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Keigo Higashino, du lapin de la lune au chiot qui doute dans le bazar Namiya

Le huitième des romans traduits en français de Keigo Higashino paraît au Japon en 2012. Sa traduction par Sophie Refle débarque chez nous en 2020. Un an après le troisième opus des enquêtes du professeur Yukawa dans notre langue, L’Equation de plein été, c’est un roman indépendant qui nous arrive cette fois. Intitulé Namiya zakkaten no kiseki dans la langue de Mishima, il devient Les Miracles du bazar Namiya ici.

Trois jeunes voleurs sont tombés en rade, la voiture qu’ils ont volée pour accomplir leur méfait est en panne, plus de batterie. Connaissant très peu l’endroit où ils sont et après une brève dispute sur savoir qui est responsable de leurs déboires, ils décident de se réfugier pour la nuit dans un bazar repéré par Shota lorsqu’il a reconnu le coin.
Une fois à l’intérieur, les sensations qu’ils éprouvent sont étranges. Impossible à définir clairement mais étranges. Alors qu’ils font le tour de l’endroit, un bruit attire leur attention, une lettre vient d’être glissée sous le rideau de fer. Après quelques hésitations et comme l’endroit semble abandonné, ils décident de l’ouvrir. Il s’agit d’une lettre signée « le lapin de la lune » et qui est une demande de conseil. En effet, elle se trouve dans une situation difficile, tiraillée. Sportive de haut niveau, elle doit mettre toutes les chances de son côté pour accomplir son rêve, celui de participer aux Jeux Olympiques dans sa discipline, mais dans le même temps, l’homme qu’elle aime va bientôt mourir et elle voudrait à ses côtés. Les trois amis, Shota, Kohei et Atsuya discutent, se disputent sur la meilleure réponse à faire à cette demande. Ils ne prennent pas de gant pour donner leur avis et vont glisser leur réponse dans la boite à lait du magasin, juste à l’extérieur. Alors qu’ils viennent juste de refermer la porte, une nouvelle missive tombe du rideau de fer.
Petit à petit, ils comprennent que « lapin de la lune » ne vit pas à la même époque qu’eux mais quelques trente ans plus tôt, ils réalisent également que le temps ne passe quasiment pas quand ils sont enfermés dans le bazar, quand ils ouvrent la porte, l’écoulement des minutes et des heures redevient normal.
Après leurs échanges passionnés avec le lapin, nous suivons cette fois une musicien qui se produit dans des fêtes organisées pour un public en particulier, souvent des enfants puisqu’il s’est fait une spécialité et un répertoire de chanson qui leur sont destinées. Pour cette fois, il s’agit de la fête de Noël d’un orphelinat, le foyer Marukoen.
Un retour en arrière nous apprend qu’il a connu une période de doute, devait-il persévérer dans sa volonté de vivre de la musique. Et que lors d’un de ses retours auprès de sa famille, il a confié ses doutes au bazar Namiya…

On peut croire, dans les premières parties de ce roman, que nous sommes devant des histoires ayant pour seul point commun le bazar Namiya. Les points de vue changent d’une partie à l’autre, d’un échange épistolaire à l’autre. Nous comprenons qu’il s’agit invariablement d’une correspondance à travers le temps jusqu’à ce que nous croisions celui qui a initié ce service de conseil qui a fait la réputation du bazar Namiya.
Higashino, sortant un temps du roman noir, nous propose une histoire en forme de conte, avec une pointe de fantastique. Relations à travers le temps, dilatation des minutes et des heures, les perceptions sont mises à l’épreuve. Et permettent au trois protagonistes du début de prodiguer quelques conseils éclairés. Ils apprennent également à réviser leurs jugements sur leur correspondants, après avoir été bien souvent sans merci à la première lettre.
Nous suivons également des personnes qui n’attendent des conseils que pour renforcer ce qu’elles pensaient dès le départ, ce qu’elles n’osaient se dire ou dont elles n’avaient pas conscience et qui prennent des décisions sans forcément tenir compte de ce que le bazar Namiya leur proposait, sans suivre ses suggestions. Elles se construisent grâce à la réflexion que suscitent les échanges épistolaires, dialogues détachés de l’instant.
C’est un roman singulier. Et particulièrement réussi, de mon point de vue. Elégant. Un roman qui joue sur le temps pour nous aussi, le temps de l’intrigue se déroulant sur une nuit, trente ans ou le temps de notre lecture, selon les sensibilités.

Après ce roman, cette échappée belle et fantastique, Keigo Higashino revient à un univers qui n’en est jamais vraiment loin et qu’il a déjà arpenté maintes fois et toujours pour notre plus grand plaisir. Il y retrouve ses thèmes de prédilection, l’enfance ou l’adolescence et son importance pour ceux qui la vivent et pour les âges qui la suivent. Ça s’appelle La Fleur de l’illusion.

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