoir lus…

J’ai donc lu Marcus Malte pour cela. Commençant par un autre roman que celui qui était récompensé sur le moment, enchainant avec un recueil de nouvelles, continuant finalement avec ce fameux roman, mais en ayant cette fois un avis sur le bonhomme, me l’étant forgé au travers d’œuvres moins connues.

Et franchement, Marcus Malte vaut le détour. Le lire vous emmènera ailleurs, son style travaillé est un plaisir…

Je n’essaierai pas forcément de vous convaincre, faites-vous votre avis par vous-mêmes. Ce que je vais maintenant faire, c’est évoquer mes lectures de ses romans, ceux pour adultes, en tentant de vous dire pourquoi ils m’ont plu, en quoi ils m’ont marqué.

Marcus Malte en ligne

Avant d’aborder l’œuvre de Marcus Malte et ma lecture de ses différents romans, penchons-nous sur sa présence sur la grande toile mondiale ou plus modestement sur son versant francophone.

Marcus Malte est un auteur encore jeune mais à l’œuvre déjà conséquente et commentée de la même façon (conséquente). De nos jours, on peut apprendre pas mal de choses sur un écrivain en parcourant les sites qui en parlent même si la meilleure manière de le découvrir reste d’ouvrir l’un de ses bouquins et de se plonger dans sa prose, de découvrir ce que son imagination veut bien nous conter.

Marcus Malte, dont vous apprendrez très vite qu’il ne s’agit pas de son vrai nom (il se nomme en réalité Marc Martiniani), est né en 1967 et à commis pas mal de romans. Je vous en reparlerai d’ici peu. Si, en attendant, vous voulez en apprendre plus sur le bonhomme, il ne vous reste plus qu’à parcourir la toile et à vous pencher, entre autres, sur les quelques sites ou pages que je vais énumérer maintenant.

En quelques romans, Marcus Malte a réussi à marquer, il est parvenu à intéresser, à captiver, un grand nombre de lecteurs. Ceci se vérifie au travers de tous les textes qui lui sont consacrés et que l’on peut parcourir. Je ne vais pas tous les passer en revue, ça serait particulièrement fastidieux. Je vais me contenter de ceux qui l’évoquent lui ou lui et son œuvre mais pas les articles évoquant l’un ou l’autre de ses livres. L’occasion de passer en revue quelques sites qui valent le détour.

Pour témoigner de l’étendue des lecteurs qu’il touche, plusieurs salons ou festivals lui consacrent un texte parce qu’il les a visités à un moment ou un autre. Parmi eux, le salon du livre de jeunesse d’Agen et le festival Toulouse Polars du Sud. Marcus Malte écrit pour la jeunesse et est prisé par les polardeux. C’est un auteur abordable qui se rend disponible, on peut le vérifier au travers d’un entretien accordé au site Encres Vagabondes ou de comptes-rendus de visites, à la médiathèque du pays de Redon et au collège Stendhal de Besançon, par exemple.

Malte écrit donc pour la jeunesse et pour les adultes mais il écrit aussi pour la radio, en témoigne cette page recensant, sur le site de France Culture, les émissions dans lesquelles il apparaît d’une manière ou d’une autre.

Pour en terminer avec ce tour d’horizon qui, finalement, nous donne une idée de l’auteur, pourquoi ne pas évoquer ces sites qui valent le détour à bien des titres, tel que Ricochet qui se penche si bien sur la littérature jeunesse. Ou tel que l’Ours polar qui nous propose un portrait et un entretien. Enfin, Polar addict passe en revue une partie de l’œuvre de l’écrivain et c’est vraiment intéressant…

En guise de conclusion, Malte étant très disponible, on peut croiser ici ou là des endroits où il parle de lui de manière directe, comme sur le site d’un de ses éditeurs, Zulma. Et il y a même un site qui lui est consacré entièrement… à parcourir en attendant que j’y revienne.