Tim Cockey à l’ouvrage

Tim Cockey est un écrivain qui s’amuse, qui ne se prend pas au sérieux. Il y en a d’autres, bien sûr, des tas, mais lui le fait avec légèreté. Il n’est pas le seul, bien entendu, mais il fait parti de ces écrivains, pas si nombreux finalement, qui parviennent à nous faire passer leur plaisir, leur envie de s’amuser, de nous amuser…

Cockey est arrivé en 2000 sur la scène polardeuse avec un premier roman réjouissant, léger. Avec un ton bien à lui. Alors, c’est vrai que ça peut parfois paraître vain, un ton si léger peut s’envoler, nous lasser, mais l’humour dont fait preuve l’écrivain nous tient, nous fait continuer, juste pour le plaisir de sourire, de pouffer pour ne pas rire.

Hitchcock Sewell est croque-mort et possède l’élégance de ne pas se prendre au sérieux, le bon goût d’être la première cible de ses saillies, d’aucuns appelleraient cela le véritable Le croque-mort a la vie dure (2000)humour, celui tourné vers soi. Hicthcock ne se prend pas au sérieux mais, finalement, il ne prend pas grand-chose au sérieux et traverse ainsi la vie et les épreuves avec une telle nonchalance, une telle façon de ne pas s’y intéresser plus que ça, juste en passant, que le danger glisse sur lui. Le bouscule, le malmène, sans jamais le toucher vraiment… physiquement s’entend. Car au niveau du moral, du psychique, on peut dire qu’il n’est pas épargné et c’est peut-être ça qui fait de lui cet être en retrait, détaché, difficile à toucher. Une manière de se préserver. Mais quand il plonge, il plonge.

Dans ce premier opus, Le croque mort a la vie dure (The hearse you came in on), c’est à la suite d’une demande bien particulière qu’il se trouve embarqué dans une drôle d’histoire… Une jeune femme vient lui demander d’organiser son enterrement. Une jeune femme bien vivante pourtant. Et Hitchcock qui, malgré ce flegme qui pourrait faire de lui un parfait sujet de sa majesté, ne demande finalement qu’à être séduit va se laisser embarquer…

J’en ai fait une chronique sur (ô surprise !) Pol’Art Noir.

Un an plus tard, Cockey remet ça. Hitchcock Sewell revient dans de nouvelles aventures. Pour nous apporter cette détente que nous prisons tellement.Le croque-mort préfère la bière (2001)

Le croque-mort préfère la bière (Hearse of a different color) nous conte les mésaventures de Hitchcock, une nouvelle fois victime de son romantisme. C’est Hitch lui-même qui nous raconte comment il se laisse emporter par un joli minois… celui d’une défunte déposée à sa porte alors que le blizzard fait rage sur Baltimore. Après avoir navigué au sein du monde politique un an plus tôt, il gravite, cette fois, dans les milieux huppés de la ville, pas plus reluisants que ceux qu’il avait fréquentés précédemment. Et si proche de milieux beaucoup moins favorisés…

J’en ai également parlé sur Pol’Art Noir, allez-y voir.

En 2002, arrivent sur les gondoles états-uniennes les troisièmes péripéties de Hitch, Le croque-mort à tombeau ouvert (The hearse case scenario).

Le croque-mort à tombeau ouvert (2002)Cette fois, notre croque-mort favori vole au secours d’une pauvre femme éplorée (c’est vrai qu’il a tendance à le faire souvent), une de ses meilleures amies, accusée du meurtre d’un certain Calmar Martin. Cette fois, il va balader sa grande carcasse dans les boîtes de nuit de sa ville, Baltimore. Cette ville est un personnage à part entière des romans, comme souvent chez d’autres, on y sent un attachement sincère de la part de Hitch autant que de Cockey, tous deux originaires de la cité… Dans cette intrigue, un nouveau personnage débarque, au côté des acolytes habituels de notre héro. Alcatraz, son chien, Julia, son ex-femme, Billie, sa tante et associée, sont rejoints par un détective privé improbable, particulièrement abimé, Pete Munger. Et Cockey s’amuse avec cette composante incontournable des polars classiques comme il s’amuse dans chacune de ses intrigues avec les passages obligés du genre.

Toujours au même rythme d’un roman par an, le roman suivant débarque, Le croque-mort est bon vivant (Murder in the hearse degree).

Comme pour les précédents opus, Hitch se laisse embringuer dans une sale histoire pour les beaux yeux d’une femme… Une femme qu’il a bien connue, intimement. Notre croque-mortLe croque-mort est bon vivant (2003) va devoir se débrouiller, se dépêtrer d’une bien sale affaire, une affaire sordide comme les précédentes et touchant une fibre peut-être plus sensible pour certains.

Après toutes sortes d’endroits, des sphères différentes de la société états-unienne, voilà Hitch qui s’approche de la religion et de son traitement outre-Atlantique, un pan de son traitement, celui qui mêle étroitement mercantilisme et spiritualité au point de ressembler parfois à une secte… ou d’en être.

Bien que sérieuse, l’intrigue est agrémentée de moment de détente, bien sûr. Tout au long de l’histoire, Hitch doit aussi faire avec Pete Munger, ce nouveau boulet dans sa vie…

Cockey s’amuse du désespoir sans le dénigrer, il adopte une attitude distanciée qui ne retire aucune gravité au monde qui est le nôtre…

Cockey et Hitch achèvent leur parcours avec un dernier volume, Le croque-mort enfonce le clou (Backstabber). Je ne sais si c’est le fait de savoir qu’il n’y en aurait plus après mais j’ai Le croque-mort enfonce le clou (2004)moins apprécié cette ultime aventure. Est-ce parce que, cette fois, c’est un homme qui demande au croque-mort de voler à son secours, un homme et non une femme ? Non, je ne crois pas. Est-ce à cause de la bourde de l’éditeur qui nous annonce en quatrième de couverture la mort de la séduisante et peu farouche ex-femme de Hitch ? Peut-être mais pas seulement. Julia ne meurt pas et l’histoire aborde un autre pan de notre société, celui du sort que l’on réserve aux personnes âgées.

C’est toujours traité comme ça, presque en passant… Presque. Cockey prend peut-être moins de distance avec son sujet ou lui offre un aspect plus sérieux, je ne sais pas. Peut-être qu’il a éprouvé une certaine lassitude et que c’est une des raisons qui en fait le dernier opus de la série… Toujours est-il que Cockey a ensuite arrêté et Hitch n’est plus réapparu.

Quand je dis que Cockey a arrêté, ce n’est pas tout à fait vrai, déjà peu visible sur la Toile française, il a trouvé un moyen d’en disparaître quasiment complètement en changeant de nom et en changeant d’éditeur… Tim Cockey est devenu Richard Hawke et aucun lien n’est fait entre les deux sur les quatrièmes de couv’ du nouveau venu…

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Tim Cockey et ma bibliothèque

J’ai d’abord entendu parler de Cockey sur la Toile aussi curieux que cela puisse paraître, je dis ça après avoir constaté son peu de présence en ligne… Mais il s’agissait d’un endroit quelque peu dynamique, un lieu d’échange où les gens partageaient leur passion pour le polar. Je me souviens que deux des membres du forum, car il s’agissait bien d’un forum, avaient évoqué cet auteur, son humour et le bien que pouvait faire ses livres. Mais ma vraie rencontre avec le monsieur se passa quelques temps plus tard. J’avais noté dans un coin de ma tête son nom mais c’est parfois tellement le bazar là-haut qu’il aurait pu s’y perdre à tout jamais. C’est par un biais tout différent qu’il est arrivé jusqu’à moi.

Après Robin Cook et Hugues Pagan connus et lus véritablement grâce à un forum, après Bret Easton Ellis et ses passages télévisés (j’en reste convaincu), cette fois, Cockey est arrivé dans mes mains par une autre voie plus classique, moins virtuelle ou éloignée, c’est en effet un membre de ma famille qui me l’a prêté… Mon frère pour tout vous dire, son boulot lui laissant parfois du temps entre deux escales, entre un aller et un retour à travers l’Europe… Je vous laisse imaginer ce qu’il fait, mais, en tout cas, obligé d’attendre dans un aéroport (un nouvel indice !) ici ou là, il lit et est tombé il y a quelques temps déjà sur ce fameux monsieur. La suite a suivi à la maison, du coup, nous n’avons pas le premier de la série mais tous les autres… Enfin bref, voilà un autre biais de passation de lectures, si répandu il y a quelques années.

Comme vous vous en doutez, ce fut un plaisir, nous avons lu la suite avec gourmandise et nous n’avons pas laissé tomber cet auteur même quand il a décidé de se donner encore plus de chances de perdre ses lecteurs… Je vous en dirai plus la prochaine fois, sur ses livres et ce qu’il est devenu

Tim Cockey et la Toile

Cette fois, je vais vous parler d’un auteur qui ne déplace pas des montagnes, qui ne postule pas au titre de plus grand auteur de sa génération dans son genre, non, je vais vous parler d’un auteur qui nous a proposé une œuvre sympathique, distrayante. C’est d’ailleurs parfois tout ce que l’on demande à un livre. Tim Cockey pourrait être notre voisin (enfin pas le mien, disons plutôt le vôtre parce que le mien… mais ça n’est pas le sujet), ce type qui vous dit bonjour avec le sourire, qui vous donne envie de rire parfois avec ses bons mots peut-être un peu faciles mais si drôles (bon, c’est vrai, je fantasme sûrement un peu sur le voisin, mais faut dire que mes références. Non, j’ai dit non, je ne glisserai pas sur cette pente !). Bref, Cockey nous a offert une série distrayante avant de passer à autre chose…

Je trouve cette série agréable. La série du croque-mort Hitchcock Sewell, tout un programme. Je le concède, « agréable » n’est pas à franchement parler un compliment que l’on recherche quand on écrit, mais la sienne l’est, agréable, et, j’ose le croire, sans prétention.

Avec tout ça, cet humour qui est le sien et tout le reste, on pourrait s’attendre à ce que ses polars légers aient fait leur trou, à ce que le monsieur, ce monsieur Cockey, soit assez présent sur les différents sites. Aussi, quelle ne fut pas ma surprise de constater qu’il n’était pas très visible sur la Toile française… Voilà pourquoi je parle de lui, pourquoi je vais feuilleter son œuvre avec vous dans quelques jours et pourquoi je vais parcourir rapidement les endroits où il est évoqué en ligne.

Polars pourpres nous propose une biographie de l’écrivain, ici, aussi succincte que ce que Wikipédia nous en dit. Il faut aller voir du côté de Polars au féminin pour trouver un article plus étoffé ou lire ce que j’avais tenté de dire du monsieur sur Pol’Art Noir. Et c’est à peu près tout… Si vous voulez aller plus loin, il vous faudra reprendre votre anglais et l’approfondir en visitant le site de Cockey qui est ce qui nous est donné de plus fouillé sur le romancier, avec quelques souvenirs assez drôles sur ses débuts dans l’écriture.

Je vous parlerai très prochainement de ma rencontre avec sa série.