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David Goodis, Vincent Parry en cavale

En 1946, huit ans après Retour à la vie, le deuxième roman de David Goodis est publié. Il s’intitule Dark passage et sera traduit en 1949 par Noël Chassériau, Gilles Malar et Minnie Danzas, sous le titre de Cauchemar. Une traduction aussi rapide peut s’expliquer par le succès, la renommée, acquis par ce livre, notamment au travers de l’adaptation cinématographique dont il a fait l’objet en 1947. Le film, réalisé par Delmer Daves et interprété par le duo mythique Bogart – Bacall, s’intitule en français, Les passagers de la nuit. Humphrey Bogart ayant incarné des héros de Hammett et Chandler est devenu, à l’époque, une caution de qualité pour le genre noir. Après quelques années d’attente passées à écrire pour les pulps ou la radio, David Goodis est donc lancé.

Le livre débute alors que Vincent Parry vient d’être reconnu coupable du meurtre de sa femme, Gert. Elle a été retrouvée agonisante dans leur appartement, touchée à la tête, un lourd Cauchemar (Gallimard, 1946)cendrier à ses côtés. Tout pourrait laisser penser à un accident si elle n’avait, dans un dernier souffle, dénoncé son mari à sa meilleure amie, Madge, arrivée la première sur le lieu du drame. Vincent Parry est incarcéré à la prison de San Quentin, passant de la bibliothèque à des travaux plus durs… mais il parvient à s’en échapper et bénéficie lors de sa fuite d’une aide providentielle, celle d’Irène Janney. Elle a suivi son procès et s’est convaincue de son innocence, aussi en entendant la nouvelle de son évasion, s’est-elle précipitée pour l’aider.

Parry se planque mais ne sait pas quoi faire. Il doute de tout. Il est de retour à San Francisco mais comment rester libre… Irène est prête à l’aider, il ne veut pourtant pas l’impliquer. Elle lui est inconnue et même si leurs goûts s’accordent, pour le gin, Count Basie, le poulet grillé, ou le mauve et le jaune, Parry ne sait plus s’il peut avoir confiance en qui que ce soit.

La vie est une bataille à un contre tous, depuis la naissance jusqu’à la mort. Et nul ne s’intéresse à son prochain.

Les questions qui hantent Parry deviennent lancinantes et parasitent ses pensées. Il se laisse emporter par le hasard, les personnes qu’il rencontre et qui lui proposent leur aide, qui, par leur conversation, font progresser sa réflexion. Les quelques jours qui suivent son évasion sont habités par le doute, l’indécision, et les événements s’enchainent sans qu’il puisse les maîtriser. En passant d’un taxi à un chirurgien, d’un ami à un maître-chanteur, sa vision de la mort de sa femme évolue. D’autant que cette mort le poursuit, s’abat autour de lui, la violence l’entoure. Aller de l’avant devient de plus en plus difficile.

Le courage est une chose qui n’existe pas. Seule, la peur existe. La peur de souffrir et la peur de mourir. C’est pour cela que l’espèce humaine a duré si longtemps.

Vincent Parry ressemble, sous la plume de Goodis, à un homme en train de se noyer. Où qu’il s’accroche, les chances de survie se dérobent au fur et à mesure. Victime d’un mariage qui battait de l’aile, il est devenu le coupable idéal dans une histoire qui le dépasse et dont il ne peut se dépêtrer. Son histoire conjugale fait d’ailleurs de lui un clone d’Herbert Hervey, le personnage principal de Retour à la vie. Sauf que les conséquences sont encore plus désastreuses pour lui. Parry s’enfonce sans qu’il soit possible de faire quoi que ce soit pour l’en empêcher. Le moindre de ses mouvements, la moindre de ses initiatives se retourne contre lui. Il est perdu.

L’action est ramassée, se déroulant sur quelques jours. L’impression d’étouffement, d’impossibilité de choisir, est en grande partie due à cette durée. Le récit de Parry ne prenant pas le temps d’une respiration, les retours en arrière sont rares, brefs, concis.

Contrairement au précédent, le témoignage, l’ancrage dans une époque, n’est pas le principal atout de ce roman. Cela ne l’empêchant pas d’être de qualité. Goodis, c’est sûr est un romancier qu’il faut lire, redécouvrir.

Quelques années après la première adaptation du roman, celle dont je parlais plus haut, une série s’inspirera également de l’histoire de Goodis. Elle s’en inspirera sans reconnaître sa dette, son emprunt. Emprunt qui obsédera Goodis. Un procès s’ensuivra qui, malgré la disparition de l’écrivain, fera date, marquant une avancée dans la reconnaissance des auteurs aux Etats-Unis, de leurs droits et de la définition du domaine public. La série est célèbre puisqu’il s’agit de The fugitive retitré en France Le fugitif. Malgré tout, Goodis n’est toujours pas crédité pour cela.

La machine étant lancée, deux romans de Goodis paraissent l’année suivante, Nightfall et La garce.

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